La gauche radicale

L'ordre établi dans toute société est, par définition, stable sur de longues période historiques; c'est la droite qui en est le défenseur et c'est donc logiquement elle qui détient durablement le pouvoir.

Quand vient l'heure d'un renversement, c'est à dire quand l'ordre établi apparaît clairement comme périmé, c'est à la gauche qu'il incombe de conquérir le pouvoir et mettre en place un nouvel ordre.

Encore faut-il qu'elle présente un visage uni.

Le problème est que la division de la gauche est un état "naturel", ceci pour plusieurs raisons :

  • être contre l'ordre établi laisse place à un grand choix d'idéaux politiques : anarchistes, utopistes, socialistes, écologistes, réformateurs...
  • dans une même famille d'idéal politique, les préoccupations et leurs priorités (ex: social ou sociétal ?) ainsi que les tactiques de lutte (Ex: ZAD ou grève) sont variées.
  • les organisations sont variées, traditionnellement il s'agit de partis et syndicats obéissant à un schéma d'organisation verticale (ie : militaire) mais dans les périodes de révolution, on voit surgir des organisations horizontales (commune, soviets etc.) venant renforcer --et non remplacer-- l'organisation traditionnelle "partidaire"

Toutes ces raisons font la richesse et le handicap de la gauche, mais il est faux de prétendre que la gauche va mal quand elle est divisée, puisque c'est son état endémique. La principale difficulté politique de la gauche est la recherche d'unité, tandis que celle de la droite est d'éviter la division dans son camp tout en la stimulant dans le camp adverse.

Il faut également compter avec le facteur militant.

Les luttes, comme les manifestations dans la rue, sont usantes pour les militants et elles sont parfois décourageantes, y compris dans les cas où elles aboutissent, car certaines victoires se paient trop cher. De plus, les luttes permanentes ou trop éparpillées peuvent lasser ceux que l'on cherche à rallier ou irriter ceux qui en font les frais collatéraux. C'est un fait très bien connu des organisations politiques et syndicales !

Enfin, il faut compter avec le facteur gravitationnel, celui qui fait que les hommes et même les organisations de gauche subissent une attraction permanente vers le camp ennemi que ce soit sur le plan idéologique ou matériel, attirés par la puissance de l'argent, du pouvoir ou des apparences. Le PS francais en est l'exemple.

On voit que le processus d'unification de gauche est complexe et fragile. Il est en fait si fragile que seules de grandes poussées populaires peuvent lui donner corps. Et même ainsi la partie n'est pas finie; elle ne fait que commencer puisqu'il faut ensuite conquérir le pouvoir et s'y maintenir. Telle est la tâche de SYRISA (Coalition de la gauche Radicale) en Grèce, qui comme son nom l'indique est une coalition de partis.

En France, la gauche radicale n'a pas émergé mais en en voit les contours : elle se fera notamment avec les divers partis de la vraie gauche, ç'est à dire sans le PS et sans la frange écologiste qui se range à droite. C'est le sens de notre Appel à un Comité Permanent de Liaison.

Les arguments ne manquent pas pour dire qu'un SYRISA en France n'est pas possible. Les plus récurrents sont :

  • il n'y a pas assez de misère pour faire bouger les français
  • les partis et syndicats de gauches sont pourris
  • il manque un leader

Quelques éléments de réponse

Evidemment, il y a une grande misère en France, et les français ont un seuil de tolérance à la hauteur de leur richesse et de leur histoire. La France est la société qui a accouché de mouvements sociaux, certainement les plus fréquents et les plus massifs en Europe, depuis la guerre et dans la dernière période contre la politique néo-libérale. En 2005, une mobilisation politique contre le projet de constitution européenne a prouvé la force du rejet populaire. Ce pays n'a pas moins de capacités de se battre qu'en 36, 68, 95, 2006 contre le CPE...

L'impopularité record des chefs de l'état successifs, Sarkozy et Hollande, prouvent la profondeur du mécontentement et le refus des politiques imposées. Il n'y a ni adhésion à la purge libérale, ni résignation.

La décomposition des partis, exprimée par beaucoup de citoyens, est avérée pour le PS et pour une bonne partie d'EELV. En revanche certains partis jeunes (PG, ND,...) ou moins jeunes (NPA ...) sont pas ou peu contaminés, par le fait même de ne pas avoir exercé, ou peu, le pouvoir politique à son plus haut niveau. Le cas du PCF reste ambigü car il exerce le pouvoir depuis longtemps à un niveau local, restant attaché à des alliances avec le PS.

Concernant le leader, il faut probablement chercher parmi les dirigeants et cadres de partis, en considérant surtout le talent et le positionnement politique actuel. Il est clair que personne n'attend un chevalier blanc (ou une pure amazone) au parcours sans tâche. Sauf graves errances, tous les hommes ou femmes politiques ont un droit de rédemption. Dès lors, la vision politique et la capacité à rassembler sont ce qui compte avant tout.

La vraie question, c'est pourquoi la rage populaire se porte-t-elle sur le FN? Notre réponse, c'est qu'il n'y a pas d'alternative crédible à gauche. Notre tâche, c'est d'en faire émerger une par l'unité dans l'action.

Il est donc parfaitement normal que ceux qui portent d'autres projets de société marchent séparément. La question c'est qu'ils soient capables de frapper ensemble quand c'est nécessaire, comme les grecs à Salamine !

C'est le vieux mot d'ordre du Front Unique: "Frappez ensemble, Marchez séparément". Le but de notre Appel, c'est le rassemblement des forces pour frapper ensemble.

Arjuna et Marcopol, membres du collectif Appel à un Comité Permanent de Liaison

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.