Manifeste pour une insurrection inter-nationale et une révolution mondiale

Il s'agit de la mise en pratique (action) d’une insurrection, et de la rédaction d’un programme révolutionnaire de remplacement de la politique économique nationale et mondiale actuelle. Cette édition est « participative »par la « contribution » de ceux qui veulent bien, à la mise en place de ce programme. Que ceux qui voudraient bien être rédacteurs me préviennent.

Manifeste pour une insurrection inter-nationale 

et une révolution mondiale.

 

Nous n’avons plus rien à dire aux jeunes gens, écrivait Sartre : cinquante ans de vie en cette province attardée qu’est devenue la France, c’est dégradant. Nous avons crié, protesté, signé, contresigné ; nous avons, selon nos habitudes de pensée, déclaré : “Il n’est pas admissible” ou “Le prolétariat n’admettra pas…” Et puis finalement nous sommes là : donc nous avons tout accepté. » Et c’est alors, poursuit-il, qu’il faut entendre la voix de Paul Nizan… qui dit aux jeunes « ne rougissez pas de vouloir la lune : il nous la faut », celle qui leur recommande : « Dirigez votre rage sur ceux qui l’ont provoquée, n’essayez pas d’échapper à votre mal, cherchez ses causes et cassez-les. » (Edwy Plenel- Mediapart, « François Maspero, ce résistant »).

 

Jean Ziegler écrivait en 2001 : « Aujourd’hui… les rumeurs de révolution sourdent aux quatre coins du monde. Une nouvelle société civile est en train de naître. Dans la confusion et les difficultés extrêmes. Contre les Seigneurs, elle tente d’organiser la résistance. Au nom des opprimés, elle cherche un chemin, incarne l’espoir ». Et plus loin : « L’histoire mondiale de mon âme vire au cauchemar. Mais sur des ailes de colombes, la révolution approche. »

C’était il y a quinze ans… 

 

Qui ne rêve de révolution par les temps qui courent? Tout le monde attend que cette révolution se produise un jour. Tous les livres et articles contre le libéralisme se terminent par « ça ne peut plus durer », « un jour vous verrez… », « ça va péter!!! »… 

Mais on préfère le « wait and see ». Exemple récent de remise à plus tard : Le député socialiste Pouria Amirshahi quand il lance le « Mouvement commun » : « il faut s’y mettre et faire contre-culture, en contestant la pente dangereuse du repli sur soi et des concurrences, en remettant au goût du jour les solidarités actives, les nouveaux combats écologiques et numériques… Ça prendra du temps, et le Mouvement commun doit s’inscrire dans le temps long de la reconquête du pouvoir. » (Médiapart 8-11-15)

S’inscrire dans le temps long… et en attendant tout empire!

 

« En s’interdisant d’exiger quoi que ce soit, Occupy Wall Street s’est enfermé dans ce que Christopher Lasch appelait — en 1973 — le « culte de la participation ». Autant dire dans une protestation dont le contenu se résume à la satisfaction d’avoir protesté. » (le Diplo janvier 2013)

 

Les " créatifs culturels  " (expression venant des Etats-Unis, sous la plume du sociologue Paul H. Ray et de la psychologue Sherry Anderson) c’est à dire ceux qui rejettent de façon plus ou moins radicale le modèle axé sur la réussite, l'argent et la consommation pour lui substituer d'autres valeurs, jugées plus responsables, pensent que c'est de la société civile qu'émergera le monde de demain ». Mais comment? 

 

Bien sûr beaucoup d’associations, d’ONG, de mouvements font énormément sur toute la planète pour trouver des solutions pour contrer le libéralisme, mais le libéralisme, lui, est une politique économico-financière mondiale que toutes ces actions n’impressionnent pas. Les multi-nationales sont même capables de reprendre à leur compte l’écologie pour la glisser dans leurs publicités! et donc de faire du risque un facteur de croissance économique! 

Contre une politique économique mondiale si bien organisée, il n’y a qu’une révolution mondiale qui peut marcher. Alors, rêve? utopie? Il ne faut pas oublier que c’est grâce à de grandes utopies qu’au cours de l’histoire on a pu changer le monde.

 

Le problème c’est que le mot « révolution » fait depuis quelques temps peur à tout le monde, il est devenu un mot tabou! « L’échec de l’alter-mondialisme explique que le mot "révolution" est purement et simplement rayé du vocabulaire militant. En France, en 2009, la Ligue communiste révolutionnaire se dissout pour devenir le Nouveau Parti anticapitaliste. Ce changement symbolise à lui seul la situation : les militants ne sont plus en situation que de contester l'ordre du monde sans même pouvoir imposer l'idée qu'il faudrait le transformer. De fait, cette contestation ne se manifeste plus que de manière éparse, sur des motifs très matériels (principalement les revendications pour le maintien du pouvoir d'achat) et sur le registre de l'humeur (mouvement des Indignés, économistes atterrés, etc.). Face au consumérisme qui domine la planète, les célèbres slogans altermondialistes "Le monde n'est pas une marchandise" et "Un autre monde est possible" sont réduits à une fonction exclusivement incantatoire sans jamais trouver à s'incarner dans un véritable projet de société. » (Daniel Bensaïd)

 

Jusqu’à présent la règle dans la plus grande partie du monde c’est « résignons-nous ». Depuis quelques temps est apparu dans certains pays un « indignons-nous! ». Mais se résigner ou s’indigner restent un état d’esprit personnel, qui peut se manifester par des marches ou des sit-in. Il faut passer au stade supérieur qui est « insurgeons-nous! ». Il ne s’agit plus de se retrouver sur des grandes places publiques ou de faire des manifestations, il faut « bloquer »! « le blocage est devenu un moyen de lutte interprofessionnel visant à interrompre les flux de circulation indispensables à une économie et à une société qui ne peuvent fonctionner sans la circulation des voitures, des camions, des avions, des trains. Les blocages des dépôts de carburant, des gares des aéroports et des ports, au niveau local, n’ont pas été le fait des seuls travailleurs des secteurs concernés, mais des modes d’action réfléchis en fonction de leur impact sur les flux et organisés sur une base interprofessionnelle. » (Pierre Dardot et Christian Laval). Et il faudra que le peuple prêt à agir s’y mette de façon à la fois à aider les professionnels et à intervenir à un niveau local. 

Bien sûr les grandes manifestations et les occupations de places seront les bien venues, ainsi que le boycott, mais le blocage des grandes surfaces et des grands centres commerciaux auront un effet plus immédiat. 

Il y aura quand même des lieux à assiéger, ce sont les les grands médias, de façon à pouvoir intervenir sur les ondes et les écrans dès le premier jour de l’insurrection pour présenter au peuple et aux gouvernants le projet et de blocage et de révolution. 

 

« Seuls des mouvements sociaux d’envergure pourront sauver l’humanité » dit Naomi Klein dans « Tout peut changer ».

 

Au cours de l’histoire il y a eu peu de vraies révolutions. Par contre il y a eu une multitude de révoltes, comme par exemple ces quinze vingt dernières années en France et dans le monde.

Hannah Arendt fait la distinction entre la « révolte » qui cherche à obtenir une « libération », et la « révolution » qui cherche à obtenir la « liberté ». « Libération et liberté ne sont donc pas identiques. La libération peut être la condition de la liberté, mais elle n’y mène en aucun cas de manière automatique ». Et je rajouterais que la liberté ne peut s’obtenir si elle n’est précédée d’une libération. 

 

Or on peut constater que toutes les révolutions ont toujours commencé par une révolte du peuple qui descend dans la rue, révolte qui ne s’est transformée en révolution que parce qu’une partie de la bourgeoisie et des intellectuels étaient prêts à relever le défi. 

Le XVIII° siècle, siècle des Lumières, a été le creuset philosophique, social et politique de la Révolution Française, et c’est parce que ce monde intellectuel était prêt que la révolte populaire de 1789 s’est transformée immédiatement en révolution. 

Or ne sommes-nous pas depuis 1945 dans une situation à peu près identique? Depuis cette date nombre d’intellectuels, de philosophes, de sociologues, d’historiens… nous ont dépeint le monde dans lequel nous vivons et ont inventé les mille et une solutions pour sortir du marasme qui accable le monde depuis plus de trente-cinq ans.

 

Depuis des années des révoltes populaires éclatent un peu partout dans le monde, toujours à un niveau local ou national. Mais une révolte  par principe ne peut être que locale ou nationale, elle est le fait du peuple d’une nation, avec sa langue, sa culture et son histoire, contre son gouvernement.

Frédéric Lordon : « l’internationalisme réel consiste moins dans le dépassement imaginaire des nations que dans la solidarité internationale des luttes nationales. Et dans leurs inductions mutuelles. ».

 

Car ces révoltes ne sont jamais concomitantes, elles ne se produisent jamais dans plusieurs pays en même temps, ce qui fait qu’au niveau des politiques économiques mondiales, elle sont contournées sans difficulté, et donc le marasme général continue. 

« …aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. »(Edgar Morin)

Et du même : « Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être inter-solidaires ».

 

Bien sûr on a pu voir ici ou là des « victoires », des changements, mais toujours au niveau local et sur des points particuliers, qui pour les multi-nationales sont des points de détail. Mais Naomi Klein le dit elle-même : « Il est illusoire de penser qu’une expansion des communs « par en bas » et « de proche en proche » finira à la longue par saper les fondements du capitalisme jusqu’à déterminer son effondrement «  (« Tout peu changer » p546)

 

Ensuite, ces révoltes sont toujours des révolte « contre »(libération), et il n’y a pas d’alternatives proposées. Ces révoltes sont réprimées par la force, militaire ou policière, et se terminent la plupart du temps sans grandes avancées. Les révoltes des printemps arabes en sont un bon exemple, qui ont réussi la « libération » recherchée, mais pas la « liberté » qu’une révolution parallèle aurait pu apporter. 

« Quant au « mouvement social », au singulier,  qui désigne les grandes mobilisations anti-néolibérales de ces vingt dernières années… il se caractérise encore massivement par son caractère défensif, réactif, résistanciel. » (Christian Laval).

 

L’économie ultra-libérale est menée par un consortium d’économistes et de patrons de multi-nationales, et par des hommes politiques et les médias qui leurs sont inféodés, à un niveau mondial. L’ensemble représente les hommes les plus riches du monde.

 

Conclusion : une révolte ne peut être efficace que si elle est inter-nationale, c’est à dire se passant dans un grand nombre de pays en même temps, et que si elle est suivie en parallèle et simultanément par une révolution locale et mondiale. Alors, doit-on attendre que cette révolte inter-nationale se produise un jour par hasard? Il semble que l’on devrait alors attendre longtemps! La question est donc : peut-on provoquer, organiser une révolte inter-nationale, et peut-on l’accompagner d’une révolution préparée et organisée à l’avance? 

 

Nous avons pu voir ces derniers temps que l’on peut organiser une mobilisation internationale, les manifestations dans un grand nombre de pays le même jour pour la COP21 en sont un exemple. Il suffit donc de remplacer « manifestations » par « insurrections », et de préparer en même temps la « révolution ».

 

Mais pour cela, il faut une organisation. « Depuis 2011, nombre d’acteurs des mouvements sociaux ayant surgi aux quatre coins du monde sont tombés dans le piège décrit par Mark Rudd : « L’activisme comme expression de nos sentiments profonds n’est que l’un des éléments de la construction d’un mouvement. C’est une tactique qui a été élevée au rang de stratégie en l’absence de toute stratégie. La plupart des jeunes militants pensent que s’organiser consiste à prendre les dispositions nécessaires à la tenue d’un rassemblement ou d’un concert de soutien. » Le travail réel d’organisation a perdu de son cachet auprès de nombreux cercles militants, figés dans leur croyance en une insurrection spontanée et dans une suspicion profonde envers toute institution, direction ou tentative de prise de pouvoir. » (Astra Taylor, le Diplo Juin 2016). 

 

« De plus en plus décrié en raison des dégâts qu’il occasionne, le système économique suscite manifestations populaires et analyses érudites. Mais aucune théorie globale ne relie plus ces deux éléments en vue de construire un projet politique de transformation sociale. Les intellectuels critiques n’ont pourtant pas disparu. Que font-ils ? Les institutions qui les forment et les emploient leur permettent-elles encore de concilier culture savante et pratique militante ? »

(Janvier 2011, Enquête sur les intellectuels contestataires, La pensée critique dans l’enclos universitaire, Le Monde Diplomatique).

 

« Contre l’ordre actuel, deux types de combats se côtoient, parfois rivalisent. La propagande par le fait recherche une prise de conscience morale et politique. Elle a recours à des techniques spectaculaires, souvent individuelles, mais peine à maintenir l’élan initial. Moins en vogue, l’organisation privilégie un travail de longue haleine, plus collectif, moins ludique. Il arrive pourtant que ces deux fleuves se rejoignent. »(Astra Taylor, le Diplo juin 2016)

N’oublions pas que La déclaration des droits de l’homme de 1791 indique clairement que « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». 

« Le véritable socialisme se caractérise par la radicalisation absolue de la démocratie : sur les lieux de travail, au sein de l’exécutif et du Parlement, dans la vie quotidienne. A défaut d’un tel processus, toute lutte visant à changer le monde, qu’elle passe par les urnes ou par les armes, oscillera entre réformisme et opportunisme. » (Alvaro Garcia Linera, le Diplo Janv. 2016)

 

Nous sommes tellement nombreux à rêver! Et nous rêvons que nos rêves se réalisent. Alors unissons nos rêves, et agissons!!!

 

En ne faisant rien nous sommes complices de l’ordre cannibale du monde, et nous avons honte d’être si impuissants. Alors unissons nos hontes pour les transformer en courage!!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.