Billet de blog 10 mars 2014

Bibi Tanga : Le ministre du groove revisite l’afro-funk et la pop

harmonia mundi
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Après plusieurs collaborations (Malka Family, le professeur Inlassable, The Selenites), Bibi Tanga se recentre sur son nouveau projet de soul inventive et élégante, propulsé par sa voix de braise et sa basse reptilienne. "Now", un nom énergique et pugnace, en résume parfaitement l'esprit. Quant à ses sources, elles puisent dans le rhythm ´n'blues, le jazz, le hip hop et l'afrofunk, une somme qui explique aussi pourquoi cette musique s'inscrit si bien dans la culture urbaine d'aujourd'hui.

Dans le onzième arrondissement de Paris, on le croise souvent en terrasse, guitare dans le dos, buvant un café noir avant de filer pour une répétition ou un enregistrement. Parigot d’adoption, fier de sa gouaille et de sa casquette gavroche, Bibi Tanga a aussi l’Afrique dans le coeur. Dès que son agenda de ministre du funk le lui autorise, il saute dans un avion « comme on monte dans une machine à remonter le temps », pour atterrir dans le noble pays de ses ancêtres. Lors d’une interview en 2012, il déclamait tout son amour et son attachement à sa terre natale : « On dit de Bangui que c’est la ville-jardin, les colons l’avaient surnommée « Bangui la Coquette ». C’est une ville en pleine forêt, avec de la verdure partout, autour, dedans… Le fleuve Oubangui qui la traverse est très propre, on peut manger son poisson sans danger. Ce que j’apprécie le plus, c’est la conversation paisible des gens : on refait le monde en buvant du thé, assis au coin de la rue, jusqu’à une heure du matin. »

© JazzVillageMusic

Cette description d’une cité aux charmes ineffables contraste avec les images que diffusent les médias internationaux depuis 2013. Bangui ne s’appartient plus : des barbares brandissant des livres saints dans une main et des fusils mitrailleurs dans l’autre terrifient les quartiers populaires, et les pots d’échappement des blindés français souillent les eaux du fleuve Oubangui. « Tout le monde sait maintenant où se situe la Centrafrique, alors que les gens ignoraient jusqu’à l’existence même de ce pays il y a quelques mois. Dommage qu’on en parle pour de mauvaises raisons. La nation sort de quarante années d’instabillité politique, mais malgré ça, nous sommes restés un peuple joyeux. Cette force, cette joie de vivre, c’est ce qu’on essaye de nous voler en ce moment. Les problèmes entre chrétiens et musulmans, ça n’a jamais vraiment existé chez nous. La diaspora et tous les Centrafricains sur place devront prendre leurs responsabilités par rapport à cette crise. »

Les échos de mitraillettes résonnent jusque dans la musique de Bibi Tanga, sur l’afrobeat de « Ngombe » par exemple, l’un des titres phares de cet album. Au menu de ces dixsept nouveaux morceaux (dont trois inédits disponibles en digital uniquement), cinq textes en langue sango exhortent ses frères à prendre leur destin en main. Le chanteur - qui est aussi bassiste et leader de son groupe - revisite les rythmes africains traditionnels ou modernes, trafiquant un ndombolo congolais (« Ala Za I o»), et bricolant une version moderne du montenguéné, héritage ancestrale de la région de Lobaye dans le sudouest du pays (« Ngombe »). Si l’Afrique est inscrite dans son ADN musical depuis le premier jour, l’Amérique a façonné son sens du groove. La soul de Curtis Mayfield et Sly Stone nourrit ses compositions depuis cinq albums. Il reprend ici « Who’s Gonna Be Your Man », ressuscitant l’une des voix magiques de son enfance, Ella Jenkis. Lorsqu’il était gamin, ses parents avaient pour habitude de poser un de ses vinyles sur la platine chaque matin. Toute la maison s’éveillait alors au son de ces chants negro-spirituals, et comme tous ses frères et soeurs, Bibi connaissait par coeur « Who’s Gonna Be Your Man » avant même de savoir lire. Il en offre une interprétation véloce et étourdissante mêlant percussions et guitare cajun.

Mais si son précédent opus 40 Degrees of Sunshine s’avérait être l’épisode le plus américain de sa discographie, Now est le plus britannique. L’énergie des Specials, de Police ou de The Beat lui a inspiré « Who Can we Trust », et le reggae sous tension de « Calling ». Bibi explique : « The Cure pour moi, ce sont des Blancs qui jouent du funk. ça donne de la new-wave, ça part ailleurs, et c’est ce qui me plait. Tout l’amour que j’ai pour la musique anglaise, je l’ai mis dans ce disque. » Il fleurte même avec le rock british sur « Love Can Bring You Pain » dont le tempo est impulsé par un batteur africain, l’excellent Mike Dibo.

Afin d’obtenir ce groove anglais plus rugueux et épuré, Bibi a resséré les rangs de sa formation. Des Selenites qui l’accompagnaient sur les deux épisodes précédents, il ne reste que le guitariste Rico Kerridge. Stéphane Lenavelan s’est installé aux claviers, et Mike Dibo assure donc les batteries. Seuls invités du disque, les Horn Dogz soufflent sur les cuivres pour allumer le feu pendant certains refrains, tout comme les deux choristes Emma Lamadji et Idylle Mamba. Bibi Tanga se présentera sur scène dès le printemps 2014 avec seulement trois musiciens derrière lui, un défi stimulant pour l’auteur-compositeur-interprète toujours en quête de liberté. « On s’est éclaté à faire ce disque entre nous, spontanément, reprend Bibi. J’avais besoin de retrouver le côté instinctif et immédiat de la musique. Par le passé, j’optais parfois pour des orchestrations trop touffues. Sur Now, la voix n’est plus noyée dans un grand bordel, on refait de la chanson. Je me suis concentré sur les mots, il peut y avoir des paroles militantes qui collent à des mélodies enjouées. L’idée, c’est qu’on peut mener de grands combats en gardant le sourrire. »

Now, le nouvel album de Bibi Tanga sort le 11 Mars chez Jazz Village

Bibi Tanga sera en concert le 31 Mai à Coutances pour le Festival Jazz Sous les Pommiers.

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