Notre monde néo-libéral capitaliste est-il totalitaire?

Ci-dessous un texte tiré du livre de Hannah Arendt «Le système totalitaire». Dans ce texte j'ai remplacé le mot «totalitaire» par «néo-libéral». Il me semble que ce texte aurait pu être écrit tel quel aujourd'hui tellement il reflète la situation de notre monde. A vous de juger.

Ci-dessous un texte tiré du livre de Hannah Arendt «Le système totalitaire». Dans ce texte j'ai remplacé le mot «totalitaire» par «néo-libéral». Il me semble que ce texte aurait pu être écrit tel quel aujourd'hui tellement il reflète la situation de notre monde. A vous de juger.

 

 

 

"Le terme de masse s'applique seulement à des gens qui, soit du fait de leur seul nombre, soit par indifférence, soit pour ces deux raisons, ne peuvent intégrer dans aucune organisation fondée sur l'intérêt commun.

 

La principale caractéristique de l'homme de masse n'est pas la brutalité et l'arriération, mais l'isolement et le manque de rapports sociaux normaux.

 

Les mouvements néo-libéraux ont moins besoin de l'absence de structure d'une société de masse, que des conditions spécifiques d'une masse atomisée et individualisée.

 

Les néo-libéraux, sans l'admettre, ont appris autant des organisations de gangsters américains, que leur propagande, ce qu'ils admettent, apprit de la publicité commerciale américaine.

 

On a comparé la manière dont la propagande néo-libérale souligne fortement la nature "scientifique" de ses assertions à certaines techniques publicitaires qui s'adressent également aux masses.

 

De plus la prétention à l'infaillibilité est fondée moins sur une intelligence supérieure que sur une interprétation correcte des forces essentiellement fiables de l'histoire ou de la nature, forces que ni la défaite ni la ruine ne peuvent démentir, puisqu'elles doivent nécessairement s'affirmer à long terme.

 

Ce qui lie les hommes est une croyance ferme et sincère à la toute puissance humaine. Leur cynisme moral, leur croyance que tout est permis repose sur la conviction solide que tout est possible.

Le succès ou l'échec, dans les circonstances néo-libérales, est dans une très large mesure une question d'opinion publique organisée et terrorisée.

 

Comme un conquérant étranger, le dictateur néo-libéral considère les richesses naturelles et industrielles de chaque pays, y compris le sien, comme une source de pillage et un moyen de préparer la prochaine étape de l'expansion agressive.

Le dictateur néo-libéral est comme un conquérant étranger qui ne vient de nulle part et le produit de son pillage ne profite vraisemblablement à personne.

 

L'ennui avec les régimes néo-libéraux n'est pas qu'ils manipulent le pouvoir politique d'une manière particulièrement impitoyable, mais que derrière leur politique se cache une conception du pouvoir entièrement nouvelle et sans précédent...

Suprême dédain des conséquences immédiates plutôt qu'inflexibilité, absence de racine et négligence des intérêts nationaux plutôt que nationalisme; mépris des considérations d'ordre utilitaire plutôt que poursuite inconsidérée de l'intérêt personnel; "idéalisme", c'est à dire foi inébranlable en un monde idéologique fictif plutôt qu'appétit de pouvoir.

 

Aujourd'hui, avec l'accroissement démographique généralisé, avec le nombre toujours plus élevé d'hommes sans feu ni lieu, des masses de gens en sont constamment réduites à devenir superflues, si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires. Partout les événements politiques, sociaux et économiques conspirent en silence avec les instruments néo-libéraux élaborés pour rendre les hommes superflus. La tentation implicite envers cet état de chose est bien comprise par les masses qui avec leur bon sens utilitaire, sont trop désespérées dans la plus part des pays pour garder bien présente la peur de la mort. Les entreprises d'anéantissement qui proposent la solution la plus rapide au problème de la surpopulation, au problème de ces masses humaines économiquement superflues et socialement déracinées, attirent autant qu'elles mettent en garde. Les solutions totalitaires ont survécu à la chute des régimes totalitaires, sous la forme de tentations fortes qui surgissent chaque fois qu'il semble impossible de soulager la misère politique, sociale et économique d'une manière qui soit digne de l'homme."

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