Le « Oui » de Michel Rocard à la Turquie

« Bienvenue à la Turquie en Europe», c’est en résumé le message qu’est venu adresser aux étudiants de l’université de Galatasaray, Michel Rocard le 26 novembre dernier.

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« Bienvenue à la Turquie en Europe», c’est en résumé le message qu’est venu adresser aux étudiants de l’université de Galatasaray, Michel Rocard le 26 novembre dernier. Alors que son dernier livre « Oui à la Turquie », écrit en collaboration avec la journaliste Ariane Bouzon, sort dans une relative discrétion en France et en Turquie, l’ancien premier ministre français a voulu dénoncer la « situation dangereusement bloquée par l’inertie mutuelle » des deux pays concernant l’adhésion turque à l’Union Européenne.

Durant sa conférence, il compare la situation à une « crise amoureuse où les deux amoureux voudraient bien arriver à la fin, se demandent si l’autre y croît, si l’autre est prêt à faire l’acte majeur ». L’ancien ministre de François Mitterrand veut donc « réchauffer les opinions publiques » et participer à « l’accélération » du processus d’adhésion. Sa bataille pour la Turquie, il l’a justifie par « la géopolitique, [son] intelligence géopolitique historique dans la région ces trois derniers quarts de siècle ». Sans hypocrisie, il avance des intérêts stratégiques : l’armée turque et une « diplomatie de paix », et économiques : la croissance turque comme un booster pour l’Europe. Il qualifie même cette adhésion d’« assurance-vie pour l’Europe ». Michel Rocard souhaite ainsi participer à la remontée de l’enthousiasme autour de cette candidature car il le rappelle « le drame ne s’appelle pas Nicolas Sarkozy, il commence quand l’opinion française est en défaveur », assurant au passage que le « Président français commence à vous [le peuple turc] respecter ». Reste à savoir si l’intervention de l’actuel député européen suffira pour relancer ce débat qui avait déjà fait beaucoup parler il y a deux ans.

Avant le début de sa conférence, Michel Rocard nous a accordé quelques secondes pour répondre à nos questions.

 

Mediapart – Pourquoi sortir ce livre aujourd’hui ?

 

Michel Rocard – Parce que j’avais le temps d’écrire à ce moment-là, il ne faut pas croire que tout est calculé. Mais je trouve que l’atmosphère est mauvaise, que les sondages d’opinion en faveur de l’entrée de la Turquie en Europe baissent aussi bien en Turquie qu’en Europe. Il y a une situation un petit peu alarmante et il fallait y répondre.

 

Mediapart – Vous présentez votre livre aujourd’hui à l’université de Galatasaray, à quelle réaction vous attendez – vous en Turquie ?

 

Michel Rocard – En Turquie, je pense que ce livre sera mieux accepté qu’en France, il y a de bonnes raisons. Pour le moment, sincèrement, je n’en sais rien.

 

Mediapart – Par rapport à l’« objectif 2023 » dont vous parlez dans votre livre, quel pourrait être le principal blocage à sa réalisation ?

 

Michel Rocard – Le blocage est qu’on parle trop de la Turquie en ce moment. Que les décisions sérieuses seront à prendre dans dix ou douze ans. Et que chaque fois qu’on en parle, on réveille des images anciennes. Or la Turquie pourra rentrer si elle se met à ressembler à une démocratie parlementaire à l’européenne. C’est ce qu’elle paraît avoir choisi même si ce n’est pas encore fait. Si elle y arrive, elle rentrera, si elle n’y arrive pas, elle ne rentrera pas. Donc le blocage est au fond dans la difficulté pour la Turquie de modifier les fondements même de sa société. C’est elle qui l’a choisi, personne n’est allé la chercher, c’est quand même très difficile. Et puis il y a un deuxième blocage, il faut que ça se voit pour convaincre les autres, et on n’en est pas encore là.

 

Mediapart – Avez-vous des raisons personnelles pour soutenir la Turquie dans l’Union Européenne ?

 

Michel Rocard – Aucune qui ne soit turque. Mais je suis un homme de paix, je suis né juste avant la guerre mondiale, je ne supporte pas la guerre et j’ai compris que toutes les guerres mettent au moins vingt ans à se préparer. C’est l’esprit de méfiance qui les construit et donc partout où je vais je combats l’esprit de méfiance et je lutte pour l’esprit de réconciliation.

 

Propos recueillis par Cécile Danjou et Adrien Godet

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