Lav Diaz: en ces temps où toutes les luttes humaines sont réduites à néant

Né en 1958 aux Philippines, Lav Diaz a grandi sous la dictature de Ferdinand Marcos (1965 – 1986) et le régime de terreur instauré par la loi martiale. Après des études d’économie et de droit, il devient journaliste puis réalise ses premiers films à la fin des années 1980.

Né en 1958 aux Philippines, Lav Diaz a grandi sous la dictature de Ferdinand Marcos (1965 – 1986) et le régime de terreur instauré par la loi martiale. Après des études d’économie et de droit, il devient journaliste puis réalise ses premiers films à la fin des années 1980. Très vite, le carcan de l’industrie cinématographique, normative et réductrice, lui paraît aberrant. C’est à New York – où il travaille pour un journal philippin –, au contact de l’avant-garde et du cinéma expérimental, qu’il développe sa propre écriture filmique. En 1994, il entame ainsi ce qui deviendra, après dix ans de tournage avec les mêmes acteurs et de multiples embuches, une œuvre fondatrice et essentielle, aussi majestueuse que modeste par ses moyens : Evolution of A Filipino Family (2004) qui, en près de 11 heures, fait le récit des effets de la dictature militaire sur une famille paysanne. Avec cette épopée, le destin du peuple philippin et celui du cinéaste se trouvent indissociablement liés. Depuis lors, en un acte de résistance et d’empathie à la fois dérisoire et invincible, avec une toute petite équipe, parfois seul, Lav Diaz n’a cessé d’opposer aux mises en scènes du pouvoir ses images, un fleuve ininterrompu d’images faites d’abord avec et pour ceux qui sont oubliés, exploités, maltraités. Renouant avec la culture animiste de l’archipel, exposé tant aux catastrophes naturelles – typhons, tsunamis et inondations – qu’humaines – quatre siècles d’asservissement, aux colons espagnols, à l’impérialisme américain, à l’occupation japonaise, aux régimes autoritaires de Marcos et de Duterte aujourd’hui –, les films de Lav Diaz ignorent le temps rationalisé et comptable imposé par l’Occident pour adopter celui, suspendu, des mythes et de leurs récits épiques, qu’actualisent le réel et le présent traumatique dont le cinéaste témoigne infatigablement. Ses films s’étirent en histoires fabuleuses, magnifiques, terrifiantes, comme autant de récits des heurs et malheurs des hommes, de ceux que l’on découvre, fasciné, lors de veillées sans fin. Avec son goût du romanesque et du cinéma de genre, Lav Diaz donne à chacun une teinte singulière, noire, mélodramatique, fantastique, opératique ou réaliste. Les huit films réunis ici, jusqu’au travail en cours, déploient cette folle entreprise de libération par le cinéma.

La leçon des images: Lav Diaz © SPAV Centre Pompidou

 

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