Combattre la résignation et l'enfermement.

Depuis la lecture du « Indignez vous » du remarquable S.Hessel, je me suis interrogée comme tout un chacun. Qu'est-ce qui me remplit d'indignation?Pourquoi aujourd'hui plus qu'hier?J'ai trié.

 

Le choix tout d'abord du mépris pour la résignation. Pas la petite résignation résiduelle du quotidien qui aide parfois à survivre, mais la grande résignation individuelle ou collective , de conformistes, d'opportunistes qui s'abritent derrière des poncifs comme « On n'y peut rien! , C'est comme ça, C'est bien triste...On n'a pas le choix... ».

 

Cette résignation confortable qui s'articule autour d'un long silence auquel ils font mine de donner du sens, comme s'il s'agissait d'une déclinaison de la sagesse quand il n'est en réalité question que de lâcheté, de celle que l'on a connue si souvent dans l'Histoire et qu'on s'est dépêché d'enfouir au nom de la réconciliation nationale, orchestrée très vite par ceux qui s'en sont rendu coupable. Et jamais je n'oublie cette affirmation d'Einstein « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui le regardent sans rien faire ».Elle vaut condamnation de la résignation.A chacun d'entre nous de convoquer autour de nous les consciences.

 

Le choix ensuite de dénoncer l'évolution vers l'enfermement de notre socété. Enfermement dans des certitudes ( mon dieu, mon ego, ma bêtise faite loi.). Jacques Touraine dans un entretien accordé à Télérama dans l'édition de cette semaine, explique que pour lui « la mondialisation a fait disparaître le social » c'est à dire " une manière d'utiliser les ressources matérielles pour en faire des formes d'organisation – école, hôpitaux...Ces institutions détruites, on les remplace par de la compassion ou de l'humanitaire ».Au final, c'est un enfermement des individus, une négation organisée des pluriels, qui s'opère, une incitation au culte de l'individu, qu'on fait semblant de respecter alors qu'on le polit soigneusement dans un conformisme dont la plupart des médias se font les vecteurs. Montre-moi tes médias et je te dirai qui tu es, démocratie, ploutocratie, oligarchie...La possibilité des pluriels s'efface, les visages se figent dans une uniformité culturelle, dans la suffisance, le culte de l'argent et finissent par grimacer dans un rictus de haine de l'autre.

 

Mais ce qui m'indigne encore davantage, c'est l'enfermement de la parole. Censure, autocensure, conformisme, les mots et la parole sont galvaudés, malmenés, discrédités par des conduites et des actes indignes qui conduisent chaque jour un peu plus ceux qui sont opprimés au silence et au repli parfois identitaire, parfois religieux, voire même à la mort comme des chien dans la rue. Cette volonté d'enfermer la parole est une négation de ce qui nous fait homme.

 

Ceux qui organisent cette censure ne méritent plus notre confiance. Car enfin quel mérite y-aurait-il à vouloir ainsi tuer l'imagination et le rêve ( Loi Loppsi 2 sur la destruction des habitations jugées précaires par les préfets...). Quel mérite-y-aurait-il à vouloir effacer la mémoire ( projet des archives nationales...). Quel mérite-y-aurait-il à vouloir encourager toujours et encore la misère et la culpabiliser tout en facilitant les conduites les plus indécentes de la part des plus riches ( Ici, vous avez l'embarras du choix.......................................................................................................) ? Quel mérite-y aurait-il à vouloir baîllonner l'information ( Wikileaks....), la justice? Quel mérite enfin pour ceux qui tentent de chasser l'humour qui casse si bien l'enfermement ( Didier Porte et France Inter... ).

 

Ne nous laissons pas enfermer . Ils ont cru grâce au web avoir réussi ce tour de passe passe qui consiste à dématérialiser ce qu'il y a de plus matériel que jamais l'argent . Mais le boomerang leur revient à la face car ils ne peuvent plus contrôler la pensée qui circule si bien grâce à la toile et se matérialise sur ce site.

 

Julie Clarini dans sa chronique du 6/01 à 7h 35 sur France Culture, racontait une histoire lue dans la revue Esprit, une histoire de badgel, des petits pains qu'un marchand laissait à disposition avec une tirelire dans des bureaux de Washington. Seul 1 employé sur 10 en moyenne n'avait pas déposé son obole et avait donc commis un larcin.

 

Parions plutôt sur une société du badgel, une société de la confiance en l'homme.

 

 

 

 

 

 

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