Billet de blog 19 août 2010

La neutralité expliquée à mon chien.

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Partie I

Je n'ai pas de chien.

Par contre j'ai un président, des ministres, des députés et des sénateurs...
Président, ministres, députés et sénateurs qui de toute évidence n’ont toujours pas, du moins pour la majorité – et la mauvaise, celle qui détient le pouvoir sur nous et sont les pantins des industries du divertissement – compris ce qu’est l’internet, ce qu’il n’est pas, sa nature profonde ; intrinsèque.

Ce qu’il n’est pas, parlons-en.

L’idée de base d’Internet et sa raison d’être résident dans la mise en place technique de protocoles normalisés et standardisés permettant l’échange de données à petite ou grande échelle. D’une manière complètement décentralisée, de sorte à ce qu’un serveur soit également son client, que le chemin d’accès d’un point A à un point B soit direct et qu’aucun intermédiaire technique oblige à faire transiter une donnée du point A au point B via un point C.

Sinon c’est du Minitel.

Du Minitel Full HD, en haut débit (encore que…) et clinquant, mais du Minitel.

Prenons un exemple tout simple et parfaitement représentatif.

Quand vous mettez en ligne la vidéo de votre dernier treck au Pakistan sur Dailymotion, youtube ou n’importe quel autre service de partage vidéo, vous l’uploadez sur un serveur centralisé. Elle devient une minuscule fraction de la partition d’un disque dur d’un ordinateur perdu dans un gigantesque parc de serveurs alimenté au charbon (n’est-ce pas, Monsieur Facebook)

Serveurs centralisés.

Donc c’est du Minitel.

Lorsque vous effectuez une recherche sur Google, vous envoyez une requête à un serveur d’indexation centralisé.

Minitel.

Itou quand vous envoyez un mail à mémé. Hotmail, Gmail, Yahoo, tous centralisés.

Vous tenez un blog sur Skyblog, Overblog, Centerblog ou…Mediapart ?

On pourrait remplacer www.mediapart.fr par 3615 Mediapart, ça reviendrait exactement au même.

En revanche, si vous hébergez vous-même votre serveur mail ou votre site sur votre propre serveur sous Linux, que vous envoyez la vidéo de l’anniversaire du petit dernier à vos amis via un client P2P (ou F2F, si c’est privé), que vous chatez avec eux via XMPP (Jabber de son ancien nom) ou le fameux 127.0.0.1, vous vous rapprochez dangereusement de ce que devrait être l’Internet.

Force est de constater que certains voudraient le voir crever.

Pourquoi ?

Pour plusieurs raisons dont je serai bien incapable d’établir la véritable hiérarchie d’importance, mais dans le désordre :

Motif économique

Tuez le libre-échange et un protocole tel que le P2P et vous tuerez par la même occasion ce qui fait aussi l’essence de l’Internet et qui lui est directement connecté, le logiciel libre.

En effet, une gigantesque partie de la diffusion des logiciels libres (distributions Linux, par exemple) se fait via le P2P. A la base, il a été conçu exprès pour ça.

Les utilisateurs parlent aux développeurs des choses à améliorer facilement et ces derniers, par la force de l’échange, le font. C’est comme ça que la bouillie infâme qu’était Linux à ses débuts est devenu un OS agréable à utiliser et parfaitement accessible sans faire Math Sup’.

Le principe d’un logiciel libre est limpide. Exempt de toute forme de brevet ou de propriété intellectuelle, le code source d’un logiciel libre est modifiable à volonté. Sa diffusion, son utilisation et sa copie échappent complètement à toute contrepartie financière.

Vous avouerez qu’on a vu mieux comme modèle économique (rire satanique)…

Du coup, tuer le logiciel libre revient à sauver et assoir définitivement le monopole des éditeurs de logiciels propriétaires.

En clair c’est du : « nos logiciels ont leurs équivalents gratuits, mais transitent via le P2P, protocole dont les utilisateurs sont des pédopornographes en puissance doublés de pirates sanguinaires et de terroristes enturbannés. »

C’est ce que le gouvernement français – et il n’est ni le seul, ni le plus virulent, bien que précurseur – prend plaisir à gober.

C’est encore plus frappant lorsqu’on parle des industries du divertissement, mais j’y reviendrai.

Motif politique, dit « de sauvegarde de son petit cul d’élite »

Avant l’émergence du Net et sa démocratisation/massification, la liberté d’expression telle que vigoureusement défendue par nos dirigeants à grand renforts de Voltaire, ressemblait à peu près à ceci :

Trouver des fonds, recruter des infographistes, pigistes, maquettistes et payer un imprimeur pour pouvoir diffuser son journal/magazine/fanzine, etc.

Sans oublier que vous ne pouviez pas sortir le « magazine mensuel des adorateurs dePinochet » en toute impunité…

Bref, ça coutait du pognon et l’échelle de diffusion était plutôt restreinte.

Vous faites un blog, gratuitement, vous avez à disposition des millions de personnes pouvant y accéder d’un clic et tout juste le temps d’une requête.

Ça fout les boules ça, à un politique/industriel/quiconque qui ne souhaite pas qu’on sache qu’il détourne l’argent publique ou massacre les forêts primaires pour fabriquer son huile anticellulite pour vieilles bourgeoises occidentales…

Vous imaginez, vous, le cout politique ou financier qu’il doit assumer parce qu’un mec a eu une info dérangeante et l’a propagé comme la peste sur le réseau ?

Parce que sur un Internet neutre, le contrôle extensif de la parole par filtrage est impossible.

Et ça, ça remet complètement en cause l’impunité dont ils jouissaient grâce au silence prébinaire…

•Motif de sécurité publique.

Argument classique et maintes fois colporté par des branques telles que Morano, Lefebvre et cie.

«Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l'absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d'adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Les trafiquants d'armes, de médicaments ou d'objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur le Net, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid. »

Mes frères, prions ensemble pour le salut de l’âme de feu Frédéric Lefebvre, dont le cerveau nous a subitement lâché en ce triste jour du 15 décembre 2008.

Que les choses soient bien claires pour tout le monde en ce qui concerne la pédopornographie, puisqu’elle est le prétexte officiel principal de la volonté de filtrage du gouvernement.

La pédopornographie n’existe pour ainsi dire pas en France.

Croyez-moi, j’ai bien essayé de vérifier l’info, de vérifier que le net est blindé de pédophiles, de psychopathes et de violeurs.

J’en ai écumé des sites chelous, des forums pires que ceux des jeunes pop UMP, me suis même fait passer comme tel, planqué derrière un bon proxy, pour avoir accès à des groupes de F2F (Friend to Friend, idem que le P2P mais en circuit fermé) susceptibles de faire transiter des photos ou des vidéos du genre. J’ai tapé tous les mots clés possibles et imaginables sur un nombre incalculable de moteurs de recherche externes ou internes et je ne suis jamais, mais alors jamais, tombé sur la moindre photo ou la moindre vidéo tendancieuse.

Tout juste quelques gonzos de japonaises habillées en écolières qui me semblaient quand même assez jeunes, mais bon, des filles qui font 15 piges alors qu’elle en ont 25, on en trouve plein sur Tube8, Youporn ou Pornhub.

Hein les mecs…

Enfin bref, de toutes façons les deux ou trois sites clairement pédos qui arrivent à émerger en France chaque semaine se font gicler au bout de quelques jours.

C’est que ça se voit, quand même…

Pour ce qui est des « pros », des têtes de réseaux au portefeuille de clients des milieux d'affaire, voire politique, bien remplis, le filtrage serait au mieux complètement inefficace, au pire contre-productif.

Ils ont déjà plusieurs guerres technologiques d’avance sur la police et ce n’est pas prêt de changer.

Je le déplore, hein, n’allez pas croire que parce que je ne veux pas de la moindre sorte de filtrage je suis un dangereux pédopornographe.

C’est ce qu’on a pourtant sorti à Benjamin Bayart (président de FDN) lors d’une réunion avecla direction de la Police nationale, la direction de la Gendarmerie nationale et d’autres experts tout sauf amateurs (logique, me direz-vous).

En réponse au fait que la neutralité du net excluait toute forme de filtrage et qu’il était inconcevable qu’on puisse s’y mettre sans la démolir, on lui a dit qu’il était pro-pédophile.

Allez expliquer que la consultation d’un juge n’est pas optionnelle, mais fondamentale dans le traitement du filtrage d’un site internet à quelqu’un qui s’y connait encore moins et développera probablement ce type d’argumentaire.

Ça me rappelle Bush. « Vous n’êtes pas avec nous, vous êtes alors contre nous. » Pan.

<o>..........>o<

Selon Jérémy Zimmerman de la Quadrature du Net – et il a toute ma confiance –, le jour même où a eu lieu la première réunion au sujet du filtrage des contenus pédopornographiques au ministère de l’intérieur, Hervé Rony, délégué général du SNEP ( Syndicat Nationaldes Editeurs de Phonogrammes à roulement à bille) n’a rien trouvé de mieux à dire qu’un truc du genre :

« Oh, ben si on peut le faire pour la pédophilie, ça veut bien dire qu’on peut le faire aussi pour la musique! »

Fin de la 1ere partie, on se retrouve pour la suite de « Plus belle la censure », votre feuilleton quotidien avec plein de morceaux de liberté dedans.

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