La recomposition des partis politiques français

France 2012 n°4 / Analyse

 

Les partis politiques en France n’ont pas la cote. L’ont-ils jamais eu ? En tous cas dans notre histoire récente et sous la Ve république, ils ne l’ont jamais eu. Et l’opération récente des adhérents à 20€ du Parti Socialiste, somme toute une idée originale et très intéressante, ne peut pas suffire à contrer ce lourd opinion qui est une exception française au sein de l'Europe.

 

Les français sont un peuple politique, l’histoire de nos institutions, de nos débats, de notre fameux modèle social et bien d’autre vont en ce sens. Alors pourquoi n’aimons-nous pas les partis ? Est-ce l’héritage de De Gaulle qui transparait dans nos institutions ? Pourtant les partis concourent à l’expression du suffrage comme énoncé dans la constitution du 4 octobre 1958 à l’article 3. Il est vrai qu’ils arrivent après la souveraineté du peuple et de ses représentants. Ce titre I : "De la Souveraineté" ne leur laisse pas une si belle place finalement.

 

Toujours est-il que bien que peuple hautement politique nous ne sommes pas politisés et encore moins partisans. Outre cette raison historique et constitutionnelle et qu'elle qu'en soit son importance, d'où vient cette exception et ce paradoxe français ?

 

D'un côté des partis eux-mêmes qui ne reflètent pas les courants idéologiques de l'opinion ou du peuple. Leur positionnement et leur importance n'est pas le reflet de ce que nous pensons. D'un autre côté du jeu politique et institutionnel qui n'a rien fait pour changer cela. Au contraire il a participé à cette cristallisation que nous vivons aujourd'hui.

 

Les partis tous d'abord. Quels ont été les grands courants idéologiques en France au cours des dernières décennies ? L'anticapitalisme, le communisme, le socialisme, la social-démocratie, le mouvement écologique, les démocrates-chrétiens, les libéraux, les gaullistes, les conservateurs, le nationalisme pour les plus importants. Ces mouvements ont-ils été reflétés dans des partis? Mis à part le Parti Communiste (PC) pour le communisme, les autres courants idéologiques ont été ou sont éclatés, à l'exemple de l'anticapitalisme que l'on retrouve au sein de Lutte Ouvrière (LO), de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) et même du Parti Socialiste (PS). Mais aussi se retrouvent sur plusieurs partis : le nationalisme chantre du Front National (FN) et du Mouvement Pour la France (MPF), se retrouve dans l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP) et feu le Rassemblement Pour la République (RPR). Le mouvement écologique lui après s'être scindé en un mouvement de droite, de gauche et du centre n'existe plus politiquement que dans Les Verts et Cap 21. Nous pourrions continuer longtemps comme ceci ce saucissonnage des idéologies et des partis en arrivant au même constat : les courants idéologiques, à de rares exceptions près, ne sont pas clairement identifiés dans des partis. Et le corolaire immédiat, les partis ne sont pas le reflet d'idéologies bien établies ; ils sont sur plusieurs lignes à la fois et/ou tentent de rassembler des idéologies éloignées voire incompatibles.

 

Le jeu politique et institutionnel ensuite. Quel gouvernement n'a pas joué avec les lois électorales, le découpage et autre afin de favoriser tel ou tel camp ? Et cela sans parler des modifications constitutionnelles récentes : quinquennat et alignement des mandats présidentiel et législatifs. Ces forces ont contribués à une cristallisation des forces en présences, de forces non représentatives des opinions et du peuple, et ce dans un seul but politicien ou idéologique pour ce qui est du quinquennat. L'alignement du mandat du président de la république sur le mandat des députés ajouté à la prééminence de l'élection présidentielle sur celle des députés a été un jeu d'apprentis sorciers mêlé de jeu politicien. L'UMP est devenu une machine de guerre électorale rassemblant des libéraux, des conservateurs et des démocrates-chrétiens pour la plupart. Le PS tente de faire à l'identique, mais ses statuts et sa fameuse motion, idéal de la démocratie interne, l'en empêche. Mais il ne rassemble pas moins des anticapitalistes, des socialistes et des sociaux-démocrates pour la plupart. Que dire des autres, la même chose.

 

A ce jeu là, joué par les partis et les différents pouvoirs successifs, le paysage politique français n'est pas le reflet de nos opinions. Et cette tendance lourde continue avec une forme de bi-parisianisme complètement décorrélé de la réalité des courants. Les courants, ces fameux courants du PS, des Verts, du Mouvement Démocrate (Modem), de l'UDF en son temps en tant que groupement de partis, de l'UMP même s'ils n'y sont pas officiels et même du FN à une époque avant scission et aujourd'hui encore.

 

Alors que faire ? Une chose serait simple, faire exploser le PS en une force véritablement socialiste et une sociale-démocrate, laisser les autres rejoindre soit des partis anticapitalistes ou centristes. Mais aussi faire exploser l'UMP, ce grand parti voulu par Alain Juppé, en une force conservatrice réelle et assumée, en un renouveau gaulliste et en un véritable parti libéral. Les autres rejoignant les forces nationalistes ou centristes. Bien sur ne pas oublier le Modem, cette bonne idée qui ne peut évoluer au milieu du cristal PS/UMP.

 

Et qu'obtiendrions-nous ? Des partis éclatés, des forces bien identifiées. Donc le spectre de la IVe république pour certains, ce qui est mal connaître la IVe et la Ve république, et donc l'impossibilité de gouverner. Ou bien enfin une réelle identification des opinions à des forces politiques ayant un corpus idéologiques, une doctrine claire.

 

L'impossibilité de gouverner ? Les gaullistes et les communistes un temps, les démocrates-chrétiens, les libéraux, les gaullistes et les conservateurs un autre et enfin les verts, les socialistes, les sociaux-démocrates et les communistes un autre. Des coalitions qui ne disaient pas leur nom.

 

Alors quelle différence ? Une fondamentale : l'honnêteté. Un parti identifié à une idéologie ne pourrait à lui seul gouverner, à l'exemple de beaucoup de démocraties, il serait donc obligé de faire des pactes de gouvernement, de faire des compromis, avant ou après une élection, au grès des époques. Ce n'est pas de l'opportunisme, c'est un principe de réalité si l'on veut gouverner. Alors là oui, les choses seraient claires, il n'y aurait plus ce mensonge RPR/UMP et PS du discours électoral différant du fait gouvernemental ; mensonge tant reproché.

 

Bien sur en allant dans cette direction, nous entrons dans une recomposition du paysage politique français, les partis médiateurs entre pouvoir et peuple seraient plus en phase. Mais les institutions nous le permettent-elle ? Aujourd'hui, rien ne l'empêche, mais cela est utopique.

 

Alors que reste-t-il ? Moderniser ou changer nos institutions, selon la formule préférée. Mais ne pas nier notre modèle bicéphale repris par tant de démocraties naissantes de part le monde. Le président, le gouvernement et l'assemblée doivent rester avec le même esprit, ajustons seulement les mécanismes de notre démocratie pour que la France entre dans le 21e siècle de façon adulte.

 

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