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Billet de blog 15 sept. 2014

Pierre Buyoya : Autoportrait d un enfant africain !

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Impossible de portraiturer Pierre Buyoya sans relativiser quelques préjugés établis sur les gouvernants africains. Après une double accession pacifique au pouvoir dans des contextes de crises aigües, l'ex-président burundais avait rendu son tablier présidentiel au terme d'un processus démocratique et des accords de paix qu'il avait initiés et respectés. Depuis l'homme s'illustre en médiateur dans toutes les crises et conflits qui traversent l'Union africaine (UA) et l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).


Petit Pierre devint grand...
Soumis à l'auto-confrontation entre le chef d'état-candidat au leadership international et le petit enfant africain des faubourgs du Bujumbura, le président Buyoya se prête à l'exercice avec la discipline d'un homme de dialogue qui se veut rompu et ouvert aux critiques : '' l'enfant, c'est le monde et tous ceux qui mènent le monde furent un jour des enfants. L'enfant, c'est aussi l'avenir et l'espoir du monde. Protéger l'enfance, c'est protéger le monde et l'avenir''. A côté de sa fondation pour la protection de l'enfance et la formation des jeunes, il évoque le rôle déterminant de l'enfance dans son cheminement personnel : ''pour être grand, il faut avoir été petit. Si le petit Pierre ne prenait pas la parole, il y a de fortes chances que le grand Pierre n'existerait pas. Si l'on considère mon parcours depuis les collines du Burundi, l'école, l'armée, la politique et mes différentes responsabilités nationales et internationales, il est bien évident qu'il y a une suite de grandes leçons de vie qui ramènent souvent aux fondamentaux qui font ce que vous êtes et le milieu où vous avez grandi. Ces choses qui font votre grandeur d'un jour ne sont pas suspendu en l'air...'' 


Démocratisation du Burundi
Autrement dit, les fondamentaux du petit Pierre ont forgé les succès adultes de l'homme d'état. A commencer par sa prise de pouvoir dans un contexte de profonde crise entre le régime de son oncle et la puissante église catholique de son pays déjà miné par les inextinguibles hostilités inter-ethniques entre Hutus et Tutsis : ''Encore une fois, je crois qu'il faut revenir à mes fondamentaux : j'ai eu la chance d'être parmi les burundais les mieux éduqués. Je suis arrivé en politique en 1987 parce que j'étais parmi les officiers les plus formés dans les meilleures académies occidentales. Par la suite j'ai profondément réfléchi sur le piège où nous étions jusqu'à bâtir une certaine crédibilité et une certaine autorité dans l'armée et la classe politique''. Jusqu'à son abandon du pouvoir au terme d'un processus de démocratisation qu'il avait conclu par la reconnaissance de sa défaite électorale et la transmission démocratique du pouvoir à son adversaire (1987-93) : une première dans l'histoire du continent.
Paix et réconciliation nationales
Après l'assassinat de son successeur dans un contexte de guerre civile, Pierre Buyoya revint au pouvoir pour mener le dialogue et la réconciliation nationale qui permirent la signature des ''Accords d'Arusha'' qu'il avait initiés et respectés (1996-2003). Il dut résister aux extrémistes de son pays et aux médiateurs de renom. De nouveau, il cède la place à son vice-président : ''on a eu tendance à dire que la paix au Burundi, c'est l'oeuvre de Julius Nyéréré et Nelson Mandela. Il est vrai que ces grandes personnalités ont joué un rôle mais elles auraient pu être d'aucun secours si les burundais avaient fait la sourde oreille. Si le petit Pierre en particulier avait fait la sourde oreille car il avait la clé de la paix à l'époque. Peut-être aussi que c'est grâce à ma façon d'aborder les choses car l'homme fort n'est pas celui qui est toujours prêt à sortir les canons. Il fallait aussi l'autorité nécessaire qui me permit d'être respecté par Nyéréré et Mandela. Dans les conditions difficiles, les gens m'ont suivi dans des arrangements politiques compliqués. Mais je dis et redis que ce sont les burundais qui firent l'essentiel pour la paix. Pas seulement moi mais aussi mes partenaires burundais.''

Ambition légitime de sage international

Mais dans le cadre de sa candidature à la tête de l'OIF, le Président Buyoya devra rassembler les chefs d'états africains comme il avait réunifié les frères ennemis de son pays avant de devenir le médiateur et sage africain dont la Francophonie et l'Union africaine ont sollicité le concours dans tous les conflits du continent ( 2003-2014) : ''A ce tire de sage africain, je ne suis pas le seul. L'Afrique est un vaste continent de 54 pays où il y a une diversité extraordinaire. Il y a des pays qui sont bien partis dans la stabilité et la paix des institutions où les chefs d'états sont des jeunes modernes et très rompus à la gouvernance moderne. D'autres pays sont coincés dans les vieilles routines. Loin de la vision européenne d'une Afrique où rien ne va bien et partout c'est la guerre et la famine, le continent continuera d'évoluer dans des conditions différenciées. Mais je dis aux chefs d'états africains qu'au regard de mon âge, mon parcours et mon bilan au Burundi, en Afrique et au service de la francophonie, j'ai aussi une ambition légitime de diriger l'OIF. Ce serait aussi une opportunité pour moi de continuer à service et mettre mon expérience au service du plus grand nombre d'humains car la Francophonie est une organisation qui existe sur tous les continents''. Cheikh Touré

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