Comme le colibri, faire sa part : l'exemple de l'AMAP

Légende amérindienne

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !»

Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

 

Ce que je vais décrire, c'est un peu mon colibiri à moi … ce n'est pas grand-chose, mais j'essaye à mon niveau local, d'avoir un impact sur un feu de forêt mondial.

Je souhaite parler de mon expérience en AMAP ( Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne). Cela fait maintenant 4 ans que je fais partie d'une AMAP du centre ville de Nantes et au risque d'en faire sourire certains : l'AMAP peut changer la vie !

 

Tout d'abord qu'est-ce qu'une AMAP ?

L'AMAP est une association qui propose la mise en relation entre des producteurs locaux (bio ou en conversion) et des particuliers (certains diront même locavores, consoma'cteurs). Comme dans beaucoup d'associations, le bon fonctionnement de la structure est assuré par l'investissement de plusieurs bénévoles qui constituent une "équipe de coordination" (dont je fais par ailleurs partie).

Le principe premier étant de retirer tout intermédiaire entre le producteur et les locavores : le producteur propose à un prix juste les produits de sa récolte, l'amapien apporte une sécurité et une autonomie financière en prépayant des paniers de produits pour une durée allant généralement de 6 à 12 mois.

Concrètement :

Chaque producteur propose des abonnements à ses produits dont les termes peuvent grandement varier en fonction de l'activité notamment : les légumes seront au panier hebdomadaire, les volailles à la commande, le miel à la commande dépendant de la saison,etc...

Les amapiens sont libres de souscrire à un ou plusieurs contrats et avancent l'argent au démarrage du contrat (il est possible d'étaler le payement en plusieurs chèques).

C'est ainsi qu'un contrat écrit mais surtout moral est signé entre les locavores et les différents producteurs qui viennent proposer leurs produits.

 

Comment cela se déroule  ?

Les amapiens et les producteurs se réunissent chaque semaine à une heure et un lieu précis pour récupérer leur commande et échanger entre amapiens et producteurs.

Ainsi chaque lundi soir je me rends au lieu de distribution de mon AMAP qui est à 10minutes à pied de chez moi (la municipalité nous prête une salle 3h par semaine) pour aller récupérer des légumes, des œufs, des pommes, du pain, du fromage parfois un colis de poisson, ou un colis de viande… cela dépend des contrats auxquels j'ai adhéré …

Jamais il ne me viendrait à l'esprit de dire « lundi soir je vais faire mes courses »...tout simplement parce que ce qui se passe pendant ces 10minutes, cette demi-heure ou parfois même cette heure écoulée à l'AMAP dépasse l'acte consumériste qu'est celui d'acheter des produits comme on le ferait au supermarché.

 

Un acte militant pour la sauvegarde de l'environnement, une révolution dans un monde de grande distribution :

L'AMAP répond à un besoin impératif pour chaque être humain, celui de se nourrir. Chacun devant forcément y répondre, l'impact de notre consommation globale est gigantesque à tous les niveaux : santé, environnement, économie.

En achetant la plupart de mes produits à l'AMAP j'accomplis presque un acte militant, je boycotte volontairement les grandes surfaces pour soutenir des agriculteurs dont l'exploitation reste de taille raisonnable (exit les techniques de l'agriculture intensive). Il s'agit donc de se nourrir sainement, à un coût raisonnable et en renforcant, dans la mesure du possible, un système basé sur des principes auxquels on souscrit.

L'AMAP répond à ces objectifs sans compromis.

  • Le point le plus extraodinaire est sans doute son absence totale d'intermédiaire. L'argent versé revient intégralement au producteur.
  • Je soutiens financièrement les producteurs en prépayant (si mes finances me le permettent) pour 6 mois ou 1 an des paniers de produits. Si mes finances ne le permettent pas je peux tout à fait échelonner mon payement sans frais supplémentaires. Ainsi le producteur peut anticiper sa production, ses coûts en clair son budget annuel sans avoir à subir les variations de prix que lui imposerait autrement la grande distribution !
  • Parfois je peux même les soutenir à la force de mes bras, pas très musclés certes, en allant aider le maraîcher à monter une serre et le producteur d’œufs à monter un nouveau poulailler ! Généralement cela se termine en petit apéro sympathique!
  • Le principe de transparence, régulièrement demandé par la société civile quant aux aliments par exemple,est aussi développé ici à son maximum. Le producteur est en face de moi, ce sont ses produits, certifiés, que je peux aller voir sur son exploitation lors d'un coup de main ou d'une visite par exemple.
  • Je soutiens une agriculture biologique de proximité. Les produits que j'achète sont sans pesticides ( les terres, les nappes phréatiques et mon organisme ne s'en portent que mieux!)  [à noter néanmoins que les labels "Bio" ouvrent par ailleurs sur un vaste débat ... à titre d'exemple les fraises biologiques d'Espagne sont nettement discutables en terme de respect des conditions des travailleurs ...]
  • Le caractère local des produits implique qu'ils ont très peu voyagé ( ils n'ont connu que deux courts voyages : entre la ferme et l'AMAP et entre l'AMAP et chez moi ), ils sont donc particulièrement frais et ont consommé peu d'énergie fossile. Ce caractère local a des conséquences au delà du produit, du producteur. En donnant mon argent à un producteur local, je participe au mainten ou à la création d'emplois, dans la région, qui ont du sens. L'argent est ensuite réutilisé localement (par exemple : un de nos producteurs fait maintenant appel à des artisans pour rénover sa maison ).
  • Je soutiens une consommation sans gaspillage : à l'AMAP rien n'est perdu tout est distribué. Il est vrai que je ne choisis pas toujours le contenu de mes paniers… parfois si beaucoup de salades sont sorties je peux en avoir deux la même semaine et pas la semaine suivante … Et le radis noir ça a l'air un peu bizarre au premier abord ! Mais chaque semaine mon panier de légumes c'est une pochette surprise : des légumes que je ne connais pas forcément et des nouvelles idées de recettes à apprendre en discutant avec les autres amapiens et les producteurs.
  • Je respecte le rythme des saisons ! Qui n'a jamais été tenté par une bonne salade de tomates mûries sous la lumière d'un néon d'un serre surchauffée en plein hiver ? Je ne cache pas qu'à la fin de l'hiver les choux et courges en tout genre (aussi variées soient ils) commencent à me lasser …mais de toute façon ces tomates hivernales et au bilan énergétique ahurissant n'ont pas de goût, donc autant attendre les beaux jours !

 

Le monde agricole :

Cette proximité avec les agriculteurs me permet aussi de réaliser à quel point ma vie est confortable. Mon travail ne m'a pas demandé d'investir au démarrage plusieurs centaines de milliers d'euros comme c'est le cas lors de la création d'une exploitation agricole…

Si ma voiture tombe en panne je prends le bus … qu'en est-il quand un engin tombe en panne ? C'est une ou plusieurs journées de travail de perdues … à rattraper le week-end ou tard le soir car la nature n'attends pas, quand ça pousse, ça pousse !

Ces petites exploitations là ne touchent pas une seule subvention européenne de la PAC, en revanche elles se battent chaque jour pour un mode de production plus raisonné (exit la monoculture), plus respectueux de l'environnement et de l'humain.

 

L'AMAP d'utilité sociale

Enfin mon engagement dans l'AMAP a aussi amélioré ma vie sociale. J'habite en ville et mis à part l'anuelle « fête des voisins » à laquelle personne ne participe, la vie de quartier est assez désertique.

Et bien l'AMAP est aussi un catalyseur de lien social (ce n'est pas le seul) !

En effet l'AMAP ayant pris de l'ampleur dans l'agglomération nantaise (68 AMAPS pour l'agglomération), quelle ne fut pas ma surprise quand soudain je me suis mise à reconnaître des personnes de l'AMAP en allant au marché, à la boulangerie, chez le marchand de journaux ! Aaah j'ai eu l'impression de vraiment Vivre dans mon quartier… je connaissais le nom des rues et aussi certains des habitants !

Ces personnes sont aussi des locavores comme moi, nous partageons donc certaines idées. Alors petit à petit on se met à discuter lors des distributions, puis à aller boire un verre après la distribution et finalement on devient amis et on finit par cuisiner tous ensemble des bocaux de sauce tomate et ratatouille pour l'hiver avec la production resplendissante des légumes d'été (comme ça en cas de coup de blues au milieu de l'hiver au milieu des choux on pourra s'ouvrir une parenthèse d'été!)! La boucle est bouclée !

 

L'AMAP pour tous ?

Oui mais … qu'en est-il de ceux qui ne peuvent pas se permettre un engagement financier sur plusieurs mois ?

Les prix pratiqués par les producteurs sont souvent équivalents à ceux que en tant que consommateur nous pourrions trouver en grande surface (si ce n'est moins chers si on regarde dans les magasins bio). Néanmoins les adhérents de l'AMAP de laquelle je fais partie ne vivent pas déconnectés des réalités économiques et c'est pourquoi nous avons décidé ensemble de donner les « paniers perdus » (exemple : personnes en vacances ne venant pas récupérer leurs produits …) à une association (ADDA) qui redistribue gratuitement ces paniers sous forme de paniers solidaires.

Le souci de l'environnement est une réflexion qui doit pouvoir s'ouvrir à toutes et tous. Il me semble qu'aujourd'hui cela est parfois réservé à une classe sociale plus aisée. Par exemple si on souhaite manger bio et local sans AMAP (via des filières de distribution classique) cela coûte très cher.

 

J'ai l'impression que cette association m’entraîne dans un cercle vertueux où se mêlent : engagement politique, écologie, environnement, cuisine, agriculture, vie associative, lien social…

Vue de loin l'AMAP est une association qui met en contact des particuliers et des producteurs, mais il me semble qu'elle est bien plus que cela. Elle permet de prendre conscience et d'agir, à son rythme et à son échelle, sur une crise globale où l'environnement, l'économie et le social sont étroitement liés.

Je suis certaine que d'autres associations, tout aussi vertueuses, naissent chaque jour et permettent, selon les centres d'intérêts et les priorités de chacun, de s'investir à son échelle.

 Si on le souhaite on peut tous faire notre part !


Pour plus de détails sur les valeurs portées par les AMAP : http://miramap.org/IMG/pdf/charte_des_amap_mars_2014-2.pdf

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.