Histoire banale d'une meuf ordinaire

Texte anonyme d'une meuf en colère.

Ce soir je ressens de la colère. Une "saine" colère.

De la colère parce que je réalise que depuis que je suis une enfant on m'a sexualisée alors que je n'avais rien demandé à personne.

Ma première agression sexuelle, j'avais six ans. Pardon, six ans et demi. La fille de ma nourrice qui en avait huit de plus voulait jouer aux "Feux de l'amour" et à collé son grand corps sur mon petit corps, en me maintenant et en cherchant à m'embrasser, jusqu'à ce que je pleure en lui disant qu'elle me faisait mal au bas du ventre. Ce qui était le cas. 

Puis quand j'en avais huit le mec de ma sœur qui me demande si j'ai mes règles parce que tu comprends, dès qu'une meuf est réglée elle est baisable. J'étais petite, hein. Mais ses yeux me montraient parfaitement pourquoi il me posait cette question. Avec son regard lubrique, là, dégueulasse.

Quand j'ai eu treize ans je me suis faite une entorse à la cheville, ce qui n'a pas gêné mon kiné pour me faire faire des exercices où j'étais debout jambes écartées pendant qu'il passait ses mains sur mon entrejambe pour me "replacer", comme si cette position avait le moindre rapport avec mon entorse. Son pouvoir sur mon corps d'enfant. Le début. 

Et le pire, c'est que tous ces gars étaient un peu des fantasmes pour moi à la base, des figures d'hommes désirables. Qui ont détruit l'image que j'avais des hommes. 

Je passe évidemment sur les agressions dont j'ai été victime par les garçons de mon âge lorsque j'étais enfant. 

Quand j'ai été en âge de baiser, ma première fois était un viol. Super. Merci, mec. Ça ne m'a pas du tout traumatisée.

Puis les agressions sexuelles répétées parce que... Ben parce que je suis une meuf.

Jusqu'au jour où on m'a droguée (pourtant j'avais de l'avance) pour me kidnapper à trois dans une bagnole et me laisser pour morte au fond d'un fossé plein de ronces. Heureusement je n'ai pas de souvenir de ce qu'il m'est arrivé. Mais c'est curieux, je suis allergique aux griffures de ronces, depuis. 

Pas étonnant que je sois misandre, hein.

Tout mon corps hurle dès que je suis désirable.

Pourtant mon histoire n'est pas une exception. Elle est même tristement banale. Je ne suis pas celle qui a vécu des trucs horribles ou exceptionnels.

Toutes les meufs que je connais ont les mêmes histoires à raconter. Les mecs cis sont un fléau. Ils détruisent des vies. Ils ont bien participé à massacrer la mienne en tout cas.

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