Stop à l'impunité et aux violences sexistes en milieu militant !

Depuis toujours dans nos sociétés la personne assignée femme est considérée inférieure aux hommes. Au quotidien nous côtoyons, vivons avec le sexisme. Victimes mais surtout survivantes. Harcèlement, agression, viol, meurtre... Situations banales car acceptées mais extraordinaires de par l'injustice, le manque de soutien, la culpabilisation. Voici une histoire, simple mais extraordinaire.

Par une syndicaliste féministe libertaire.

 

Même si aux yeux des autres on dégage telle ou telle image, qu'on revendique ses combats, sa rage, ses luttes, ses valeurs, il n'en reste pas moins dur et difficile de traverser encore et encore ces périodes de troubles, trouble baigné, par moments, de lumière. Chaque histoire est différente, mais le même scénario se répète, alors on se bat pour nous, pour elleux.

Peur, pressions, emprise psychologique, exclusion, rumeurs, prises à partie, mise de côté, décrédibilisation..

Petit chapeau pour expliquer un peu l'ambiance boule au ventre qui m'accompagne et qui grossit ou diminue suivant les moments. Là c'est un ballon qui va pas tarder à péter dans mon ventre. Cette longue introduction, car je m’apprête à replonger pleinement dans l'un des drames qui fait écho à tellement d'entre nous.



Des nouvelles concernant Fouad, syndicaliste de la CNT jusqu'à peu, et adhérent AL jusqu'en janvier 2017.

Petit rappel : au camping d'AL, il a agressé sexuellement une camarade. S'en sont suivis de longs mois de silence pour la victime, se demandant que faire, comment, qui prévenir, quoi faire ?

Membre de la commission antisexiste de la CNT à cette époque, allant pour raisons personnelles dans la ville de la victime, je suis contactée pour une rencontre. La nouvelle tombe, l'effroi, l'horreur... Pas de penser que la CNT était exempt de la société patriarcale. Rencontre avec la camarade (la suite de ces mois d'octobre à décembre est bien trop longue et compliquée à discuter ici, mais l'écrit viendra).

La nouvelle du viol tombe le 13 novembre 2016 en fin de congrès confédéral de la CNT, qui a lieu à Montreuil. Il nous est expliqué que par les statuts de la CNT, de par l'autonomie de chaque syndicat CNT, seul le syndicat dont Fouad est adhérent peut prendre une sanction le concernant. Aucune décision n'est donc prise à ce sujet.

Le 22 novembre 2016, soit neuf jours après l’annonce du viol en congrès, un gros syndicat parisien demande à sa région l’exclusion des adhérent·e·s « qui instrumentalisent la question de la lutte contre le sexisme dans leur action destructrice et délétère ». Trois de ces huit adhérent·e·s avaient participé au recueil du viol et à la dénonciation de propos homophobes puis sexistes.

Ces huit adhérent·e·s seront exclu·e·s de la CNT le 5 décembre, soit vingt-deux jours après l’annonce du viol en congrès. Le motif officiel en est : ielles se seraient auto-exclu·e·s en se réunissant sans autorisation. Une première dans une organisation autogérée. La dernière fois qu'une personne fut exclue de la sorte par ma région c'est avant 2001, quand un homme se permit de frapper sa compagne dans une manifestation...

Le 28 janvier 2017, la décision d'AL de l'exclure tombe.

Le 5 mars 2017, le syndicat du violeur Santé-social Lorraine (Metz), transmet un document interne de 37 pages de « conclusions », documentant leur incapacité à se prononcer sur la culpabilité de l’accusé et justifiant finalement sa non-exclusion.

 

Durant ces mois, différents mails émanent de syndicats de la CNT, certains remettant totalement en cause le rôle de la commission antisexiste, voire le simple fait d'avoir une réflexion féministe. Les mots vont loin, les positions aussi. D'autres syndicats au contraire se positionnent contre la décision de non-exclusion de cet adhérent, adhérent qui a vingt ans d'ancienneté...

Les 27 et 28 mai 2017, se tient un CCN (réunion bi-annuelle traitant du suivi des motions et de ce qui se passe dans la confédération, représentées par les régions de la CNT), qui décide que la commission antisexiste est suspendue de son rôle et de ses fonctions.

Les régions décident qu'une consultation des syndicats pour la tenue ou non d'un congrès extraordinaire aura lieu. Que ce soit le moment choisi pour la consultation (fin le 16 août 2017), ou la manière dont sont comptabilisés les votes par le bureau confédéral, rien de tout cela n'est anodin. Le congrès confédéral extraordinaire n'aura pas lieu - tout simplement.

 

En parallèle, en juin, l'Union Régionale parisienne décide que les personnes exclu.e.s en décembre par la région ne pourront pas se rendre au festival de la CNT qui a lieu à la Parole errante à Montreuil (comme rappelé plus tôt dans le texte, pour le cas d'une agression sexuelle, seul son syndicat pouvait l'exclure ; dans notre cas cela ne posa pas de problèmes...).

Pour Fouad, accusé de viol, la question de son droit à venir ou pas ne se pose pas. Pour nous empêcher de venir en revanche, des arguments sont utilisés tels que : "on laisse pas rentrer les flics ou les fachos, alors pourquoi eux".

Il m'est impossible de juste rester chez moi une fois de plus, alors avec l'aide de camarades féministes (sans qui rien ne se serait fait) un texte est écrit, imprimé, distribué, un rendez-vous est donné. Nous ne pouvons rester invisibles une fois encore, au moins pour la camarade victime d'un viol, nous nous devons de garder la tête haute.

Nous arrivons, à plusieurs dizaines, devant l'entrée du festival. Quel étrange vomi d'émotions à ce moment... Des camarades parisien·nes dont la plupart ne donnent aucune nouvelles depuis des mois ; d'autres de différentes régions, certain·es encore en contact, d'autres, silence...
Là, invectives, prises à partie, propos transphobes, classistes, anti-féministes, violents : "va porter plainte, les femmes violées ont le vent en poupe en ce moment". Cela dure un certain temps, le SO est quasiment exclusivement composé d'HSBC (oui, je connais la composition de l'OS à laquelle j'ai appartenu pendant des années), beaucoup les gants aux mains... Nous apprendrons plus tard que l'un d'eux voulaient prendre les gazeuses, empêché par une camarade à l'intérieur. Prises multiples de vidéos et photos de la part de l'ancien « Mandaté confédéral au secrétariat vidéo », aujourd'hui Secrétaire confédéral adjoint...

S'ajoutent à cela les multiples attaques, méthodes bureaucratiques que subissent les camarades travailleureuses du sexe du 31, qui essayent de pouvoir être entièrement labellisées par la CNT (appartenance à la confédération) pour pouvoir lutter. Sans résultat, alors qu'iels avaient respecté instances et procédure...

 

A la base, une volonté de clarifier là où on en est, quand la nouvelle qui suit tombe...

Au dernier CCN en février ou janvier 2018 (j'admets que là j'ai un doute sur la date mais ça se retrouve vite) les régions décident que le syndicat d'appartenance de Fouad doit être exclu, à 50% pour 50% contre. Normalement la décision est actée, mais non. Motif annoncé : la région ayant proposé le point n'est pas présente, n'a pas pu envoyer quelqu'un·e ; malgré une demande de procuration personne ne la prend, mais le point a quand même lieu.

En Février 2018, on apprend via un communiqué de Santé social Lorraine d'une page que leur syndicat va fusionner avec le syndicat de l’Éducation du 57. Motif invoqué : manque de personnes, volonté de réunir les forces... Bon, folle mais pas bête, bel écran de fumé, impossible de suspendre le syndicat qui a pris la décision de ne pas exclure une personne accusée de viol, ce syndicat n'existe plus.

On apprend par un petit paragraphe en fin de texte intitulé "cas particulier d'un adhérent" - je vous partage cet écrit :

"Le SSCT Lorraine comptait, jusqu'à peu, un adhérent ayant été accusé d'agression sexuelle de la part de plusieurs personnes au sein de la Confédération et en dehors. Ces accusations sont des faits très graves. Nous rappelons la décision prise par notre syndicat qui a été de ne pas pouvoir se positionner quand à l’exclusion ou non de cet adhérent. Suite à la fusion du SSCT Lorraine et du STE 57, l'adhérent en question a annoncé qu'il quittait notre syndicat, ce que nous avons acté et avons décidé d'en informer l'ensemble de la Confédération."

On peut se dire chouette, le syndicat de cet adhérent va peut-être enfin avancer, croire la victime, qu'elle puisse avancer, que son viol puisse être reconnu !

Malheureusement, la réalité est toujours plus complexe, officieusement en fait les infos arrivent au fur et à mesure, de manière différente, avec les mêmes faits qui reviennent. Les camarades de Fouad voulaient le dégager mais aucun de ces mecs n'osaient le faire par peur de lui.

On a surtout appris que d'autres personnes de la CNT Metz avaient subis des agressions à caractère sexuel de sa part, force à elles, cela demande beaucoup ce qu'elles ont fait, de réussir à parler !



Ce que je ne comprends pas c'est ce manque d’honnêteté, ce manque de courage militant de la part d'un syndicat autogestionnaire portant des valeurs antisexistes... Du vent.

Quand c'est pour se la jouer antifa en groupe il y a du monde ! Là, des mois de peur de tellement de monde, la non-reconnaissance d'un viol par ses camarades - et on nous intime de porter plainte. Quand on voit comment c'est traité dans nos milieux militants...

Ces messieurs voudraient passer à autre chose, mais les victimes, depuis des années, ils pensent qu'elles veulent quoi ? Croient-ils que leurs vies sont faites de papillons et de paillettes ?

On n'a jamais lâché, ça ne va pas commencer aujourd'hui !

Force, rage et luttes pour toustes les camarades de combat !

 

NOUS SOMMES FORTES, FIÈRES, FÉMINISTES ET EN COLÈRE !

 

Désolée le texte est plus long que prévu, bien évidemment pour éviter tout blablatage futile à l'avance, tout ce que j'évoque ici, les différentes positions, échanges, etc. sont disponibles.



 

 

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