Billet de blog 28 mars 2009

wiand valerie
Abonné·e de Mediapart

L'échappée belle

Vendredi 20 février: deux jeunes hommes dont l'un mineur, quittent sans autorisation, l'unité de soin fermée où ils étaient hospitalisés sous contrainte. Direction, préfecture sont aussitôt informées, procédure habituelle dans ce contexte de rupture de soin.

wiand valerie
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Vendredi 20 février: deux jeunes hommes dont l'un mineur, quittent sans autorisation, l'unité de soin fermée où ils étaient hospitalisés sous contrainte. Direction, préfecture sont aussitôt informées, procédure habituelle dans ce contexte de rupture de soin.

La réaction est immédiate police, gendarmerie, hélicoptère de la sécurité civile, société de gardiennage avec vigiles et chiens à l'intérieur de l'hôpital et mise à contribution des médias.

En moins de 48 heures, l'hôpital met en place une série de mesures : fermeture des volets en attendant la pose de barreaux en forme de rosaces, poignées des fenêtres sciées, grillages rehaussés.

Mercredi 25 février : succession de visiteurs dans l'hôpital : expert en sécurité missionné par le ministère de la santé, directeur du cabinet du préfet, vice procureur, colonel de la gendarmerie, directeur de la DDASS.

Vendredi 27 février : la direction de l'établissement de santé, suite à la circulaire de janvier pour la sécurisation des hôpitaux psychiatriques, sollicite un budget exceptionnel de 342 887 euros pour investissements : barreaux, fumoirs sécurisés, barrières infrarouge, expérimentation de bracelets électroniques pour patient, etc... et recrutement de 4 vigiles pour un mois.

Épilogue : Les deux jeunes hommes ne sont plus hospitalisés. Les mesures de contrainte de soins étaient finalement, comme souvent, temporaires !

Cette «échappée belle» s'est déroulée dans l'Établissement Publique de Santé Mentale de Saint-Avé département du Morbihan en France métropolitaine de cette année 2009.

Froid déroulement de procédures administratives exterminant le soin !

Retour au grand enfermement asilaire maintenant certifié par la Haute Autorité de Santé !

Et l'humanité bordel !

Nous sommes consternés !! Ce qui aurait pu être considéré comme la manifestation d'un défi aux règles d'une institution, a basculé soudainement en sordide chasse à l'homme entraînant un hôpital dans le tourbillon infernal du sécuritaire. L'histoire nous l’a montré : déployer du sécuritaire dans un hôpital, paradoxalement, attaque l'indispensable sécurité nécessaire au soin.

La violence de cet assaut stigmatise encore la psychiatrie et nous laisse en état de choc, patients, familles, personnels hospitaliers, avec ce vieux cliché du fou dangereux ! C'est une terrible régression de la conception de la maladie mentale. L'approche humaniste de la souffrance psychique est brutalement anéantie et retourne à l'enfermement asilaire.

Comment comprendre ce retour aux heures sombres de l'histoire ?

La psychiatrie est intimement liée aux contextes économiques et politiques d'une société. Elle en reflète son degré de civilisation, son humanisme. Il est donc important d'analyser quelles idéologies gouvernent la psychiatrie et plus généralement la santé.

L'après guerre a vu naître dans un contexte de résistance, un système de protection révolutionnaire : la Sécurité Sociale. Un système solidaire indépendant, géré par des élus du salariat et du patronat pour garantir une protection sociale à tous travailleurs et leurs familles. « Chacun en bénéficie selon ses besoins et y contribue selon ses moyens ».

Depuis plus de trente ans, les choix politiques successifs offrent en pâture ce principe humaniste à la logique mercantile du libéralisme. Progressivement, l'Etat a pris les rênes de notre sécurité sociale la livrant, elle et notre hôpital public, à des intérêts privés : de grands groupes financiers.

Assurances privées, firmes pharmaceutiques, groupes de santé font d'impressionnants profits. Et, nous, nous payons de plus en plus pour notre santé !

Maintenant, l'hôpital à grands coups de stratégies de management, de certification, d'accréditation, de diminution des budgets et des personnels est devenu une entreprise où patients et maladies sont sélectionnés selon leur rentabilité. Oui, aujourd'hui, dans les hôpitaux publics français, le patient et sa maladie sont réduits à un produit qui rapporte ou pas de l'argent ! Avec la loi Patient Territoire Santé dite loi Bachelot, l'hôpital perd même sa mission de

service public ! Et avec les propositions du «rapport Couty», Conseiller Maître à la cours des Comptes, le dispositif de soins de la psychiatrie publique est liquidé.

Poussé par la toute puissante Organisation Mondiale du Commerce tout est une marchandise même la santé. Démantelés, les services publics ne garantissent plus un accès aux soins de qualité pour tous les citoyens. Ils sont relégués à la place de vulgaires contrôleurs sociaux. Le sécuritaire répond alors économiquement à tous problèmes sociaux quitte à faire fi des libertés individuelles. Ce sont les fondements d'une société ultra violente qui élimine toutes questions humaines.

Une personne sur quatre a eu, a ou aura une pathologie mentale au cours de sa vie. Il est temps que la psychiatrie publique redevienne un vrai débat de citoyens.

« Si tu joues au policier, ils joueront aux bandits,

si tu joues au bon Dieu, ils joueront aux diables,

si tu joues au geôlier, ils joueront aux prisonniers,

si tu es toi-même, ils seront embêtés. »

Fernand DELIGNY

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Justice
Ce double condamné que Macron envoie représenter la France
À la demande d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy a représenté la France, mardi 27 septembre, aux obsèques de l’ancien premier ministre japonais. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été condamné deux fois par la justice, notamment pour « corruption », et soit lourdement mis en examen dans l’affaire libyenne, notamment pour « association de malfaiteurs », ne change rien pour l’Élysée.
par Fabrice Arfi et Ilyes Ramdani
Journal
Logement social : Macron au pied du mur
Après cinq ans de purge, les bailleurs sociaux espèrent un changement de cap pour ce nouveau quinquennat, alors que deux millions de personnes sont en attente d’un logement social. Les éléments budgétaires présentés lundi n’ont guère rassuré.
par Lucie Delaporte
Journal — Budget
Le gouvernement veut trop vite tourner la page du « quoi qu’il en coûte »
Le prochain budget marquera la fin des mesures d’urgence pour l’économie et le système de santé qui dataient de la crise du Covid-19. Le clap de fin du « quoi qu’il en coûte » en somme, dont le gouvernement ne veut plus entendre parler pour résoudre la crise énergétique actuelle. Il pense qu’il pourra maîtriser les dépenses publiques sans pour autant risquer une récession. À tort. 
par Mathias Thépot
Journal — Santé
Accès à l’IVG : des progrès dans la loi, des galères sur le terrain
Alors que le droit à l’avortement est menacé dans le monde, des avancées ont été obtenues en France, dont l’allongement du délai légal. À la veille de la journée mondiale du droit à l’IVG, Mediapart a enquêté sur les freins persistants.
par Alexandre Léchenet et Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Interroger le résultat des législatives italiennes à travers le regard d'auteur·rices
À quelques jours du centenaire de l'arrivée au pouvoir de Mussolini, Giorgia Meloni arrive aux portes de la présidence du Conseil italien. Parfois l'Histoire à de drôles de manières de se rappeler à nous... Nous vous proposons une plongée dans la société italienne et son rapport conflictuel au fascisme en trois films, dont Grano Amaro, un film soutenu par Tënk et Médiapart.
par Tënk
Billet de blog
Italie, les résultats des élections : triomphe de la droite néofasciste
Une élection marquée par une forte abstention : Le néofasciste FDI-Meloni rafle le gros de l’électorat de Salvini et de Berlusconi pour une large majorité parlementaire des droites. Il est Probable que les droites auront du mal à gouverner, nous pourrions alors avoir une coalition droites et ex-gauche. Analyse des résultats.
par salvatore palidda
Billet de blog
Trop c’est trop
À tous ceux qui s’étonnent de la montée de l’extrême droite en Europe, il faudrait peut-être rappeler qu’elle ne descend pas du ciel.
par Michel Koutouzis
Billet de blog
Giorgia Meloni et ses post-fascistes Italiens au pouvoir !
À l’opposé de ce qui est arrivé aux autres « messies » (Salvini, Grillo…), Giorgia Meloni et ses Fratelli d’Italia semblent - malheureusement - bien armés pour durer. La situation est donc grave et la menace terrible.
par yorgos mitralias