Hic Rhodus, hic salta

Les espoirs d'arriver à un accord à l'amiable, mutuellement profitable, entre le nouveau gouvernement grec et les institutions de l'UE n'auront pas duré bien longtemps. En décidant de ne plus accepter de titres de la dette grecque en échange de la fourniture d'euros aux banques grecques, la BCE ferme la porte à tout compromis. Contrairement à ceux qui imaginaient un changement d'orientation de la BCE, voire une nouvelle indépendance par rapport à Berlin, la BCE, comme c'est d'ailleurs son rôle dans les traités, renvoient toute décision concernant la poursuite du financement en euros de l'état grec, à la décision du prochain sommet de l'Eurozone. Sommet lui-même préparé par un mémorandum du gouvernement allemand, réclamant le retour de la Troïka à Athènes, la poursuite des privatisations et l'annulation des mesures sociales prises par Syriza depuis son arrivée au pouvoir. Bref, élections ou pas, tout doit continuer comme avant. Michel Sapin et François Hollande, quant à eux, ont tour à tour fait savoir que la position de la France serait celle de Berlin. En fait la discussion se résume à la construction d'un rapport de forces, de part et d'autre.

Syriza semble s'y être préparé et n'est pas dépourvu d'atouts. Mais quelque soit l'issue de ce qu'il faut bien appeller un bras de fer, ce qui se passe depuis les élections grecques, devrait une fois pour toute, clore les débats sur la nature de l'UE. Au moins pour les interlocuteurs de bonne foi. Les europèistes de tout poil, n'ont cessé de nous faire miroiter monts et merveilles sur cette Europe, censée apporter la paix perpétuelle, la prospérité garantie, la démocratie protégée, le progrès et le modèle social européen assurés... et je ne sais quoi de plus merveilleux encore. Non seulement, l'Europe sociale se révèle être un rêve, mais en plus de celà toute politique sociale se heurte aux traités, ce dont se doutaient, tous ceux qui avaient pris la peine de les lire. Quant au Parti Socialiste, qui a tant fait pour nous vendre cette Europe sociale, ses représentants actuellement au gouvernement se solidarisent totalement avec la conception de l'Europe de Mme Merkel et ce n'est certainement pas la moindre de leur trahison.

Plus grave, comme l'a souligné fort à propos le président de la commission européenne, la démocratie n'a plus court à l'ombre des traités européens. Pour reprendre une image célèbre, cette Europe se révèle une prison des peuples. Quant à la paix, le rôle joué par l'UE en Ukraine, après sa participation à d'autres aventures tragiques, montre que les dirigeants de l'UE jouent avec le feu, pas uniquement sur le terrain économique. L'Euro, survivra-t-il à la venue au pouvoir d'un gouvernement soucieux de mener une politique sociale, dans un des plus petits pays de l'UE? Nous le saurons bientôt. Mais quoiqu'il en soit, la conclusion politique de la séquence ouverte par les élections grecques, c'est que pour défendre la démocratie, la justice sociale et la paix, il faut rompre avec l'UE.

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