Grippe A/H1N1 : Vaccination: Etat des lieux navrant

Je suis profondément navré de l'état des lieux autour de la vaccination contre la grippe A/H1N1 mais certainement pas de la relative innocuïté de cette épidémie (qui je l'espère va conserver ce caractère "bénin"). En fait j'ai peur que la manière dont a été gèrée cette campagne de vaccination contre la grippe A/H1N1 ait un effet psychologique très négatif vis à vis de la vaccination au sens général. 

Je suis profondément navré de l'état des lieux autour de la vaccination contre la grippe A/H1N1 mais certainement pas de la relative innocuïté de cette épidémie (qui je l'espère va conserver ce caractère "bénin").

 

En fait j'ai peur que la manière dont a été gèrée cette campagne de vaccination contre la grippe A/H1N1 ait un effet psychologique très négatif vis à vis de la vaccination au sens général.

 

Que l'on ne s'y trompe pas, je ne suis pas contre la vaccination au sens large. Bien au contraire, je considère que c'est une avancée majeure de la médecine et un bienfait pour la santé publique.

 

Une brève liste non exhaustive: Diphtérie, tétanos, poliomyélite, variole, fièvre jaune, rage,... ; des maladies où les vaccins ont fait leur preuves jusqu'à parfois éradiquer la maladie de la surface de la terre comme pour la variole.

 

Mais il ne faut pas oublier qu'un vaccin est un médicament comme un autre et présente donc toujours une dose de risque:

- Risque d'attrapper la maladie contre laquelle on se fait vacciner: Cela ne concerne que certains types de vaccins. C'était le cas pour la variole où, alors que la maladie naturelle avait pratiquement disparue, la majorité des cas résiduels observés provenait de la vaccination encore obligatoire.

- Risque d'avoir une réaction allergique, à l'oeuf par exemple pour beaucoup de vaccins contre la grippe, ou bien à un adjuvent quelconque.

- etc.

 

Bref, il y a toujours un risque et il y en aura toujours. De même, l'on prend un risque à chaque fois que l'on mange quelque chose (ou que l'on prend sa voiture)!

 

De même un vaccin a un taux d'efficacité qui n'est jamais de 100% (en clair, vous êtes vaccinés mais attrapez quand même la maladie).

 

A titre d'exemple, une anectode personelle: Dans les années 80, je devais aller en afrique pour 2 ans dans un pays où sévissait une épidémie de choléra. Ce pays exigeait donc que les étrangers soient vaccinés contre le choléra (!?). Un médecin du département des maladies tropicales à l'hôpital de la Pitié Salpétrière m'a vacciné administrativement en m'expliquant que ce vaccin était "une merde", avait une chance sur deux de me mettre à plat pendant un mois (voire plus grave) et seulement une chance sur trois de m'immuniser contre la maladie. Et il ajouta: si vous suivez ces quelques conseils d'hygiène et de prudence, le choléra, vous ne l'attraperez jamais ou vous ne vous en rendrez même pas compte. Par contre, il m'a vacciné contre la fièvre jaune et deux autres salopies endémiques en me disant: Là, le vaccin marche à presque 100% et de ces maladies, on ne s'en sort que rarement sans dégats! Je suis ressorti de l'hôpital avec 3 vaccinations et un certificat en bonne et due forme de vaccination contre le choléra (que je n'ai jamais reçue!).

 

Ceci n'était que pour illustrer qu'il y a vaccins et vaccins et qu'ils ne sont pas tous de la même qualité ni de la même dangerosité ni de la même efficacité.

 

Donc les tests sont importants pour déterminer le risque d'effets secondaires indésirables voire mortels d'un vaccin. De même, la mesure de son efficacité est un élément important de l'analyse bénéfice / risque qu'elle soit individuelle ou sociétale (on a arrêté de vacciner contre la variole car la vaccination provoquait plus de cas de maladie que le fait de ne pas être vacciné).

 

De même chaque individu, en fonction de son état de santé, doit de poser sereinement la question car tout le monde n'est pas dans la médiane de la statistique.

 

Maintenant, lorsque l'on regarde l'état actuel vis à vis de la grippe A/H1N1, il est quand même légitime de se poser quelques questions:

- Sur le processus de décision: Manifestement à la va vite et "au plus haut niveau"

- Sur les méthodes de développement, de production et de test de ces vaccins: On est loin d'avoir respecté les procédures habituelles

- Sur le process d'aministration de la vaccination où les médecins généralistes sont hors-circuit ?

- Sur l'efficacité du vaccin ? Une dose, deux doses ? Et pourquoi pas trois ?

- Sur des soupçons de collusion ou d'intérêts croisés entre les conseillés de la ministre et l'industrie pharmaceutique.

- Etc.

 

Il est évident que si l'épidémie avait une morbidité de 50%, même un vaccin mal foutu, dangeureux (par exemple, mortel à 1%), serait le bienvenu. Heureusement, cela ne semble pas être le cas (cf. mon premier commentaire sur le billet précédent). Il est donc facile de tirer sur l'ambulance Bachelot dans ces circonstances.

 

Mais quand même, quand je constate que moins de 15% du corps médical, a priori le plus exposé et le plus informé, se fait vacciné cela m'interpelle!

 

Du coup il n'est pas surprenant que plus de 70% des français soient réservés et n'envisagent pas de se faire vacciner.

 

Donc, 1,5 milliard d'euros dépensés (ne vous inquiétez pas, ils ne sont pas perdus pour tout le monde) pour aboutir à un résultat qui risque de semer le doute dans la population sur les vertues de la vaccination: C'est navrant.

 

Espérons néanmoins que ce fiasco continue car cela voudra dire que la grippe A/H1N1 reste bénigne.

 

Car, je persiste, même si je ne suis pas médecin, la vaccination avec des vaccins correctement élaborés et testés est une excellente chose à titre individuel comme à titre collectif. Il est donc navrant de se retrouver façe à une campagne de vaccination massive avec autant de doutes et d'incertitudes.

 

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