Conférence Débat à la Maison de l’Europe avec Jean Peyrelevade et Henri de Castries le 20 octobre 2008

Ce que j'ai retenu de ce débat animé par Françoise Crouïgneau, ancienne journaliste aux Echos

 

On s’attendait à une joute oratoire, un débat entre deux hommes que la politique oppose :

- Henri de Castries, Président du groupe d’assurances AXA et un des conseillers préférés de Nicolas Sarkozy en matière financière ;

- Jean Peyrelevade, ancien Président de Indosuez, de l’UAP et du Crédit Lyonnais, un des proches conseillers de François Bayrou et qui vient d’écrire un livre intitulé Sarkozy, l’erreur historique.

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Et pourtant, ils m’ont paru plutôt d’accord sur presque tout, en tout cas sur la crise financière, premier thème de cette conférence débat :

- l’origine et les causes de la crise financière : une accumulation de risques en toute opacité, un défaut de régulation et de contrôle notamment aux Etats-Unis (agences de notation, produits de titrisation basés sur des actifs risqués, banques d’investissement américaines, hedge funds, etc.), une politique monétaire américaine laxiste héritée de l’ancien président de la Réserve Fédérale Américaine Alan Greenspan, de taux d’intérêt très bas incitant à l’endettement pour entretenir la croissance ;

- les actions entreprises en urgence par les pays européens et en particulier l’action de Nicolas Sarkozy ;

- et les actions à entreprendre de manière plus structurelle pour prévenir le système financier international des dérives à venir :

> dispositif pour rétablir la liquidité interbancaire avec rétablissement de la confiance par la signature publique ;

> évolution des normes comptables bancaires car l’évaluation en « fair value » (au prix de marché) des engagements privilégie le court terme sur le long terme, rendant les résultats des banques volatils ;

> mise en place d’un régulateur européen, lutte contre les paradis fiscaux, inclure les pays émergents dans les instances telles que le G8, etc.

 

Jean Peyrelevade plaide pour un système de régulation mondial passant par trois points :

1). un architecte-concepteur : FMI ou BRI ;

2). un régulateur européen pour que l’Europe parle d’une seule voix face aux autres pays et notamment les Etats-Unis ;

3). un fonds d’intervention européen de première intervention.

 

Puis vient le 2ème thème de la conférence : « La France est-elle plus fragile que ses partenaires européens ? Comment améliorer sa compétitivité ? »

 

Sur ce point les deux hommes admettent une divergence :

 

Jean Peyrelevade, le pessimiste : reprenant le contenu de son dernier livre, il souligne que les entreprises françaises ont les marges les plus faibles d’Europe, un taux d’autofinancement ayant atteint son plus bas taux historique, à environ 50% alors que les entreprises allemandes sont à 100%. Le ratio EBE/VA (Excédent Brut d’Exploitation/Valeur Ajoutée) a été de 33% pour la France au plus haut (estimé à 29% en 2009), alors qu’il est de 38% sur la moyenne européenne et de 41% pour l’Allemagne. L’examen du Projet de Loi de Finances (PLF) 2009 démontre que cela va encore se dégrader. La France va sortir de la crise avec une position de faiblesse accusée.

 

Henri de Castries, l’optimiste : les entreprises qui se sont internationalisées, notamment celles du CAC40, se sont renforcées, même si leurs activités stagnent en France. Leur croissance est faite sur l’extérieur.

 

En fait, le diagnostic est différent selon le périmètre observé : pessimiste sur les entreprises situées en France et en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), plus optimiste si on parle de sociétés du CAC40, dont la holding est française, du fait de la part importante de leurs activités à l’étranger qui sont plus rentable qu’en France.

 

Quand Jean Peyrelevade parle des entreprises françaises, il faut comprendre « l’activité en France des entreprises, qu’elles soient à l’origine française ou non ». C’est d’ailleurs ce qui est intéressant puisque cela fait l’essentiel de l’emploi en France. Jean Peyrelevade note qu’il est quasi-impossible d’obtenir des statistiques qui distinguent les PME des grandes entreprises. Il a pu établir que la part des sociétés cotées françaises était de 25% dans la valeur ajoutée des entreprises sur le territoire français, ce qui montre par différence que 75% concerne les PME. Une étude toute récente de l’Insee démontre une corrélation entre les implantations d’entreprises françaises à l’étranger et la hausse des exportations. Henri de Castries donne l’exemple aussi d’AXA qui a délocalisé des postes administratifs (de back-office) à l’étranger, mais qui a en contrepartie créé plus d’emplois commerciaux en France. Grâce à la baisse de coût, AXA a gagné des parts de marché et s’est développé.

 

Jean Peyrelevade revient donc sur le problème de la situation des entreprises en France, sur la dégradation de leurs marges, donc de leur capacité d’autofinancement et d’investissement en innovation/recherche/rénovation de l’appareil productif, donc de la croissance, donc de l’emploi. Tout ça notamment à cause d’un déficit public endémique qui grève les finances publiques et donc les prélèvements obligatoires, impôts et charges, etc. Et que cette détérioration progressive depuis les années 80 s’est faite plutôt en défaveur des entreprises que des ménages. La solution, qui n’est pas très vendeuse politiquement admettons-le, est de faire un sacrifice à court terme en assainissant les finances publiques, en augmentant les impôts... sur les ménages ! (en période de récession ce n’est pas conseillé). À plus long terme, ils doivent y gagner par le retour de la croissance, grâce à l’amélioration de nos entreprises qui font l’emploi en France.

Et là, Henri de Castries le coince : mais comment peut-on augmenter les impôts sur les ménages modestes et moyens ? Je n’entends pas bien la réponse de Jean Peyrelevade...

Je bouillonne, j’ai envie de crier : « EN COMMENCANT PAR SUPPRIMER LE BOUCLIER FISCAL, OU EN AJOUTANT UNE TRANCHE

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