Billet de blog 3 avril 2023

MarkLeeHunter1

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Fin de la Convention citoyenne : « Il est temps que la parole citoyenne soit pleinement entendue et prise en compte »

La Convention citoyenne s’est achevée avec éclat, ce dimanche 2 avril, sur l’adoption d’un document de plus de 150 pages. Il demande la dépénalisation de l’aide active à mourir, avec une préférence pour le suicide assisté, avec exception d’euthanasie. Un billet d'Angèle Delbecq.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

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La séance s’est terminée de longues minutes d’applaudissements continus - Angèle Delbecq

La séance s’est terminée de longues minutes d’applaudissements continus - Angèle Delbecq

L’atmosphère dans l’hémicycle du CESE, ce dimanche matin, se résume en des discours vibrants et des salves d’applaudissements homériques. A 92% des voies, les 184 citoyens ont fièrement adopté leurs travaux, 150 pages rédigées au terme de neuf week-ends, depuis début décembre.

Une large partie est consacrée à un nuancier qui “dresse le champ des possibles de ce que pourrait être l’aide active à mourir à la Française”. Il présente 19 modèles notés par ordre de préférence. Quatre ne prévoient d’ouvrir que le suicide assisté, trois l’euthanasie uniquement, et quatre autres les deux, en fonction du choix du patient. Le scénario proportionellement majoritaire, qui compose huit modèles, autoriserait le suicide assisté avec une exception d’euthanasie. Cette exception s’appliquerait aux patients qui ne seraient pas en capacité physique de réaliser le geste létal, ainsi qu’aux enfants.

C’est parmi cette dernière catégorie que se trouvent les deux modèles favoris, arrivés à égalité dans le vote des citoyens. La première approche prévoit que le patient, capable de discernement, réponde à deux des trois critères suivants : des souffrances physiques réfractaires, une pathologie physique incurable et un pronostic vital engagé à court ou moyen terme. La seconde, elle, ouvrirait également l’aide active à mourir aux patients atteints de maladies psychologiques.

“Au bout du compte, nos oppositions auront finalement été complémentaires”

À l’image de l’écoute dont ils ont fait preuve envers les opinions des uns et des autres, les citoyens ont tâché de respecter l’éventail des positions de chacun. “Merci aux 75% de nous avoir laissé 50% du temps de parole et 50% du livrable”. Soline, opposante au droit de mourir, a travaillé sur l’autre partie des travaux de la Convention, qui s’attaque aux moyens d’améliorer les soins palliatifs et l’application de la loi Claeys-Leonetti de 2016. “Au bout du compte, nos oppositions auront finalement été complémentaires”, a conclu Jean.

Et pourquoi pas une double progression de l’encadrement de la fin de vie ? C’est en tout cas ce que souhaiterait la Convention. En 2002, la Belgique avait parallèlement dépénalisé l’euthanasie et voté deux lois, sur les soins palliatifs et sur le droit des patients.

L’intelligence collective

Cette Convention citoyenne était la deuxième en France. Parfois imparfaite, avec quelques “couacs” organisationnels, mais “corrigés le lendemain”, s’est repris Didier-François. Elle a surtout été un exercice démocratique déterminant dans la citoyenneté de ces 184 tirés au sort. “Je repars de cette Convention avec la fierté d’avoir accompli le travail, mais plus encore, je repars avec la confirmation d’une intuition [...] nous, la foule, pouvons nous saisir d’une question complexe, et y répondre avec sérieux et responsabilité”. Nathalie est émue quand elle lit son discours. Ils sont d’ailleurs nombreux à l’avoir couché sur papier. Comme dans leurs travaux, ils ont le sens du détail et du mot juste.

Ces mots résonnaient parfois comme un écho à l’actualité politique, que certains citoyens ont qualifié de “crise démocratique”. Une réponse sobre, fournie avec la preuve de l’intelligence collective. Claire Thoury, la présidente de la Convention citoyenne en a remercié les citoyens. “Vous m’avez donné beaucoup d’espoir à un moment où on en a vraiment besoin”.

Ce n’est pas sans raison que leur manifeste s’achève sur ces mots: “Il est temps que la parole citoyenne soit pleinement entendue et prise en compte”. Lundi, la Convention est invitée à l’Elysée pour présenter ses travaux à Emmanuel Macron et au gouvernement. “La Convention s’arrête mais c’est maintenant que tout commence”.

Angèle Delbecq, journaliste

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