Billet de blog 29 avr. 2014

Adnan Joubran, le benjamin du Trio Joubran s'offre une aventure en solo

Pour son envol en solo, le benjamin du Trio Joubran a réuni autour de lui trois partenaires venus de cultures différentes, le joueur de tabla indien Prabhu Edouard, le violoncelliste français Valentin Moussou et en invité spécial le souffleur espagnol Jorge Pardo au saxophone et à la flûte. Borders Behind, qui révèle les talents de compositeur d'Adnan Joubran, est une œuvre ouverte sur le monde. Enrobés dans les volutes de son oud, on y hume des parfums de jazz et des climats à la fois délicats et puis- sants, comme la bande-son d'un film imaginaire.

harmonia mundi
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Pour son envol en solo, le benjamin du Trio Joubran a réuni autour de lui trois partenaires venus de cultures différentes, le joueur de tabla indien Prabhu Edouard, le violoncelliste français Valentin Moussou et en invité spécial le souffleur espagnol Jorge Pardo au saxophone et à la flûte. Borders Behind, qui révèle les talents de compositeur d'Adnan Joubran, est une œuvre ouverte sur le monde. Enrobés dans les volutes de son oud, on y hume des parfums de jazz et des climats à la fois délicats et puis- sants, comme la bande-son d'un film imaginaire.

Adnan Joubran a longtemps caressé le rêve de devenir cinéaste. Les mélomanes n'y ont pas franchement perdu au change. Voilà dix ans que leur imaginaire est stimulé par le flot d'images que son oud suscite aux côtés de ceux de ses frères aînés Wissam et Samir, au sein du Trio Joubran. « Soit je pars d'une image pour composer, soit j'essaie de créer des scènes de cinéma à travers la musique », explique-t-il. Le concert triom- phal du Trio à l'Olympia, en février 2013, a célébré cette première décennie à repein- dre les murs de la tradition à coups de fresques grandioses. Ce sont d'autres tableaux, plus intimes, qu'Adnan a cette fois éprouvé le désir de composer.

Situé à quelques encablures du Centre Pompidou, juste sous les toits, le home studio parisien du musicien palestinien de 28 ans se remarque à peine. Tout juste décèle-t-on la présence d'un ordinateur, de quelques micros. C'est là qu'il a commencé à assem- bler des idées éparses, voilà près de trois ans, des rêveries très personnelles qu'il savait ne pas convenir au Trio. Avec un désir légitime : ne pas étouffer dans un groupe inté- gré à l'âge de dix huit ans, dont l'alchimie fait certes des étincelles, mais après son lot de désaccords, de fâcheries, de rabibochages sur le fil - d'équilibres à trouver à trois, constamment.

Tout en conservant son enracinement dans la tradition moyen-orientale et son appro- che très personnelle de l'instrument, en respirations et en suspens, Adnan s'est laissé attirer vers les rivages espagnoles du flamenco, parfois effleurés par le Trio, ainsi que, plus étonnamment, par ceux de l'Inde. Le résultat d'une lente imprégnation plutôt qu'une démarche extrêmement consciente. « Les maqâms [échelles mélodiques] et la façon de passer de l'un à l'autre sont très proches entre les musiques orientales et in- diennes, précise-t-il. Quand j'écoute un raga, j'en vis chaque développement. Quant au flamenco, j'y entends la même passion que dans la musique orientale et j'y re- trouve les quarts de ton absents de la musique occidentale. » C'est son ami, le oudiste et chanteur tunisien Dhafer Youssef, qui lui parle du joueur de tabla Prabhu Edouard, basé à Paris. Coup de foudre. Ses tablas se marient à merveille aux percussions orien- tales jouées par Adnan lui-même, ainsi qu'au cajon et aux palmas de l'Espagnol Javier Sanchez. Une danseuse de flamenco, accompagnée lors d'un spectacle à Madrid, le met ensuite sur la piste de l'une de ses idoles : Jorge Pardo, flûtiste et saxophoniste ayant enluminé quelques chefs d'œuvre de Paco de Lucia. Fébrile, Adnan lui inter- prète quelques compositions. Pardo se propose de jouer sur toutes. Adnan complète sa palette de couleurs par le violoncelle de Valentin Mussou, rencontré en 2009 lors de l'enregistrement de la BO du Dernier Vol, le film de Karim Dridi.

Au cours des deux ans de gestation de l'album, Adnan mène sa barque seul, hors de tout producteur, de toute maison de disques. Il délivre l'album fini, à prendre ou à laisser. Les conditions de cet enfantement, cette solitude forcenée, assumée, ne sont pas pour rien dans la profonde singularité du résultat : ces toiles inédites sur lesquelles s'agrègent trois traditions, trois aires géographiques, Proche-Orient, Espagne, Inde. Les rythmes se recoupent, se décuplent plutôt, comme sur le morceau d'ouverture, qui superpose un rythme de buleria à celui du dabke palestinien. Les timbres se découvrent une symbiose, à l'image des entrelacs du oud et du violoncelle, dont Adnan rappelle qu'il découle du rabâb, son aïeul orien- tal, plus petit. Du début à la fin de l'album, Adnan Joubran développe surtout une véritable science des climats, langui- des ou bouillants, de même qu'un sens narratif qui sait ménager ses rebondissements. Une musique de l'intime, mais grande ouverte sur le monde. Une musique de l'imaginaire, toujours. « Le fait de rêver est plus beau que le fait de réaliser son rêve, car seul le cheminement importe », pose-t-il. Ce dont cet aspirant cinéaste devenu musicien d'images apporte la limpide démonstration.

© Adnan Joubran

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