Les défilés du 1er mai enfin autorisés à Istanbul

Une première depuis 33 ans. Les syndicats turcs vont enfin pouvoir défiler ce 1er mai 2010. Sous l'escorte de 20.000 policiers, mais quand même... En Turquie, le 1er mai n'était pas férié. Depuis l'épisode douloureux du 1er mai 1977, où 34 personnes ont été tuées par des tireurs, soupçonnés d'être des militants d'extrême-droite soutenus par les services du renseignement. Ouvrant le feu sur la foule, plusieurs victimes avaient trouvé la mort, piétinées.

Alors à Istanbul, depuis 1977, c'est la répression chaque 1er mai. A coup de gaz lacrymo et d'arrestations. Parfois de mort. Chaque année, les organisations de gauche prévoyaient une manifestation. Interdite, comme en 2008.

Le 1er mai est un symbole. Celui de la lutte des organisations de gauche. Le 1er est aussi une journée ville morte. Paniqués par la répression, peu de turcs «sortent» du côté de Şişli, Osmanbey mais surtout vers la place de Taksim. D'ailleurs, aucun transports ne circulent pendant une partie de la journée. A l'exception des fourgons blindés de l'armée...

L'année dernière, la municipalité d'Istanbul avait déjà toléré une partie des défilés. Cette année, libre-accès à la place de Taksim. Certes sous bonne escorte. Selon le gouverneur d'Istanbul, Muammer Güler, les commémorations pourront être considérées comme des "festivités" autorisées, et non comme un "meeting" politique, proscrit.

Face à cet élan «libertaire» inattendu, syndicats et partis politiques de gauche ont passé la semaine précédente à arpenter la grande avenue piétonne d'Istanbul, Istiklal Caddesi. Tracts à la main, ils ont tenté chaque jour de mobiliser les stambouliotes à cette fête du travail retrouvée.

Parmis eux, des associations. A l'instar du groupe GDA - un réseau de solidarité avec les migrants - sorte de «No Border à la turca». L'idée de ces militants étant de mettre la question des migrants à l'agenda politique. Thème absent de l'arène politique et citoyenne turque, seule l'Union Européenne ou le HCR s'intéresse à la question. Pourtant en Turquie, la situation des migrants est critique. A 17 ans, Caps, originaire du Congo, raconte les conditions de ces jeunes sans papiers et sans statut. Encore mineur, il est pris en charge par un orphelinat d'Etat. Mais dès le jour de ces 18 ans, «on est lâché à la rue, sans nourriture, sans logement, sans solution». Immigration afghane, irakienne, soudanaise - immigration sévèrement contrôlée. Comme en témoigne ce rapport de Migreurop, celui-ci d'Amnesty International. Ou cette enquête de Clément Girardot.

Quelques jours avant le 1er mai, la trentaine de militants de GDA s'était réunie. Pour mettre au point le message qu'ils souhaitent porter en cette journée. Celui d'un «monde sans frontières et solidaire des travailleurs».

 

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