Écosocialisme ou Barbarie

Pour continuer le débat, nous publions maintenant le résumé de l'intervention faites, par Catherine Ségala au nom du NPA, à l'occasion de l'Université d'été des décroissants, au mois d'Août de cette année. C'est donc une prise de position récente et autorisée de ce parti, qui nous a été confiée à notre demande.
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 Le capitalisme est fondé sur la marchandisation du monde en vue de réaliser des profits.

Pour accroître ses profits il dispose de plusieurs outils, l’exploitation de la force de travail, l’amélioration de la productivité, l’accroissement de la consommation. Le tout comme on le sait nous conduit aujourd’hui à une exploitation des ressources naturelles bien plus rapide que leur renouvellement, à une catastrophe climatique, essentiellement due à l’utilisation des énergies fossiles, à la mise en péril de nombreuses espèces végétales et animales, à commencer par la notre. Par ailleurs  l’énergie atomique ne peut constituer une alternative, Tchernobyl, Fukushima en attestent, et la France, premier pays « atomique » au monde, est la plus menacée.

La crise actuelle, écologique, sociale, politique, économique, n’a qu’un seul  responsable : le capitalisme qui n’a qu’un seul moteur, le profit, à travers la marchandisation universelle, la création illimitée de  faux besoins, éteignant les notions de plaisir, et de bien être puisque les besoins ne sont jamais satisfaits, et épuisant la planète.

La position du NPA  se distingue de celle des décroissants en ce qu'elle met en cause le capitalisme lui-même, s'appuie sur le monde du travail et sur les luttes sociales pour les salaires, contre les licenciements. Nous  ne croyons pas que la  décroissance soit une fin en soi, mais nous pensons que c’est aux causes de la crise, notamment écologique, qu’il faut s’attaquer.

Qu’elle s’exerce sur les lieux de travail ou à domicile, qu’elle soit pratiquée par les États ou par des firmes multinationales, qu’elle s’opère sur les hommes, les femmes, les enfants et les animaux ou sur la nature, l’exploitation et la destruction sont inscrites dans les fondements même du capitalisme.

À l'heure où nous assistons au réchauffement climatique, à ses conséquences catastrophiques, et à un écocide tel que la Terre n'en a pas connu depuis la disparition des dinosaures, sortir de ce système est une urgence absolue,

 

L’Ecosocialisme dont se revendique le NPA « C’est un courant de pensée et d’action en rupture avec l’idéologie productiviste du progrès (dans sa forme capitaliste et/ou bureaucratique) et opposé à l’expansion infinie d’un mode de production et de consommation destructeur de la nature (...) C’est une tentative originale d’articuler les idées fondamentales du socialisme marxiste avec les acquis de la critique écologique ». Michael Löwy

Être écosocialiste c’est faire le lien entre la transformation des rapports de production, de l’appareil productif, des modèles de consommation dominants et la sauvegarde des équilibres écologiques de la planète. En effet, le basculement climatique nous rappelle qu’aucun projet émancipateur ne peut faire l’impasse sur la prise en compte des limites et des contraintes naturelles.

Être écosocialiste implique de poser les bonnes questions:

 

•de quels biens et services avons-nous besoin ?

 

•que devons-nous produire, comment, en quelles quantités ?

 

•qui va décider ?

 

•dans quel environnement voulons-nous vivre ?

 

•comment prendre en compte les impacts de nos choix sur la biosphère ?

 

•quelles seront les conséquences de ces choix, comment les gérer ?

 

Nous ne pouvons faire l’impasse sur ces questions qui posent la nécessité d’une transformation radicale de la société et la redéfinition d’un nouveau projet, d’un choix de civilisation et osons le mot, d’une nouvelle utopie.

Être anticapitaliste ce n’est pas seulement exproprier les possédants, collectiviser les moyens de production, mettre en place la planification économique, c’est aussi prévoir le contrôle démocratique organisé pour permettre à la population elle-même de prendre les décisions qui la concernent et d’en contrôler les effets. En aucun cas ce contrôle ne pourra être fait seulement par l’État. Seul l’exercice du pouvoir de décider, de contrôler par la population est la garantie d’une gestion réellement démocratique.

Nous ne pouvons pas non plus faire l'impasse sur la dette écologique accumulée par les pays industrialisés du Nord envers les pays du Sud, à cause du pillage des ressources,  des  dommages causés à environnement, des vies perdues ou gâchées, des cultures anéanties...Nous rejetons les alternatives capitalistes tels les agrocarburants qui poursuivent ce pillage du Sud.

Notre écosocialisme est nécessairement anticapitaliste et égalitaire, anti-productiviste, féministe,  internationaliste,  autogestionnaire et anti-autoritaire.

 

 Le NPA propose :

Sortir en moins de 10 ans du nucléaire, et réaliser une transition énergétique permettant de sortir des énergies fossiles, qui suppose  l'expropriation sans indemnité ni rachat des grands groupes de l'énergie, l'exploitation exclusivement publique de la ressource énergétique, des unités de fabrication à la distribution, sous contrôle  des travailleurs du secteur et des usagers,

Relocaliser la gestion de l'énergie, sans renoncer à une nécessaire mutualisation de l'approvisionnement et du stockage, ni à la planification énergétique. En ce sens, les énergies renouvelables, disponibles partout et en grande quantité sont un formidable vecteur d'expérimentation démocratique et de créations d’emplois,

Rendre gratuites les énergies et l’eau pour les besoins de base, payantes pour les mésusages,

Sortir du tout automobile, au profit du transport collectif,

Relocaliser l’emploi et la consommation pour freiner la dépense énergétique liée aux transports,  rendre les transports collectifs gratuits dans le cadre d’un service public autogéré,

Ralentir la consommation c’est diminuer le temps de travail, retrouver du temps libre,

Supprimer la publicité, vecteur du consumérisme et pollueur de l’espace public,

Lutter contre l’obsolescence programmée en imposant des garanties de 10 à 15 ans, pièces et main d’œuvre, y compris sur les voitures,

Créer les structures d’une véritable  prise des décisions dans l’entreprise, dans la cité, par les travailleurs, les consommateurs…

Garantir  l’accès libre et gratuit de chacun à la santé, exproprier l’industrie pharmaceutique,

Permettre une éducation et un accès à la culture libre, gratuit, et une réappropriation culturelle de l’espace publique,

Reconvertir l’agriculture vers l’agriculture biologique, agroforesterie, permaculture, génératrices d’emploi, et garantes de la santé des consommateurs et de la préservation des sols. Irait de pair l’éducation à une alimentation moins ou pas carnée,

Retisser les liens entre ville et campagne, via notamment à de nouveaux circuits d’approvisionnement locaux,

Créer les conditions de l’autonomisation des  individus, la revalorisation du travail invisible, notamment celui des femmes, l’intégration de chacun dans des tissus locaux issus des expériences déjà existantes : AMAP, SEL, villes en transition…

 

Comment

Nous n'attendons pas de « grand soir »  pour agir. Nous devons donc lutter dans tous les espaces politiques, géographiques, productifs pour les subvertir. Il ne suffit pas de s’attaquer au consumérisme, il faut s’attaquer au mode de production lui-même.

-utiliser chaque lutte ou conflit pour sensibiliser les travailleurs et les syndicats aux conséquences de leurs productions sur  leur santé et sur celle de la planète.

-continuer, comme nous le faisons déjà à utiliser les élections comme porte voix de nos revendications : transports gratuits, remunicipalisation de l’eau, cantines bio…

-développer les initiatives telles celle du « 12 avril » qui a regroupé des partis, syndicats, associations, pour lutter contre l’austérité, et prouve qu’il est possible de se grouper contre un adversaire commun, au-delà de nos divergences, de même le « Forum de l’écologie radicale » lancé le 8 juin et qui poursuit son travail, et la nécessaire solidarité que nous devrons mettre en œuvre face à la CPO 21 en 2015.

Le NPA n’est pas à la recherche de convergences électorales mais à la recherche d’un front commun contre le capitalisme, le productivisme et pour l’égalité de tous.

 

Commission Nationale Écologie du NPA

 

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