Abstentionnisme : à la recherche d'un coupable ?

Le 7 juin approche et les observateurs s'inquiètent : plusieurs sondages prédisent un taux d'abstention record pour ce vote, dans le cadre d'une Europe au processus d'évolution en suspens.

Le 7 juin approche et les observateurs s'inquiètent : plusieurs sondages prédisent un taux d'abstention record pour ce vote, dans le cadre d'une Europe au processus d'évolution en suspens.

 

Voir : Sondage CSA du dimanche 17 mai : Intentions de vote et jugements sur les effets de la construction européenne

 

Voir : «Européennes: vers une abstention record» sur le blog des coulisses de Bruxelles par Jean Quatremer

 

 

Le scrutin de désignation des personnes qui siégeront au Parlement européen représente également un enjeu de politique nationale; une occasion de plus pour la construction d'alliances, la mise en concurrence de personnalités d'un même parti, la réactivation de débats sur des questions transnationales...

 

Mais quels enjeux véritables représentent ces élections pour les citoyens européens? Selon le Parlement européen, ils sont majeurs et concernent chacun.
«Vous aimez l’Union européenne? Vous la détestez? Vous voulez qu’elle soit plus à droite? Plus à gauche? (...) Élisez les eurodéputés qui sont de votre avis et qui pourraient réaliser vos souhaits. C’est cela, la démocratie».

 

D'ailleurs, le Parlement prévient ceux qui auraient en tête de ne pas participer à ce grand rendez-vous démocratique : «Si vous ne votez pas, alors ne vous plaignez pas» peut-on lire sur son site internet. L'Europe, aimez-la ou quittez-la? De plus, ne pas aller voter, c'est vraiment dommage, parce que «vous pouvez en profiter pour faire une promenade au parc ou aller boire un verre» nous précise-t-on. Le Parlement serait-il à ce point à court d'argument? En tout cas, la remise en cause de son propre fonctionnement, de l'attitude de ses membres, de son rapport au grand public ne semble pas être à l'ordre du jour.

 

Voir : Les dix bonnes raisons de voter selon le Parlement européen

 

 

Ainsi serait balayée l'idée que si des citoyens européens ne se sentent pas concernés et ne votent pas, cela pourrait venir d'un manque de clarté de l'action européenne, d'une carence d'informations sur les projets politiques portés par ces institutions, du sentiment de ne pas être représentés par les partis en lice, de ne pas se retrouver dans les ambitions actuelles de l'Union, ou encore du manque de confiance quant à l'engagement des élus à assurer leurs fonctions européennes. Sur ce dernier point, le site parlorama.eu porte un regard critique sur les pratiques europarlementaires et décrypte le travail des députés.

 

Cependant, le président du Parlement européen Hans-Gert Pöttering semble prendre conscience de la diversité des facteurs expliquant l'absentionnisme. Même s'il rappelle que l'Union européenne multiplie les efforts pour se faire connaître du grand public, il fait le constat d'un manque d'information sur son travail et sur les compétences du Parlement. Il regrette également que les hommes politiques interviennent dans le cadre de débats portant sur des thématiques transnationales à travers leurs activités nationales plutôt qu'au nom de leurs responsabilités européennes.

 

Voir : L'entretien publié par la fondation Robert Schuman accordé par le président du Parlement européen

 

 

Mais si Hans-Gert Pöttering montre qu'il a réfléchi à la question de l'abstentionnisme européen qu'il n'attribue pas seulement à une mauvaise volonté des citoyens, il ne semble pas estimer que ces derniers puissent ne pas considérer l'Europe en phase avec leurs attentes politiques et sociales et ce en toute connaissance de cause. Ainsi, pour lui, le «non» des Irlandais au référendum pour la ratification du traité de Lisbonne en 2008 est dû à un simple manque d'information. Selon les sondages qui ont suivi, cette raison apparaît certes comme décisive dans le résultat du scrutin.

 

Voir : L'Irlande dit 'non' au traité de Lisbonne, analyse de la fondation Robert Schuman

 

 

Toutefois, cette explication n'est pas la seule et une opposition politique réelle s'est constituée pour lancer une véritable compagne d'information afin d'expliciter son refus face aux textes proposés. Le camp du «non» fut alors accusé d'utiliser la méconnaissance des citoyens à l'égard du fonctionnement des institutions européennes. Cette analyse a été en grande partie partagée en France et aux Pays-Bas, après avoir vu la population majoritairement rejeter le traité constitutionnel en 2005. L'expérience de la consultation par référendum n'y a donc pas été retentée pour le traité de Lisbonne, au grand dam des partisans du «non» qui voient dans cette attitude des gouvernements la preuve que «la souveraineté populaire est régulièrement bafouée dès lors qu’elle exprime un autre avis que celui qui était attendu» et dénoncent «une absence totale de démocratie».

 

Voir : «Irlande, France, Pays-Bas : Respectez notre "non"», communiqué d'Attac France

 

 

Pour une approche rétrospective, l'institut d'études politiques de Lyon a réalisé une analyse comparative de l'abstention aux élections européennes de 1979 à 1999. Selon cette étude, le taux d'abstention aux élections européennes est toujours plus élevé qu'aux législatives et augmente au fil des scrutins.

 

Voir : «L'abstention aux élections européenne : une analyse comparée», mémoire d'Alan Hardacre

 

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