Quelles propositions pour «l'Europe sociale»?

Dans un contexte de crise économique aux lourdes conséquences sur l'emploi, les partis politiques tentent de répondre aux inquiétudes suscitée par une Europe qui tendrait à mettre en concurrence les travailleurs.

Dans un contexte de crise économique aux lourdes conséquences sur l'emploi, les partis politiques tentent de répondre aux inquiétudes suscitée par une Europe qui tendrait à mettre en concurrence les travailleurs. Morceaux choisis de leurs projets.

 

Tous les partis, de droite ou de gauche, parlent de «garantir notre modèle social», mais les mesures concrètement envisagées ne revêtent bien sûr pas la même portée selon la position de chacun à l'égard des politiques européennes adoptées auparavant.

 

Insistant sur le «bilan accablant de la droite européenne» qui a «largement dominé pendant la dernière législature», le Parti socialiste se présente comme «l'autre souffle» dont l'Union a besoin pour «endiguer la crise» et «approfondir sa démocratie». Le Nouveau parti anticapitaliste fustige quant à lui la direction générale empruntée par l'Union dont les politiques «encouragent la précarité». Soulignant que «les travailleurs et les travailleuses n'ont aucune responsabilité dans la gestion et la faillite de ce système capitaliste», le NPA exige une Europe dont la priorité serait la qualité de vie et de travail de ses citoyens face aux intérêts «des trusts et de la finance». Constatant lui aussi l'échec de «l'Europe libérale», le Front de Gauche se voudrait l'organisation de convergence des oppositions au modèle «libéral-capitaliste et autoritaire qu'incarne Nicolas Sarkozy» qui se sont exprimées en rejetant le traité constitutionnel européen et le traité de Lisbonne. Le Mouvement Démocrate concentre particulièrement sa critique sur le mandat de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. «Aligné sur des principes ultralibéraux et inégalitaires», il aurait «manqué à son devoir d'initiative en restant à l'ombre des gouvernements». Même du coté de l'Union de la Majorité Présidentielle, le capitalisme n'échappe pas à la critique, même si c'est à un dérèglement qu'est attribuée la crise et non pas à son fonctionnement intrinsèque. La «régulation» et le renforcement de l'autorité des institutions seraient la solution «pour faire face à toutes les menaces», comme l'aurait montré Nicolas Sarkozy dont le passage à la présidence de l'Union n'a de cesse d'être portée au pinacle par son parti, que le vote-sanction des politiques nationales du gouvernement menace.

 

 

Un salaire minimum à gauche

 

L'une des propositions phares des partis de gauche en matière sociale est certainement celle de l'instauration d'un salaire minimal dans tous les Etats membres. Présenté comme une étape vers la mise en place d'un salaire minimum européen par le PS, il devrait être fixé à 60% du salaire médian de chaque pays, proposition partagée par le Front de Gauche et Europe Ecologie qui veut également instaurer un revenu maximal, fixé à trente fois le revenu médian. Au delà, le taux d'imposition serait porté à 80%.
Le NPA exige lui aussi l'instauration obligatoire d'un salaire minimum chez les vingt-sept, mais qu'il propose de fixer partout à une somme équivalent à 1500 euros en terme de pouvoir d'achat français. Il rappelle par la même occasion son exigence au niveau national d'une revalorisation des minimas sociaux et une augmentation des revenus de 300 euros.
Ni l'UMP ni le MoDem n'évoquent d'augmentation ou d'harmonisation des salaires au niveau européen, l'UMP rappelant que l'Europe «n'a pas vocation à gérer nos prestations» et les démocrates préférant parler d'une harmonisation progressive des niveaux de protection sociale.

 

 

Restriction des licenciements

 

Pour le NPA, tout licenciement doit être interdit, et les patrons qui ne respecteraient pas les règles pourraient être expropriés et voir leurs biens «nationalisés sous contrôle des travailleurs». Le PS, qui ne va certes pas aussi loin, préconise toutefois l'interdiction des licenciements boursiers, ces plans de suppression d'emplois adoptés par des entreprises bien portantes afin d'augmenter les rendements de leurs actionnaires. Le Front de Gauche propose lui aussi d'interdire «les licenciements des entreprises qui font des profits».

 

 

Protection des salariés

 

Mettant en évidence les aides financières dont ont profité les entreprises pour faire face à la crise, le Front de Gauche souhaite donner plus de poids aux salariés, face aux actionnaires «en quête de toujours plus de rentabilité», proposant par exemple un droit de veto sur les plans de licenciement. Face aux inquiétudes liées au «dumping social», l'UMP assure qu'il n'est pas question de profiter de «l'ouverture et de la solidarité» européennes pour «ériger des conditions déséquilibrées de concurrence», et promet de protéger le système social français. L'objectif serait de «combler le fossé qui existe entre les Etats en matières de normes sociales pour un marché du travail cohérent», même s'il est difficile de savoir concrètement par quels moyens. L'idée serait de «construire un dialogue social européen en impliquant les partenaires sociaux», une volonté dont on peut douter de la concrétisation étant donné la façon dont est mené le fameux dialogue social ne serait-ce qu'au niveau national.

 

 

Préserver les services publics

 

Fustigeant le traité de Lisbonne, le Front de Gauche dénonce la libéralisation des services publics au nom de «la concurrence libre et non faussée» et promet de revenir sur ces privatisations afin de redonner aux entreprises de service public leur portée d'intérêt général «en dehors de la logique marchande». Le PS promet une directive garantissant «l'intégrité des services publics».
L'UMP, lapidaire, propose vaguement de «clarifier» le champ de leur mission «afin d'éviter l'application des règles aveugles de concurrence». Le NPA insiste sur la nécessité de remettre sur pieds de véritables services publics de la petite enfance et de soins aux personnes âgées, après qu'ils aient été «remis en cause par les politiques de l'Union en les soumettant à la concurrence libre et non faussée». Ce point aura également une incidence sur l'autonomie des femmes, sur lesquelles reposent toujours ces taches de garde et d'éducation dans le cadre du système patriarcal dans lesquels non vivons toujours.


Voir notre article sur les propositions des partis pour lutter contre les discriminations sexistes en Europe.

 

 

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