« Sans les femmes, il n’y a pas d’hommes »

A l’Assemblée des femmes, le 26 mars 2013, le jour de l’ouverture du forum social des hommes se tenaient à côté des femmes pour revendiquer l’égalité des droits.

Reportage de Presylia Alves

 

De loin, des voix s’élèvent et des slogans scandés en plusieurs langues se font entendre aux portes de l’université El Manar. « SO-LI-DA-RI-TE, SO-SO-SO-LI-DA-RI-TE », les intervenantes de l’Assemblée des Femmes ambiancent une salle archi comble. Le bruit de la sono joint au brouhaha coupe le souffle. La cohue à l’entrée bloque le passage et rend l’espace oppressant. De Tunisie, de Palestine, du Brésil, de Syrie, des femmes se sont déplacées en nombre et surprise !, quelques hommes aussi. Parsemés dans l’ensemble de cette tribune ils appuient les voix des femmes, et scandent avec elles. Une militante essaie de se frayer un chemin dans la foule, puis soudain dirige  son regard vers les gradins et s’écrie « Oh les hommes, qu’est ce que vous faite là ? C’est une assemblée pour les femmes, laissez les places aux femmes ! »

Pourtant, des hommes sont là pour défendre les droits des femmes. « Minimiser les droits des femmes, c’est minimiser les droits des hommes, les droits de l’humanité, soutient Aladine Omar un jeune étudiant de Tunis en Master – mécanique des fluides. On a besoin des femmes, sans les femmes on n’a pas d’hommes ». Pour cet étudiant bénévole chargé de l’organisation de l’Assemblée dans le cadre du Forum Social Mondial, il est aujourd’hui nécessaire de convaincre ses pairs sur la nécessité de laisser les femmes prendre la parole. Marwen Mouldi, étudiant ingénieur de Tunis et également bénévole, pense aussi que les hommes ont le devoir de « donner un coup de main aux femmes dans la lutte pour leurs droits. C’est le droit des Hommes, les droits des humains que je défends ». Mais le manque d’espace de réflexion où les hommes sont sollicités pour penser la question des femmes reflète probablement leurs difficultés à se positionner sur le sujet.

Si parmi les hommes présents à cette assemblée, certains étaient présents pour des raisons de logistiques, d’autres étaient clairement des militants féministes. Cette expression aux antipodes de ce que l’on pourrait penser, n’est pas paradoxal. Elle est même complètement assumée par certains militants algériens.

Quelques heures plus tard se tient la marche d’ouverture du forum social mondial, des cortèges mixtes défilent sur l’avenue Bourguiba. Abed achi cadre dans une banque tunisienne, défend que « la femme tunisienne est une femme libre. Elles ont acquis beaucoup de droits que certains – notamment des salafistes – cherchent aujourd’hui à leur retirer. Je pense que les femmes doivent respecter l’éthique musulmane tout en revendiquant les acquis des femmes occidentales, comme le droit de s’habiller comme elles veulent, mais dans une certaine limite …»

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