à propos de la grève générale Belge

Lundi dernier a eu lieu, on le sait,  une grève générale en Belgique.

Il n'en a pas été énormément question dans les médias, et c'est bien naturel. Pour ne mentionner que ceci : cette grève générale a été un grand succès, eh bien je ne l'ai pas entendu à la radio, ni vu à la télévision. Je ne crois pas que cela ait fait les gros titres de la presse. Mais je ne sais pas tout et cela a pu m'échapper.

En tous cas, voilà, cette grève a été un grand succès. Durant 24 heures, le pays s'est arrêté. Car, le saviez-vous ? Quand les travailleurs d'un pays se croisent les bras, tout s'arrête. Il n'y a plus de trains, plus de bus, plus d'avion, plus d'acier, plus de charbon, plus d'écoles, beaucoup de boutiques baissent le rideau, la grande distribution (qui veut qu'on travaille le Dimanche) ne distribue pas ce lundi, et ainsi de suite.

Quand les travailleurs ne travaillent pas, rien n'est produit. RIEN. On finirait par l'oublier, à l'heure de la robotique triomphante, mais les robots, il faut que quelqu'un les active : un travailleur. Si géniaux que soient les robots, inactivés, ils restent aussi stupides qu'un porte-manteau (sans vouloir ternir laréputation de ces derniers). On nous disait que, du fait du chômage, les gens ne feraient pas grève et que les travailleurs étaient désormais hors jeu, impuissants. En réalité, pas du tout. Même s'il n'y avait plus, dans toute l'Europe, que mille travailleurs, si ces mille travailleurs font grève, l'Europe s'arrête. Dans ce cas, ces mille travailleurs seraient la force productive du continent.

Car on nous dit aussi : l'argent travaille. Or on a pu, lundi dernier, observer attentivement plusieurs lingots d'or. Les témoins sont formels : les lingots n'ont pas bougé. Ils n'ont RIEN produit. Ni une paquerette, ni une baguette de pain, ni une once, une hémorroïde d'or, rien. L'argent ne travaille pas. Jamais, en aucune circonstance. Il est, philosophiquement, une pure passivité.

Mais la spéculation ? Ah, la spéculation, ce n'est pas du travail, c'est du vol. Et il est fort possible que les voleurs n'aient pas fait grève.

Moralité (il en faut bien une) "Ce sont les bras, et non l'or, qui mettent en mouvement les manufactures". Qui disait cela ? Babeuf ! Amusant, de voir que c'est aussi vrai qu'il y a deux siècles. 

Ce fait, que si les travailleurs se croisent les bras, la vie du pays s'arrête, porte en lui des questions bien intéressantes. Pour moi, cela signifie que le peuple travailleur (ouvriers, employés, paysans, artisans, enseignants, personnel médical, petits employeurs, etc) incarne tout le corps social, tous ses organses, le coeur, le foie, les reins, l'intestin, les poumons, le cerveau, la peau, les mains, les bras, les pieds, les jambes, et aussi le sexe ! Le reste n'est que peau morte, rognures d'ongles, cheveux à couper et parasites.

Car si les "bras" (et les cerveaux) sont indispensables, le Capital, lui, ne l'est pas du tout. Travailleurs, paysans employés peuvent parfaitement s'entraider et produire le nécessaire, avec de simples instruments mesurant grossièrement la quantité de travail pour obtenir un minimum d'équité. 

Cela évoque pour moi le vers de l'Internationale "La Terre n'appartient qu'aux hommes, l'oisif ira loger ailleurs". Pour le poète, "les hommes" ce sont les travailleurs (qui sont des femmes et des hommes).

Toute grève générale suggère que soit posée la question du pouvoir.

Car nos sociétés, en France comme en Belgique, sont dirigées par les parasites. Et le pire n'est même pas le sang qu'ils prélèvent, mais qu'ils se soient infiltrés dans le système nerveux et qu'ils aient pris la direction de cet organisme qu'est le corps social. Nos parasites mènent la société et l'environnement à la MORT.

En même temps, toute grève générale n'est qu'une ébauche, un simulacre. L'objet vrai, c'est la Grève Générale Illimitée.

Au lendemain d'une grève générale, nos dirigeants retiennent leur souffle : les syndicats seront-ils capables de faire repartir le travail ?

Cette fois, ils en ont été capables. Mais en mai 1968, en France, non. Et demain, ce phénomène se reproduira, en Belgique, ou en -France.

En Mai et Juin 1968, le pouvoir ploutocratique a été bien près de chuter. Il ne tenait plus par rien : ni la propagande, ni la police, ni l'armée. De Gaulle, désespéré, était allé tâter la disponibilité des régiments basés à Berlin, mais là-bas, il avait reçu d'autres renforts : "on" l'avait informé que le PCF ne "tenterait" rien.

En effet, quand le pouvoir ploutocratique ne tiens plus par aucun étai, il faut encore qu'un autre pouvoir soit disposé à prendre sa place : le pouvoir exercé par un gouvernement des travailleurs :ouvriers, employés, paysans, artisans, enseignants, personnel médical, petits employeurs, etc. C'est à cet endroit que la Grande Grève de 1968 a achoppé, et c'est là que butera la prochaine.

Nous ne pouvons, ni les uns, ni les autres (personne ne peut) hâter le moment où surgira une Grève Générale Illimitée. Ce que nous pouvons, c'est contribuer à bâtir la solution POLITIQUE sans laquelle elle n'accouchera de rien.

Elle se bâtit, cette solution politique, au travers des contacts entre partis de gauche (NPA, PG, PCF, ND, Verts, etc), au travers du mouvement des AAA et au travers des aspirations à une 6ème république.

Ce qui compte, aujourd'hui, c'est l'avancée de cette construction. Quiconque fait surgir de la division travaille pour la destruction du corps social et de l'environnement.

"Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat".

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