« C’est une boucle de stress qu’on vit tous les jours »

Aujourd’hui, les centres d’appels en Tunisie contribuent en quelque sorte à résoudre le problème du chômage mais ils négligent encore l’aspect humain et les droits des travailleurs.  

Par Metoui Chaima

« Un jour nous serons devenus comme des machines qui répondent juste aux questions », s’inquiète Brahim Bourghida du syndicat de base Téléperformance (UGTT)  à Khair E dine Bacha, dans le centre de Tunis,  tout en évoquant avec émotion la situation affreuse des centres d’appels : « C’est une boucle de stress qu’on vit tous les jours ».

« Au centre d’appel, on est exposé à des contraintes qui nuisent à la santé physique et mentale des travailleurs et causent des troubles auditifs, visuels, du stress… s’écrie Farah Chaouachi,  employée dans un centre d’appel. On se fatigue trop et on travaille tout le temps comme des machines. Où est l’aspect humain ? » Hamdi Dridi, 25 ans, lui aussi employé d’un centre d’appel, critique la façon dont la prévention du bruit se fait dans les salles où travaillent les téléopérateurs : « La prévention du bruit dans les centres d’appel impose de travailler sur le niveau sonore dans le casque mais aussi sur le plateau. Le téléopérateur est obligé d’augmenter le volume de son casque pour se faire entendre.  Il parle plus fort, ce qui augmente d’autant le bruit ». Un cercle vicieux. 

Les syndicats rencontrent des difficultés pour défendre les droits de ces  travailleurs.Mme Righ Fatma, chargée de clientèle à Tunisie Telecom et syndicaliste, a failli être  renvoyée suite à des manifestations. Elle témoigne : « D’après les patrons des centres d’appel,  les syndicalistes n’ont pas de solution à offrir dans un environnement où les entreprises cherchent à offrir des services orientés uniquement vers la satisfaction du client. Pour eux les syndicats ne font que perturber leur travail. Ils ne veulent pas reconnaître à quel point la syndicalisation des centres d’appel pourrait défendre les intérêts des travailleurs ». L’avenir sera-t- il serein pour l’activité des centres d’appel en Tunisie ? « Si la situation ne s’améliore pas, on va continuer à faire des grèves jusqu’à ce que les conditions de travail changent ou que les centres ferment », prévient Brahim Bourghida.

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