L'agriculture et l'action d'un gouvernement populaire en France.

Un gouvernement populaire, au contraire des gouvernements oligarchiques que nous connaissons, qui sont au service exclusif du capital, agirait pour le peuple, c'est à dire particulièrement pour les ouvriers, les employés, les artisans...et bien sûr les paysans.

Même si ces derniers ne constituent que moins de 3% des actifs, ils ont cette particularité remarquable de produire ce qui nourrit tout le monde ! Plus de la moitié de la superficie du pays est cultivée (plus des deux tiers dans les communes rurales). Mais cette surface est en constante diminution.

En ouvrant dans ces lignes le débat sur ce qui pourrait inspirer l'action d'un gouvernement populaire en direction des paysans, nous avons conscience d'aborder un sujet immense, relativement moins connu que d'autres.

Nous ne ferons donc que rappeler quelques points, sans les développer. Nous espérons que l'on viendra nous compléter ou nous contredire.

Tout d'abord, la France est un grand pays agricole, par la quantité, la qualité et la variété des productions. C'est aussi un pays pionnier dans les domaines de la recherche agricole (la recherche peut être au service du productivisme, mais elle peut aussi servir l'agriculture écologique et durable).

L'agriculture française concentre de nombreux et graves problèmes qui relèvent autant de la dimension sociale que de la dimension écologique.

La structure des différentes exploitations agricoles est très inégalitaire. Le 4% des plus grosses exploitations dispose de 21% des surfaces exploitées. Le 18% des plus grosses exploitations dispose, lui, de 58% des surfaces (chiffres de 2010, INSEE). A l'inverse, le 46% des plus petites exploitations ne dispose que de 5% des surfaces, et le 63%, de 16% des surfaces. Ces inégalités s'accroissent rapidement.

Dans la mesure où les aides européennes vont aux exploitations en fonction de leur surface, ce sont les gros qui en profitent le plus, ce qui leur permet d'investir davantage et de grossir encore, au besoin en contournant les limitations foncières, plus contraignantes en France que dans les autres pays européens ou en développement. Ces entreprises atteignent une taille qui leur permet d'avoir avec les banques des rapports tout à fait étroits. Ce sont de grandes sociétés capitalistes, soutenues par des groupes de pression très puissants. Certains fonds de pension achètent des vignobles ou des terres (ce phénomène est encore limité) et inversement, des sociétés agricoles françaises achètent ou louent des terres à l'étranger (la société AgroGénération dont l’actionnaire principal est Charles Beigbeder, loue 50 000 ha en Ukraine)

Ce qui règle ce processus, c'est la recherche constante d'une plus grande productivité de manière à "gagner des parts de marché" à l'exportation, dans un monde régit par "la concurrence libre et non faussée".

Un gouvernement populaire chercherait à s'allier aux paysans et à les soutenir, dans l'abord d'une production écologique raisonnée et durable. Il envisagerait le partage, ou la socialisation coopérative, c'est à dire l'expropriation, des immenses domaines d'entreprises capitalistes investies dans l'agriculture.

 

Le modèle productiviste ne peut convenir à une France démocratique sociale et écologiste.

Un peu d'histoire... Des grands secteurs économiques de la France, l’agriculture est celui qui a connu le plus de changements durant le XXème siècle. Avant la Seconde Guerre mondiale les travailleurs de l'agriculture représentaient 36 % de la population active, largement plus que dans les autres pays européens de l’époque (Allemagne 29%, Royaume-Uni 7%). Aujourd’hui, la population agricole de la France représente moins de 3% de la population active. La France encore très agricole dans la première moitié du XXème siècle à paradoxalement une production médiocre, incapable de nourrir sa population et doit importer des produits agricoles non tropicaux.

La France de l’après-guerre va connaitre une véritable révolution dans son secteur agricole. Il est possible de dégager trois grandes périodes durant la seconde moitié du XXème siècle qui nous amènera, bien sûr, aux nombreux problèmes que l’agriculture française connaît aujourd’hui. Et nous pourrons alors voir les solutions qui s’offrent aujourd’hui à nous pour faire du XXIème siècle, le siècle d’une véritable révolution verte.

De la veille de la Grande dépression de 1930 au lendemain de la guerre, la France connaît une stagnation, tant dans les productions que dans la valeur des récoltes ou les rendements. Malgré les efforts des politiques publiques, l’agriculture française restée encore archaïque. L’après-guerre, c’est la naissance de la pensée productiviste dans le milieu agricole. C’est à partir de 1950 que les premiers résultats apparaissent. La productivité progresse à un rythme de 6% en moyenne annuellement. L’utilisation massive de la chimie, du machinisme et de la biologie (sélection de meilleures plantes ou animaux) permet cette révolution.

Mais c’est à partir de 1962 et la mise en place de la P.A.C. (politique agricole commune) que la France va se hisser parmi les plus gros producteurs du monde. Les dirigeants parlent alors de «pétrole vert». Cependant, cette politique européenne gonfle les dépenses communautaires, et dès 1977 les prix garantis aux producteurs de lait sont revus à la baisse, des quotas de lait sont institués, si bien que chaque année, des tonnes de litre de lait sont jetées. Ce tournant annonce de nombreuses mesures draconiennes comme le gel des terres.

Malgré les nombreux problèmes liés aux prix agricoles, la France nourrit sa population et exporte. Mais ce changement n’a pas produit que de bonnes choses, loin de là. Le productivisme dans sa course folle a produit un véritable désastre écologique. Les sols riches des grands bassins sédimentaires français ont été abimés par les engrais et l’épandage massif, l’utilisation d’antibiotiques à outrance dans l’élevage produit des viandes de mauvaise qualité, dangereuses à long terme, l’utilisation de farines animales a créé une des plus grandes crises agroalimentaire du siècle dernier (« vache folle »), la destruction des haies dans les bocages a détruit tout un écosystème indispensable à la vie animale et végétale, les nitrates contenus dans le fumier ont pollué les cours d’eau et aussi l’océan, ce qui à créé les fameuses invasions d'algues vertes toxiques sur les plages de Bretagne.

L’agriculture écologique respecte l’environnement, et les productivistes objectent qu'elle aboutit à des prix de revient plus élevés. Cependant des experts internationaux font valoir que de nombreux coûts relatifs à la production intensive sont cachés : ceux qui dégradent les sols, l'eau et la santé des usagers, dégâts très difficiles à réparer. En outre, les prix des produits alimentaires dépendent de nombreux facteurs parmi lesquels il faut compter la spéculation foncière, qui fait monter le prix de la terre, et les bénéfices énormes des cinq grandes centrales de distribution. Comme le montre la vidéo que nous vous recommandons, il existe de nombreuses pistes pour produire autant, de manière socialement plus juste pour les paysans et les usagers, de manière durable, c'est à dire en conservant un environnement qui appartient aussi aux générations à venir. Cela suppose un certain protectionnisme et plus généralement des échanges internationaux équitables.

Vidéo : les moissons du futur : https://www.youtube.com/watch?v=ggnYgerI6cs

Jean-Pierre Boinon : http://projet.pcf.fr/36686

 Texte réalisé par Boudinovitch et Jeremy Balan

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