Des masques pour la psychiatrie !

Parent pauvre de la médecine et enfant terrible des sciences sociales, la psychiatrie se trouve, une fois de plus, à la ramasse. En période de crise, comme durant l'actuelle pandémie de Covid-19, le manque de moyens y est d'autant plus criant.

Le masque chirurgical, un moyen peu onéreux de se protéger, ne serait-ce que partiellement, en période de pandémie. © AlexChirkin / Wikimedia Commons / CC0 1.0 Le masque chirurgical, un moyen peu onéreux de se protéger, ne serait-ce que partiellement, en période de pandémie. © AlexChirkin / Wikimedia Commons / CC0 1.0
 (Jean-Marc Claus) – En psychiatrie, qu’avons nous pour, en période de pandémie, protéger tant l’humain soigné que l’humain soignant ? Même pas suffisamment de masques en… papier ! Comme s’en indignait le directeur de l’EPSAN, dans un article des Dernières Nouvelles d’Alsace publié le 22 mars 2020  , les livraisons de masques ne sont plus assurées depuis trois semaines et cela, en dépit des relances faites à l’Agence Régionale de Santé dont dépend l’établissement. Une entreprise a fait un don de 1000 modèles FFP2 (périmés), ce qui permet de tenir… une journée. Actuellement, toujours selon les dires de Daniel Karol rapportées par les DNA, l’EPSAN compte plus de membres du personnel touchés que de patients. Bien sûr, il ne s’agit là que des individus ayant été testés. Or, les tests n’étant pas plus, ici qu’ailleurs sur le territoire, pratiqués à grande échelle, ces informations demeurent bien relatives.

Plusieurs personnels hospitaliers, interviewés par France 3 Centre Val de Loire, avaient précédemment tiré la sonnette d’alarme. Oui, il va y avoir des morts en psychiatrie, et même beaucoup de morts. Mais qui s’en soucie ? Ces patients et les soignants qui les accompagnent, durant de nombreuses années pour certains, sont-ils des Unterbürger ? Je m’interdis d’employer un autre mot commençant aussi par Unter, vocable qui a fait florès en Allemagne, dans les années 1930, mais il me brûle les lèvres. En psychiatrie, qu’il y ait administration de traitements psychotropes ou non, l’outil de travail c’est l’humain, essentiellement l’humain. Point de plateaux techniques ultra-sophistiqués, point d’outils diagnostics hyper-modernes : l’humain, rien que l’humain. Et qu’avons nous pour, en période de pandémie, protéger tant l’humain soigné que l’humain soignant ? Même pas suffisamment de masques en… papier ! Cela n’est pas le fait d’une administration localement incompétente et imprévoyante, comme on l’entend de ci, de là. L’incompétence et l’imprévoyance sont à rechercher au sommet du système, non à sa base.

L’heure n’est en tous cas pas aux règlements de comptes, mais cette heure viendra. Dans l’immédiat, il faut des masques pour la psychiatrie, et s’ils manquent dans les établissements, ce n’est pas parce que les personnels les ont volés, comme l’affirme sans sourciller un triste sire de sinistre mémoire en Alsace. Les personnels médicaux et non-médicaux sont à leurs postes, mais ne pourront y demeurer que si eux et les patients peuvent se protéger. Alors, si vous avez connaissance d’entreprises ou d’institutions ayant encore des masques, même simplement des masques chirurgicaux, veuillez les inciter à les acheminer vers les hôpitaux psychiatriques. Le CHU de Grenoble invitait mi-Mars ses personnels à fabriquer des masques. L’idée a été reprise par certaines personnes, notamment dans mon entourage, alors puisque la France est aussi le pays du Système D, faisons honneur à notre réputation !

#JeSuisSoignantEnPsychiatrieEtPasteurien

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.