Exigeons une monnaie écologique mondiale !

Appropriation citoyenne de la monnaie dans une perspective d’écologie planétaire.La Terre, Gaia, étant en cours d’appauvrissement accéléré et ses équilibres gravement menacés, il semble que l’heure soit venue d’une grande mobilisation concertée de l’intelligence humaine.

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Appropriation citoyenne de la monnaie dans une perspective d’écologie planétaire.

La Terre, Gaia, étant en cours d’appauvrissement accéléré et ses équilibres gravement menacés, il semble que l’heure soit venue d’une grande mobilisation concertée de l’intelligence humaine.

Je me permets de partager avec vous une réflexion sur une possible solution pluridisciplinaire s’appuyant :

1 - sur la dynamique des monnaies complémentaires, mais portée à un niveau global (international),

2 - sur le simple bon sens : Parallèlement à toute la démarche des conférences-climat, il est extrêmement urgent d’augmenter drastiquement la biomasse terrestre notamment végétale et des sols, et ce le plus rapidement possible (2015 est d’ailleurs l’année mondiale des sols),

3 - sur l’expertise de la communauté scientifique,

4 - sur une mobilisation des citoyen-ne-s, et de la société civile : artistes, journalistes et auteurs, politiques et associatifs, de plus en plus sensibles à l’enjeu écologique,

5 - enfin, sur l’intervention des personnes les plus avisées de l’humanité (le statut des vieux sages dans les civilisations premières). Citons par exemple, pour la France : Hubert Reeves, Jean-Marie Pelt, Edgard Morin, Pierre Rabhi, Claude Alphandéry, Jean Audouze, Patrick Viveret, Jean-Caude Guillebaud, et bien d'autres.


L’idée est d’instaurer une monnaie complémentaire mondiale verte, qu’on pourrait appeler le Crocus :
- indexée sur la biomasse des terres émergées,
- convertible uniquement avec les monnaies locales sociétales.


Développée dans l’argumentaire ci-dessous, cette suggestion mêle créativité monétaire et régénération écologique des milieux naturels et agraires de la planète. Elle vient juste en complément des efforts de la « diplomatie climatique » (COP21), en parallèle.

Car, devant la montée du péril climatique, il faudra agir simultanément à tous les niveaux. Nous n’avons pas le choix. Allons-nous enfin « faire société » humaine ? Ne s’agit-il pas du choix entre mûrir ou mourir ?

La récente participation des grandes religions au débat sur les enjeux climatiques est une bonne nouvelle, mais au-delà des cultes constitués, il existe un grand nombre de personnes d’une qualité exceptionnelle au sein de l’humanité (exemples parmi les plus connus : Mata Amritanandamayi Devi, dite Amma, ou le Dalaï Lama, ou le maître soufi Cheikh Khaled Bentounès).
Leur aide peut certainement contribuer à nous sortir de l’ornière actuelle*. Directe ou indirecte, cette participation se fera forcément, mais le plus tôt sera le mieux tant les dégâts de la « multi-crise humaine » commencent à peser lourd.

Osons une métaphore :
Si la matière vivante est la chair de notre planète, et l’eau son sang, les échanges inter-humains médiatisés par le net (système nerveux mondial) et une monnaie commune vertueuse (système hormonal**) paraissent nécessaires au rééquilibrage de l'ensemble grâce au niveau de conscience qu’ils engendre(ro)nt.

Avant que ce ne soit vraiment trop tard, agissons dans l’esprit de La cause humaine (« Du bon usage de la fin d’un monde » - Patrick Viveret), par notre nombre nous pouvons infléchir les tendances négatives qui minent l'humanité.


Hélène Nivoix



* Voir : Sur la présence des sages parmi nous
http://blogs.mediapart.fr/blog/helenenivoixlapostenet/110715/sur-la-presence-des-sages-parmi-nous

** Le terme "hormone" (du grec hormao : je stimule) a été adopté par Starling en 1905 pour désigner les substances qui assurent la liaison entre les divers organes ; on parle d' « équilibre hormonal ».



Argumentaire :


– Masse totale des organismes vivants, la biomasse des terres émergées ne comprend pas que les plantes et les animaux visibles : n’oublions pas celle, fondamentale, de l’humus des sols (« complexe argilo-humique », hébergeant : vers de terre/insectes et microfaune/micro-organismes/champignons…).
—> cf The Soil Will Save Us, How Scientists, Farmers, and Foodies Are Healing the Soil to Save the Planet – Kristin Ohlson http://www.kristinohlson.com/books/soil-will-save-us#sthash.tJNdn1mP.dpuf
—> et Terra Preta, la terre d’or : http://www.latitudsur.org/developpement/en/texte-terra-preta-la-terre-dor.html

La Milpa en Amérique du Sud : maïs, haricot et courge La Milpa en Amérique du Sud : maïs, haricot et courge


– Elle est aisément mesurable, ainsi que ses variations, par la communauté scientifique mondiale.
—> Voir ce billet de Sylvestre Huet : http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/10/la-couverture-de-la-terre-%C3%A0-300-m-pr%C3%A8s.html

– Ce qui permet d’imaginer un système d’allocation monétaire simplissime, entièrement basée sur la constatation de l’amélioration écologique des milieux.
—> Ici, pas de création monétaire si elle n’est pas justifiée par la génération (ou la régénération) d’un sol agricole/d’un milieu naturel. Le concept est rudimentaire, mais la biomasse n’est pas n’importe quelle matière :

– Elle permet de piéger l’excès de carbone atmosphérique,
– Ce qui contribue à réduire le réchauffement planétaire;
– Elle stocke l’énergie solaire;
– A la propriété d’être naturellement inflationniste (je cite Claude Bourguignon : « Tu sèmes un grain, tu en récoltes cent, qui dit mieux ?! »);
– Est intrinsèquement favorable à la biodiversité;
– Augmente la capacité des sols à retenir l’humidité;
– Intéragit avec l’atmosphère : elle produit, outre oxygène et C02, de la vapeur d’eau par le phénomène de l’évapotranspiration végétale*, laquelle a un rôle important dans la dynamique climatique;
– Fournit à tous : nourriture, eau potable;
– Et du travail à ceux qui en cherchent;
– Augmente en conséquence l’autonomie des personnes (surtout des femmes), la solidarité et in fine, le bonheur.
– La condition est la suivante : cette agriculture doit être « écologiquement intensive » (Marc Dufumier) afin de rentabiliser, dans un système vertueux, la moindre calorie solaire ; il s’agit notamment de l’agro-écologie et de la permaculture.

– A mon sens, une telle créativité monétaro-écologique pourrait peut-être enfin permettre aux humains de réguler leur activité au sein du  système-Terre d’un point de vue thermo-dynamique (cf François Roddier),
– En synergie avec les économies d’énergie, la montée en puissance des renouvelables, et celle de l’économie circulaire, elle aiderait à compenser les effets délétères de la folie extractiviste (charbon/pétrole/gaz), que rien n’a encore jamais vraiment freiné (cf Matthieu Auzanneau);
– Elle seule, à mon avis, pourrait permettre de contrebalancer le pouvoir de la finance désincarnée**;
– Car elle est puissante;
– Pourquoi ?
– Parce qu’elle est en lien fondamentalement avec ce qui importe le plus aux 7 milliards d’êtres humains, j’ai nommé... : « la bouffe » !!!

Crocus Etruscus © par Meneerke bloem Crocus Etruscus © par Meneerke bloem

De très nombreux jalons sont posés, comme par exemple :

—> « We stand ready, as scholars, to aid the FAO and the world’s small-scale food producers and consumers, peasants, indigenous peoples and communities, hunters and gatherers, family farmers, rural workers, herders and pastoralists, fisherfolk and urban people, providing whatever knowledge and analysis we can to advance a comprehensive agenda on agroecology in the context of world food security, with particular attention to the four pillars of the food system: social, economic, environmental and cultural. We would be happy to contribute scientific analyses from our various established research projects relevant to the principles and pillars of the Nyéléni Declaration in particular, and look forward to helping build on the “dialogue of knowledges” that is at the heart of agroecology in order that we all may advance forward towards a sustainable, agroecological, food-secure and food-sovereign future. »

(traduction : "Nous, scientifiques, sommes prêts à aider la FAO, ainsi que les petits producteurs d’aliments du monde entier, tous les consommateurs, les paysans, les peuples autochtones et les communautés de chasseurs et cueilleurs, les agriculteurs familiaux, les travailleurs ruraux, les bergers et les éleveurs, les pêcheurs et les populations urbaines, en fournissant toute la connaissance et l'analyse que nous pouvons pour faire avancer un programme complet sur l'agroécologie dans le contexte de la sécurité alimentaire mondiale. Et ce, avec une attention soutenue aux quatre piliers du système alimentaire : social, économique, environnemental et culturel. Nous sommes impatients d'aider à construire plus avant, par les analyses scientifiques issues de nos différents projets de recherche (établis notamment en rapport avec les principes et les piliers de la Déclaration de Nyéléni), le « dialogue des savoirs » qui est au cœur de l’agroécologie. Nous serons heureux d'y contribuer, afin que tous nous puissions avancer résolument vers un avenir durable pour l’humanité basé sur la sécurité et la souveraineté alimentaire des populations.")

Source : Scientists’ Open Letter to FAO Director General Graziano da Silva, in Support of the February 2015 Declaration of the International Forum for Agroecology | Institute for Agriculture and Trade Policy (lettre ouverte de scientifiques à M. Graziano da Silva, directeur général de a FAO, à l’appui de la déclaration du Forum international d’Agroécologie de février 2015)
Texte complet ici : http://www.iatp.org/documents/scientists%E2%80%99-open-letter-to-fao-director-general-graziano-da-silva-in-support-of-the-februa

– Certes les populations, piégées par l’ébriété énergétique, se sont agrégées dans des villes gigantesques ; mais ce modèle n’a rien de durable, et il n’est pas totalement impensable qu’un mouvement inverse se produise.
– Non seulement la pression populaire pourrait obliger l’ONU à créer cette monnaie complémentaire (donc non convertible vis-à-vis des devises existantes, seulement articulable avec des monnaies locales sociétales),
– Mais en outre, les pays seraient enfin plus fortement enclins à prendre les mesures permettant que cesse la ruée sur les terre (land-grabbing).
– Et, logiquement (de par des mouvements sociaux naturels), il en découlerait peut-être un jour la remise en cause radicale de l’inique propriété privée…

Bref, « et si la verdure sauvait le monde » ?

N’hésitez pas à critiquer !

Vous pouvez également vous reporter à mon blog :

- en français : Le Crocus, monnaie mondiale verte, et vertueuse ! (Le Crocus en 20 questions courtes)
http://blogs.mediapart.fr/blog/helenenivoixlapostenet/221014/le-crocus-monnaie-mondiale-verte-et-vertueuse

- en anglais : Towards a complementary green world currency? The Crocus in 20 short questions!
http://blogs.mediapart.fr/blog/helenenivoixlapostenet/171014/towards-complementary-green-world-currency-crocus-20-short-questions et

Et, également, à l’article qui était paru dans Reporterre : Une monnaie verte mondiale : créons le FMO, Fonds Monétaire Organique ! »‏ http://www.reporterre.net/spip.php?article6313

Je vous remercie de votre attention.


* « Le travail de la nature est un tout. L’atmosphère et la biosphère interagissent. La plante a besoin d’eau, et même elle en détruit pour prendre de l’énergie. L’oxygène qui en sort s’échappe aussitôt. Mais pour capter le CO2 aux molécules plus grosses, les plantes doivent ouvrir des pores dans leur feuillage vert. Alors de la vapeur d’eau fraîche sort sous pression. (...) Cette transpiration des arbres, environ 200 l par jour  d’été, pour un platane de cent cinquante ans, se révèle très pure. Elle recharge les nuages et gonfle les pluies, elle rafraîchit l’atmosphère en ville et près des routes fréquentées. Elle imbibe les particules en suspension, les alourdit, et les fait choir, rendant l’air plus léger. » (Marie-Paule Nougaret)

** La dette mondiale atteint 286% du PIB de la planète, paraît-il.
Or... qui parle vraiment de l’impact, sur les équilibres terrestres, de la finance folle ?
Que sont les investissements mondiaux (en Chine par exemple, mais pas seulement), tout le produit de la spéculation, et ces tombereaux de monnaie déversés par les banques centrales ?
Sinon de la monnaie de singe issue des "planches à billets" et adossée, in fine, sur la destruction - par pillage et pollution - de l’écosystème terrestre ?
Corollaire : délitement du lien social, affaiblissement et fin de l’humanité par guerres, famines, épidémies.
Cela ne crève-t-il pas les yeux ? (et le coeur…)

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