Les traités européens: un rempart contre la démocratie

J'ai déja eu l'occasion de m'exprimer plusieurs fois ici pour dire que capitalisme ne rimait pas avec démocratie. Mais il est toujours bon de voir confirmer les analyses théoriques par l'expérience. En ce moment, c'est l'expérience du nouveau gouvernement grec, de ses engagements auprés du peuple grec et des réactions européennes, qui constitue une riche source d'enseignement. On peut considérer que Jean-Claude Junker est représentatif de la caste qui a mis en place les institutions de l'Union Européenne et qui les dirige. Non seulement parce qu'il est le président de la Commission, mais au moins autant parce que sa bonne connaissance des mécanismes de l'Union lui a permis, pendant de nombreuses années à la tête du Luxembourg, de "braconner" les recettes publiques des autres états et d'en être récompensé ... par la présidence de la commission, ce qui est bien le meilleur "quitus" qui soit. Jean-Claude Junker a parlé. Faisant référence sans aucun doute au vote des électeurs grecs, il a déclaré: "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens." Ce qui fait très exactement des traités fondateurs de l'UE, un rempart contre la démocratie, un rempart contre la volonté des peuples. Dans la mesure où les abandons de souveraineté des pays européens ne se sont pas fait au profit de la construction d'une démocratie européenne, c'est la démocratie ou au moins ce qui existait de démocratie en Europe, qui a été confisquée. Au profit de qui? On rougit presque de répondre à cette question, tellement la réponse est évidente, mais autant le faire pour être clair. Les embryons de démocratie existant dans certains pays de l'actuelle Union Européenne ont été confisqués au profit des marchés financiers et des transnationales.

Mais rien n'est jamais joué. Ce qui a été fait, sera tôt ou tard défait. Les remparts les plus solides finissent toujours par céder et les institutions européennes ne sont pas particulièrement solides, car il n'existe pas - pas encore - de capitalisme européen pour les consolider. Derrière l'alliance politique des transnationales européennes, la concurrence économique continue toujours plus féroce. D'autant plus que la crise fait des ravages. Les banques européennes, les compagnies de chemin de fer, de l'énergie ou de l'automobile n'y survivront pas toutes, loin de là. Mais la seule chose qui importe, c'est que va-t-il se passer maintenant que les peuples commencent à monter à l'assaut de ces remparts. Aujourd'hui le peuple grec, qui sera suivi, très bientôt espérons-le, par les peuples d'Espagne, d'Irlande, du Portugal... Institutions européennes ou démocratie, il faudra bien choisir.

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