Agression policière d'une supportrice - Silence puis mise au ban au stade Bauer

Victime d'une violente agression policière un soir de match, Maeva, supportrice fidèle du Red Star FC, a demandé à plusieurs reprises le soutien du club et de ses supporters, de manière collective. Sans succès. Le club a fini par se positionner : en l'excluant, parce qu'elle n'a pas voulu se taire et a dénoncé leur passivité.

Le 21 Octobre, après un match du Red Star, club de foot de Saint-Ouen, une supportrice en situation de handicap, Maeva, à été passée à tabac par la police.

Dénudée en pleine rue, exposée seins nus aux yeux de toutes et tous, le visage recouvert par ses vêtements, elle a été frappée, traînée, la tête écrasée au sol, violentée. Un policier a menacé de la violer et de la faire violer par son chien. Des vidéos ont été tournées, preuves de la violence dont a fait preuve la police contre la jeune femme ce soir-là.

Elle a été interpellée et est sortie du commissariat le lendemain, forcée de laisser ses empreintes digitales et son ADN, et écopant d'une mise à l'épreuve d'un an.

Suite à ces violences policières, Maeva a décidé de déposer plainte auprès du procureur et de porter l'affaire auprès de l'IGPN.

Durant ces six derniers mois, elle a cherché du soutien – ce qui lui semblait logique – auprès du groupe local de supporters du club, le Red Star Fans, et auprès du club lui-même.

Messages, mails, demandes de soutien collectif ont été envoyés, afin d'avoir un suivi, de bénéficier de conseils, d'être entendue sur cette histoire de violence policières, liée directement au stade Bauer et au Red Star FC.

Mais surtout de se sentir moins seule.

Quand quelques personnes vous soutiennent directement, témoignent de leur solidarité en allant se faire à leur tour auditionner, ça fait du bien, et c'est nécessaire pour avancer sur le plan psychologique comme sur le plan judiciaire. Ces derniers mois, certaines personnes sont devenues pour elle de réels soutiens, des piliers.

De retour au stade, de nombreuses possibilités auraient pu être imaginées et mises en place :  message, banderole, collecte... Ce n'est pas comme si ça ne se faisait pas au stade Bauer. D'ailleurs, dans un premier temps, quelques jours après le match à l'issue duquel a eu lieu l'agression, le Red Star Fans avait publié un communiqué condamnant les violences policières dont Maeva a été victime.

Alors pourquoi s'en tenir là ? Pourquoi dans le cadre de cette agression, il n'a pas semblé évident au groupe du Red Star Fans de véritablement soutenir Maeva, collectivement ?

Imaginez-vous retourner match après match sur le lieu de votre agression, celle qui hante vos nuits, et qui chaque jour a une incidence directe sur votre vie. Certains – plus que certaines d'ailleurs – diront sûrement que si c'est si dur à vivre il ne faut pas y aller. Mais quand on sent qu'on survit au quotidien, qu'on manque d'air en permanence, et bien on va là où on en trouve le plus. Pour Maeva c'était le stade, ce stade. Son angoisse l'accompagne toujours, mais aussi à l'inverse ce besoin d’être présente, de braver match après match cette peur encore vive, et cela n'a pas été sans douleurs. A croire qu'il faut vivre avec ses souffrances, ses traumatismes, mais en silence. Ne pas faire de bruit, surtout rester discrète. Comme si hurler sa souffrance était plus dérangeant pour les autres que de la vivre soi-même.

Après le match du 7 avril, Maeva craque, criant aux fans du Red Star ce qu'elle pense de leur gestion de cette affaire. Pour la première fois depuis plusieurs mois, certains membres (dont le président) du Red Star Fans viennent à sa rencontre. Il n'était pas possible cette fois-ci de ne pas l'entendre –  quant à l'écouter, c'est encore une autre histoire.

Ce soir-là les échanges sont vifs de chaque côté. Deux éléments en ressortent : tout d'abord il a lui a été reproché son comportement le soir de l'agression par les flics. On lui a dit qu'elle n'avait pas réagi de la « bonne façon ». Cela dédouane-t-il les violences subies ? Cela les justifie-t-elles d'une quelconque manière ?

Mais également, cerise sur le gâteau, il lui a été dit que si elle avait été « moins folle et plus normale », elle aurait reçu plus de soutien.

Deux semaines plus tard, nouveau match, aucune nouvelle du Red Star Fans depuis la discussion animée. Maeva se rend au match de foot avec un ami, qui vient au stade Bauer pour la première fois, ainsi qu'avec deux des collégiens avec lesquels elle travaille au quotidien. Arrivée plus tard que d'habitude, elle a à peine le temps de passer aux toilettes à l'Olympic (le bar face au stade) avant de rentrer pour profiter du match. [spoiler alert : Maeva ne le verra jamais].

Jusqu'ici tout se déroule selon le scénario habituel : passage de l'entrée, contrôle des billets, fouille par les stadier.e.s.

Puis Maeva tombe nez-à-nez avec une ligne de cis-mecs qui lui barrent la route. Une personne assignée femme qui assistait à la scène interviendra plusieurs fois de manière virulente. Cette dernière ne faisant pas partie du Red Star Fans, pourquoi était-elle présente à ce moment-là (si ce n'est pour des raisons personnelles), et pourquoi s’en est-elle mêlée ?

Des membres du Red Star Fans – dont son président – font bloc pour l'empêcher de se rendre au match, ou du moins l'empêcher d'y assister dans sa tribune habituelle. En plus de ça, ils profèrent des menaces verbales envers son pote qui venait pour la première fois, et dont la seule erreur apparemment était d'être rentré avec elle. Plusieurs d'entre-eux s'imposent physiquement pour empêcher toute entrée calme dans le stade. Il lui est dit que sa simple présence constituerait une menace et provoquerait des mouvements de foule à l'intérieur de la tribune.

Rapidement, Régis Pillon, « responsable administratif et billetterie » du Red Star FC, arrive. Il est important de noter ici qu'il n'avait jamais répondu ni positivement ni négativement aux mails de demande de soutien. Il est accompagné de plusieurs personnes en civil (quel statut avait ces personnes? Staff, flics ?). De là, une longue discussion commence, avec à l'arrière-plan les membres du Red Star Fans. Certains d'entre-eux crient, d'autres menacent, d'autres insultent.

A ce moment-là, le discours du responsable est clair : Maeva ne pourra pas gagner la tribune à laquelle elle est abonnée. Il lui explique alors que le Red Star Fans ne veut pas d'elle et que donc elle ne peut pas entrer, sous risque de déclencher un mouvement de foule. Il lui dit qu'il ne va « quand même pas mettre quarante CRS » en tribune pour que tout le monde puisse regarder le match tranquille.  

Trois « solutions » sont proposées :

  • Se rendre dans la tribune quasi vide à l'autre bout, ce qui constitue une punition, une mise à l'écart.
  • Se faire « raccompagner » jusqu'à la sortie.
  • Rester et attendre que le responsable du Red Star appelle les flics pour la faire sortir...

À aucun moment, le comportement viriliste des ultras du Red Star Fans n'a été remis en question.

Les membres du Red Star Fans se sont réfugiés derrière le responsable du club. Drôle de comportements pour des ultras...

Maeva quant à elle a dû quitter l'enceinte du stade escortée par certains des "civils" qui accompagnaient le responsable, et qui l'ont suivie pendant une partie de son trajet jusqu'au métro. Aucun message n'a été reçu par elle depuis, de la part du club comme du Red Star Fans.

Le football que défend le Red Star est basé sur l'échange, le soutien, le collectif. Alors ce ne serait que des postures, et le soutien serait conditionnel ? Comment aller voir du « football populaire » quand on sait qu'une supportrice est mise sur le banc de touche ?

Une agression policière ultra-violente ne suffit pas, il faut en plus avoir le « bon comportement » de victime pour être écoutée et soutenue collectivement.

Il aura suffit d'un seul avis exprimé, pour que la punition se double d'une mise à l'écart physique et de menaces. Ces schémas sont malheureusement récurrents et réguliers. Si nos agresseurs étaient dégagés de nos espaces avec autant d'ardeur, nous serions tranquilles depuis longtemps.

Pour soutenir Maeva et témoigner : solidaritemaeva@gmail.com

Pot commun : https://www.lepotcommun.fr/pot/pecbbift

Nous pouvons également vous communiquer une adresse postale, par le biais de la boîte mail.

Liens vidéo de l'arrestation du 21 octobre :

http://www.k-upload.fr/afficher-video-2017-11-12-1393051ec232918683897.mp4.html

http://www.k-upload.fr/afficher-video-2017-11-12-16b290f14233574493791.mp4.html

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