L’état des lieux: la Gauche dans la crise

Texte préparatoire au forum organisé par le Club Gauche Avenir le 2 Juillet à Paris sur l'état de la Gauche.

Texte préparatoire au forum organisé par le Club Gauche Avenir le 2 Juillet à Paris sur l'état de la Gauche.

 

 

Nous vivons en France un moment paradoxal. Au moment où la crise du capitalisme valide les analyses de la gauche, celle-ci ne parvient pas à incarner une alternative crédible au système en place.
Pire encore, la social-démocratie européenne connaît une crise sans précédent. Défaite dans les urnes, elle est idéologiquement informe. Frappée de plein fouet par la globalisation technologique, financière et culturelle du capitalisme devenu transnational, elle n’a pas su faire face, quand elle ne s’est pas contentée d’accompagner la domination du modèle de société libéral d’inspiration anglo-saxonne.
Dans le monde, le refus du nouvel ordre libéral s’est – hélas – souvent cristallisé autour de mouvements intégristes ou totalitaires. Même si la dynamique de la gauche en Amérique Latine, ou la coalition en Europe contre la guerre d’Irak ont montré la possibilité d’un sursaut progressiste, il faut rester lucide : l’expérience montre que les crises du capitalisme n’accouchent pas automatiquement d’un monde plus solidaire et d’une société plus juste.
Nous avons appris du passé qu’il était souvent illusoire et même dangereux de vouloir définir la société idéale. En revanche, il revient à la gauche, d’engager une transition vers des changements majeurs, de penser, d’orienter l’avenir. C’est d’autant plus important que nous sommes peut-être à un moment charnière de basculement de civilisation.
Des lors, la gauche doit s’atteler à un patient travail de reconstruction. Ce rapide état des lieux, sans complaisance ni masochisme, entend y contribuer.

 

 

I - Les principaux éléments de la crise de la gauche

 

 

Avant de redéfinir les voies et moyens d’un projet de transformation démocratique, offrant à tous, notamment aux orphelins de communisme comme aux déçus de la social-démocratie un nouvel horizon, il faut faire l’inventaire des éléments constitutifs de la crise de la gauche.

 

 

1. La faillite du communisme
La disparition de l’Union soviétique a sonné le glas du « socialisme réel ». La parenthèse ouverte par la révolution d’Octobre est refermée. Cependant, la grande espérance d’une société réconciliée survit dans les couches profondes des peuples, en Europe, comme sur les autres continents.

 

 

2. Le désarroi de la social-démocratie
La social- démocratie a connu son âge d’or dans le cadre de l’état-nation, à l’époque des « Trente glorieuses ». Mais, dès les années 1980, elle a perdu l’initiative. Mal préparée aux chocs technologiques, financiers et idéologiques induits par la globalisation, ne réalisant pas que l’usine et le temps de travail n’étaient plus le centre de la société, elle n’a pas su renouveler ses grilles de lecture et ses instruments d’intervention. Elle s’est résignée à une distanciation croissante avec les ouvriers et les couches populaires, qui consacre son affaiblissement politique.

 

 

3. L’impasse de la « troisième voie »
Faute d’une volonté d’affronter le capitalisme financier transnational, une gauche « d’accompagnement » a adopté les paradigmes et les critères du nouvel ordre libéral. Ce faisant, elle s’est révélée incapable de réorienter la construction européenne. Les partis qui ont emprunté cette voie sont, presque partout en Europe, dans une impasse : recul de leur ancrage social, repli bureaucratique, difficultés croissantes à incarner et à faire vivre une alternance porteuse de progrès humain.

 

 

4. Le cas français
Le cas de la France est particulier en raison de la résistance de son peuple à se mouler dans le cadre nouveau, en rupture avec son modèle social et sa culture républicaine. Alors que de puissants mouvements sociaux se sont développés pour défendre la protection sociale et le service public, la gauche a été affaiblie par son incapacité à donner un débouché à la protestation. Entre le renoncement, « l’adaptation » prônée par certains et l’impuissance protestataire, aucun compromis n’a été réellement recherché. Cette tension au sein de la gauche l’a globalement affaiblie, notamment auprès des couches populaires.

 

 

5. Le brouillage idéologique
La droite a engagé la bataille idéologique et, pour l’instant, elle l’a gagnée. La gauche n’a pas su répondre à la captation par les libéraux-conservateurs de l’aspiration à l’autonomie et du besoin de sécurité. Le sentiment national a été préempté par la droite. Plus récemment, le discours de Nicolas Sarkozy a ajouté à la confusion, en empruntant une rhétorique progressiste, voire anti- capitaliste, en contradiction avec ses actes. L’ouverture procède de la même intention. Il est temps de réactiver et de réaffirmer le clivage idéologique entre vision de gauche et vision de droite de la société.

 

 

II – Les familles et les courants de la gauche
(voir aussi la brochure distribuée au cours du Forum: « Gauche : sociologie électorale, sociologie militante »)

 

 

Alors que la gauche plurielle de Lionel Jospin fut une alliance d’états-majors, la gauche française réelle est constituée, hier comme aujourd’hui, de familles et de courants permanents, qui déterminent son pluralisme. La gauche est un fleuve brassant des familles politiques avec des courants idéologiques et sociaux transcendant les clivages partisans. Il faut évidemment respecter ce pluralisme, à la fois source de force et de faiblesse, et prendre appui sur lui. Lui offrir la méthode et le projet permettant d’en tirer le meilleur, à l’instar de la synthèse jaurésienne.

 

 

1. Les familles politiques
• La famille communiste, avec ses différentes sensibilités, au sein ou en marge du PCF, mais aussi avec ses « hérétiques » de longue date, divisés en plusieurs écoles trotskystes ou post-trotskystes.
• La famille socialiste-républicaine, dans la tradition de la SFIO de Jaurès et Blum, du combat de Pierre Mendès-France et François Mitterrand. Aujourd’hui, à l’intérieur comme à l’extérieur du P.S, cette famille regroupe plusieurs sensibilités. Celle des républicains-souverainistes du MRC. Celles plus mouvantes au sein du P.S des sociaux-démocrates et des sociaux libéraux. « Pour la République Sociale », qui a été à l’origine du Parti de Gauche, s’est aussi revendiqué de ce courant.
• La famille radicale, qui a remplacé le solidarisme par la laïcité comme marqueur idéologique.


2. Les courants idéologiques et sociaux
• Le courant anarcho-syndicaliste, tradition séculaire du mouvement social d’auto-émancipation, connaît une résurgence consécutive aux défaillances des partis de gauche et des syndicats de salariés. Il se développe au contact du « mouvementisme », réponse plus ou moins improvisée à la panne de l’alternative politique, mais aussi d’un nouveau radicalisme, pour lequel « l’état d’exception » serait le contenu réel du régime démocratique contemporain.
• Le courant libéral-libertaire, également enraciné dans la méfiance à l’égard du politique, balaye un large spectre, du radicalisme a-démocratique d’un Tonio Negri au réformisme décontracté d’un Daniel Cohn-Bendit. Selon ce courant, jadis influent au sein de la « deuxième gauche », l’émancipation de l’individu peut s’affirmer dans le cadre des espaces de liberté que ménage le système, comme dans les opportunités novatrices qu’il suscite.
• Le courant alter- mondialiste est un mouvement social composé d’acteurs très divers (ATTAC, José Bové…). Face à la mondialisation libérale, il met en avant la démocratie, la sauvegarde de l’environnement, les droits humains. Il se situe dans le prolongement du tiers-mondisme des précédentes décennies.
• Le courant écologiste, constitué d’une nébuleuse de sensibilités (les politiques, les environnementalistes, les fondamentalistes) qui affirment, en commun, l’exigence d’un projet global prenant en compte notre interdépendance avec le monde vivant. En rupture avec les dogmes du productivisme et avec l’optimisme des Lumières, le courant écologiste milite en faveur de l’ardente nécessité de changer nos vies dans le sens de la qualité et la politique par l’émergence des nouveaux contre-pouvoirs. L’une des raisons du succès de la liste Europe-Ecologie aux récentes élections européennes réside probablement dans la convergence et la synthèse – durable ? – entre différentes sensibilités écologistes, renforcées par des alter- mondialistes et des libéraux- libertaires.
• Enfin l’influence, souvent souterraine, de sensibilités spirituelles ne doit pas être mésestimée, s’agissant aussi bien du christianisme social dans son expression progressiste que de la tradition rationaliste et de la libre-pensée.

 


III - Les grandes questions toujours en débat

 

 

La gauche s’est forgée à partir du « souvenir des malheurs du passé et d’une poésie de l’avenir ». Elle charrie en son sein des interprétations et des problématiques, qui l’ont divisée, jusqu’à la paralyser. Le moment est peut-être venu de dépasser les grandes questions « non réglées ».

 

 

1. Réforme ou révolution ?
Le gauchisme souffre d’un révolutionnarisme privé de révolution et le réformisme souffre, lui, d’une impuissance à incarner et à faire vivre l’alternative progressiste. Il faut donc tracer le cheminement réformateur permettant de réconcilier l’espérance d’un autre monde, d’une autre société avec la méthode démocratique et la prise en compte du monde réel. Dans le droit fil du concept d’ « évolution révolutionnaire », que Jaurès avait emprunté à Marx, cette voie d’un réformisme radical appelle un projet, une stratégie et une mobilisation opératoires.

 

 

2. Etat et société civile
L’opposition entre une gauche étatiste, jacobine, confiant le changement social à l’intervention publique et une gauche sociétale, décentralisatrice, faisant confiance à l’initiative des acteurs sociaux, a été une donnée constante de l’histoire de la gauche. C’est ainsi que, dans les années 1970-1980, se sont opposées une « Première Gauche » et une « Deuxième Gauche ». L’exercice du pouvoir a rapproché, sans les confondre tout à fait, ces deux écoles. Mais la synthèse s’est plutôt effectuée par le bas, sur une base minimaliste et purement gestionnaire. Elle doit se faire désormais par le haut. Le dépassement de cette opposition est impératif : le pouvoir d’Etat est essentiel, mais il est relatif (Europe, « gouvernance mondiale », pouvoir des multinationales, lobbies, administrations). C’est à l’ensemble de ces pouvoirs que la gauche doit s’intéresser. De même, l’approfondissement de la citoyenneté à l’intérieur de la démocratie et la réforme démocratique des pouvoirs publics sont des objectifs majeurs.

 

 

3. Laïcité ou communautarisme ?
La gauche a hésité – et hésite encore – devant la question du contrat social. Pour certains, la laïcité doit être « ouverte », accepter le droit à la différence, la discrimination positive. C’est oublier qu’en France la laïcité constitue « l’architecture de la société » (Henri Pena-Ruiz). Face aux risques du communautarisme, la gauche doit affirmer et faire vivre dans ses actes le contrat social laïque et républicain. Le projet universaliste peut s’appliquer à toutes les sociétés, en proposant un modèle qui fasse reposer l’unité du corps social sur un dépassement des critères de l’origine ou de la religion.


IV - Les grands enjeux

 

 

Sept enjeux majeurs sont au cœur du débat au sein de la gauche.

 

 

1. Pour une nouvelle organisation des échanges, sortir du libre-échange généralisé.
Les effets néfastes du libre-échange généralisé sont patents : délocalisations, pression à la baisse sur les salaires, remise en cause de nos modèles sociaux, accroissement des inégalités. Au Sud, c’est la famine, une hyper-dépendance aux exportations. Le libre-échange a conduit à une nouvelle division internationale du travail qui, de surcroît, provoque l’explosion des échanges de biens produits à longue distance, inutilement transportés, avec leurs lourdes conséquences sur le changement climatique et la pollution.
Comment réorganiser des échanges autour de grands pôles continentaux cohérents ? Comment mettre en œuvre des protections ciblées au niveau français ou européen ? Comment retrouver l’esprit d’origine de la préférence communautaire ? Peut-on promouvoir un protectionnisme équitable ? Comment concilier le droit de se protéger et d’exporter des normes sociales et environnementales avancées ?

 

 

2. Pour une juste répartition des richesses, la nécessaire valorisation de ceux qui produisent et qui créent.
Comment sortir de l’opposition entre la production des richesses et leur juste redistribution entre l’économique et le social, le producteur et le consommateur ?
La grande question posée à la gauche est d’assurer désormais un rééquilibrage des richesses produites en faveur du travail et au service des besoins humains. Comment sortir vraiment du décalage lourd de périls mis en évidence par la crise entre économie réelle et bulle financière ? Comment favoriser l’investissement plutôt que les profits distribués? Comment garantir tout à la fois « plein emploi » et bons emplois ? Quelle révolution fiscale pour assurer une orientation écologique, une nouvelle répartition de l’impôt entre citoyens, territoires et entreprises? Comment assurer un accroissement des ressources de la protection sociale en rendant plus juste les cotisations sociales ? Comment stimuler l’économie, l’initiative, des comportements vertueux autrement que par les déductions et allégements fiscaux et restaurer la légitimité de l’impôt et des prélèvements ?

 

 

3. Pour un nouveau mode de développement.
L’urgence écologique s’impose désormais à tous. La montée des prix du pétrole, la rareté ou la réduction des stocks de gaz et d’énergies fossiles comme des matières premières, l’accès inégal à l’eau, la disparition de la biodiversité, la dégradation des sols, vont bouleverser profondément les équilibres géopolitiques comme les données économiques et financières planétaires.
L’exigence écologique impose de redonner sens, mais un sens nouveau, à l’idée de progrès, qui ne saurait être confondue avec le productivisme qui a trop souvent prévalu à gauche. Quels nouveaux critères pour le progrès ?
Si l’écologie modifie radicalement les enjeux et les projets, elle n’invalide pas le clivage entre la gauche et la droite. Comment l’écologie permet elle de revisiter certaines idées de gauche ? : Prise en compte du long terme par de nouvelles formes de planification et des efforts accrus de recherche publique ? Extension du champ du service public (l’eau, l’air, la nature), accroissement et réorientation de l’investissement public (transformation des logements et bâtiments, économie d’énergie, transports en commun, Etat exemplaire avec une commande publique porteuse de nouvelles filières industrielles) ?
Elle impose aussi de promouvoir des formes variées d’implications citoyennes, d’initiatives locales, d’assurer un nouvel équilibre entre l’action de l’Etat, des collectivités, des entreprises et des citoyens autour d’objectifs partagés. Quelles transformations des pratiques politiques et des formes de la démocratie ?

 

 

4. Pour un pouvoir politique sur l’économie : renforcement du rôle de l’État dans l’intervention économique
Dans la crise, les libéraux ont été conduits à légitimer le rôle de l’Etat-pompier. La gauche défend une idée différente et revendique l’intervention publique au nom d’un intérêt général, d’une protection de l’ordre social et démocratique. La régulation ne saurait suffire. Qu’il s’agisse de la recherche et de l’innovation, de la politique agricole ou industrielle, de la modernisation des métiers et des secteurs subissant brutalement les effets de la mondialisation, il est temps d’inverser la logique générale des privatisations, des dérégulations et de réinventer une forme nouvelle d’économie mixte (marché, secteur public et économie sociale), reposant sur un Etat dynamique. Il faut tirer toutes les leçons du passé, sélectionner les objectifs, diversifier et assouplir les méthodes d’intervention de la puissance publique et assurer un véritable contrôle citoyen et parlementaire sur les choix. Quels moyens d’intervention promouvoir : capital public dans certains secteurs clefs, mécanismes d’encadrement des prix, commande et investissement publics, services publics ? Quelles méthodes d’intervention : la loi, le contrat, la planification indicative et stratégique, des politiques industrielles sectorielles ? L’économie sociale et solidaire n’est pas un gadget : comment la renforcer, la développer ? Comment envisager aujourd’hui la part de pouvoir des salariés dans l’entreprise ?

 

 

5. Les frontières du marché
Les multiples fragilités des sociétés actuelles tiennent à l’absence de concepts clairs et de règles précises sur les limites du marché. Le camp progressiste doit mener une intense bataille sur cet enjeu décisif. L’argent et la réussite matérielle ne sont pas les seuls critères de réussite. Parce que tous les besoins et aspiration de la personne humaine ne sont marchands, il faut définir les domaines qui doivent être soustraits du marché. D’autres doivent faire l’objet de règles fixées par la puissance publique locale, nationale ou mondiale : protection sociale, services publics, sauvegarde de l’environnement… Partout où il y a rareté et rente, notamment foncière, le marché ne doit-il pas être organisé et contrôlé ?

 

 

6. La culture, l’école, l’information
Chaque citoyen doit pouvoir acquérir l’autonomie critique nécessaire à l’exercice de ses choix. Aussi, le devoir de culture et d’éducation à la liberté doit-il être assumé : comment ? De même, les enjeux liés à l’usage des grands supports de communication et à leur pluralisme sont fondamentaux. Enfin, l’éducation au respect de l’environnement peut être facteur d’un nouveau civisme face à la montée de l’individualisme et du matérialisme. Comment faire reculer la violence ? Comment offrir des libertés nouvelles et accroitre le sens des responsabilités pour chacun ? Comment promouvoir une société qui valorise les potentialités de tous ?

 

 

7. Pour un projet de civilisation : la visée du progrès partagé, de la démocratie approfondie, de l’émancipation personnelle
Revenu des illusions d’un progrès sans limite ni mesure, sans succomber pour autant au malthusianisme et à l’obscurantisme modernes, le progressisme contemporain est un volontarisme qui propose la maîtrise de l’avenir par l’humanité au service du développement humain. L’enjeu est celui d’un progrès partagé par tous, qui se mesure à l’aune des valeurs humanistes : la liberté, qui n’est pas la licence, l’égalité, qui n’est pas l’égalitarisme, la fraternité, qui n’est pas la compassion. Cette visée doit permettre « la résurrection de l’espérance sans laquelle aucune politique de salut n’est possible » (Edgar Morin). Le rôle de la gauche dans la République est d’en montrer la possibilité, le sens et la cohérence, au sein d’un projet politique de civilisation.

 

 

Conclusion : demain, la Gauche….

 


L’identité de la gauche repose sur des valeurs et des principes qu’elle doit réaffirmer, afin de faire apparaître les différences entre les deux camps.
• Le bien commun ou « l’intérêt général », dont la pertinence est renforcée par la crise écologique et la notion des « biens publics mondiaux »
• La reconnaissance de l’universalité des droits fondamentaux de la personne humaine.
• La complémentarité entre les aspirations individuelles et collectives dans le cadre d’un projet d’ensemble et d’une lutte, jamais inachevée, contre l’aliénation sous toutes ses formes.
• Le travail comme facteur d’épanouissement et de progrès social.
• La solidarité et la justice sociale.
• Un nouvel internationalisme, qui revendique la responsabilité de tous face à l’avenir de l’humanité.
Forte de ses valeurs, la gauche peut et doit reprendre l’initiative. Pour cela, elle doit clairement prendre conscience des 3 tâches qui l’attendent :
1) Comprendre : la gauche doit analyser et expliciter la crise du capitalisme dans son ampleur et sa globalité, sans accréditer la théorie de la « parenthèse ». Si la gauche n’explique pas ce qui est en jeu, d’autres capteront le besoin du changement, sans lui offrir un véritable débouché.
2) Vouloir : la gauche doit saisir l’opportunité de la crise pour présenter une voie nouvelle, une vision volontariste de l’avenir, réaffirmant notamment le primat du politique, de la souveraineté populaire, de la protection collective, de la réforme démocratique de l’Etat, de la refondation de la construction européenne.
3) Agir : la gauche doit préparer un projet de grande transformation démocratique et le faire dans l’unité avec toutes les forces de gauche et de l’écologie, politiques, syndicales, associatives, intellectuelles.
Ce projet sera fait des projets de vie des citoyens, d’acteurs multiples, en quête de savoir, de liberté, d’autonomie. Il doit pouvoir compter sur le civisme de citoyens informés et préparés aux responsabilités. C’est la tâche d’une gauche fidèle à elle-même, à son histoire et à l’attente de millions de Français.

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