4. Que sais-je de la réalité?

Ce que j'en vois et ce qu'on m'en dit. J'en vois peu et on m'en dit peu. Comment alors en savoir plus que ce que j'en vois et que ce qu'on m'en dit?

C'est une question. J'ai une méthode qu'on nommera triangulation. Censément, il faut être trois pour mettre en œuvre cette méthode. Effectivement on peut être deux, et même être un seul, pour y parvenir. Mais le plus simple est d'être au moins trois.

Pour illustration concrète, le billet «Fiction: 4 commentaires sélectionnés par Mediapart», que désormais (ce 6 octobre 2019 à 14h30) je ne compte plus trop modifier, ou pour une version à jour de la discussion la page de commentaire initiale mais le billet y suffira. L'article commenté est «Quand le machiste Boris Johnson tombe sur un hic féminin». On voit plusieurs lignes de discussion s'y déployer, certaines entre “personnes raisonnables”, d'autres entres “personnes non raisonnables”, d'autres entre les deux classes. Dire d'une personne qu'elle est raisonnable ou non n'a pas de validité intangible, chaque intervenant apparaît tantôt raisonnable, tantôt non. La classification indique un tropisme plutôt qu'une qualité intrinsèque et stable. En outre, certains intervenants sont “masqués”. Comme je le mentionne dans un des commentaires, «je connais Antoine Perraud d'assez longue date en tant que “médiateur” pour l'avoir durant des années entendu comme producteur et animateur sur France Culture, et il m'apparaît de ce fait assez divers et nullement cette personne ayant une “arrogance élitiste” telle qu'elle s'affiche ici». Ayant eu l'occasion de le lire ou l'entendre en dehors de Mediapart j'ai pu constater qu'il apparaît toujours à-peu-près le même que celui qui apparaissait dans le cadre de France Culture, j'en infère que le personnage “Antoine Perraud” de Mediapart est plus distant de l'être social ordinaire Antoine Perraud, la personne “hors représentation”; tant comme producteur de France Culture que comme membre de la rédaction de Mediapart il “joue un rôle” autre que son rôle social ordinaire mais si celui de producteur de radio ne présentait qu'un aspect de son être au monde, du moins son comportement était proche de celui ordinaire, “non professionnel”; dans celui de rédacteur de Mediapart il développe une pratique rhétorique qu'une majorité de personnes ne réalisent ordinairement que de manière intermittente, qu'on peut dire “sophistique”, qu'on qualifie péjorativement “parler pour ne rien dire”. Une notion paradoxale car si on parle on dit, donc on dit “quelque chose”. C'est une manière plaisante d'exprimer le fait que le “vrai sens” d'un discours de sophiste n'est pas celui de compréhension immédiate

Dans la discussion “commentaires de l'article de Perraud”, certains intervenants ont uniquement ou majoritairement un discours “raisonnable”, certains un discours uniquement ou majoritairement “non raisonnable”, certains alternent entre les deux. Le seul dont je peux certifier qu'il est “raisonnable” de son propre point de vue est moi-même mais que je le croies ne garantit pas que ce soit réel, et si c'est réel ça ne garantit pas qu'on le croie. Disons, il y a des indices forts et concordants qui permettent de déterminer que dans le cadre de cette discussion certains sont tendanciellement raisonnables, d'autres non.

La question première de ce billet est celle de son titre, «Que sais-je de la réalité?»; le postulat est, «Ce que j'en vois et ce qu'on m'en dit. J'en vois peu et on m'en dit peu»; la question secondaire dans l'ordre logique mais première dans le cadre de la réalité effective est: «Comment alors en savoir plus que ce que j'en vois et que ce qu'on m'en dit?». Ma réponse est la triangulation et cette page de commentaires en donne la clé: à partir de la prémisse «Quand le machiste Boris Johnson tombe sur un hic féminin», y a-t-il moyen de déterminer si Boris Johnson est “machiste”, s'il est “tombé sur un hic”, si ce “hic” est “féminin” et si de cela on peut en déduire plusieurs faits de la réalité effective, tels que:

  • son “machisme” est-il intrinsèque, “naturel”, ou appris, “culturel”?
  • Ce “machisme” est-il une composante de son comportement habituel ou un rôle joué dans le cadre de ses prestations publique?
  • Le “hic” est-il “spontané” ou “provoqué”?
  • Les acteurs “féminins” du billet rapportent-t-il des faits objectifs, des faits subjectifs ou des non faits, des “mensonges”?
  • Son “machisme” a-t-il une incidence dans ses rapports effectifs avec les autres “machos”?
  • Son “machisme” a-t-il une incidence dans ses rapports effectifs avec les “non machos”, spécialement les “non machos féminins”?
  • Abuse-t-il de sa position sociale éminente pour réaliser son “machisme” au détriment de tiers en position sociale moins éminente?
  • Son “machisme” a-t-il une incidence sur son comportement en tant que personnalité politique éminente?

Et autres questions soulevées par ce titre et par le billet, qui développe le sujet sans apporter de réponse à la question implicite du titre, quelle influence le “machisme” supposé de Johnson a sur son action politique?

 

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