Ibrahim Tatlises : l'Empereur d'Urfa

Ibrahim Tatlises (modestement surnommé Imparator : empereur) semble avoir toujours porté la moustache, attribut viril par excellence en Turquie. Il contrôle avec minutie son image de Don Juan anatolien qui plaît tant aux ménagères.

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Ibrahim Tatlises (modestement surnommé Imparator : empereur) semble avoir toujours porté la moustache, attribut viril par excellence en Turquie. Il contrôle avec minutie son image de Don Juan anatolien qui plaît tant aux ménagères.

La chemise ouverte, teinture brune de rigueur, regard ténébreux, le personnage résiste aux modes.

Né en 1952 à Urfa, d'un père d'origine arabe et d'une mère d'origine kurde, Ibrahim Tatli grandit dans une famille très pauvre. C'est l'aîné d'une famille de sept enfants. Tatlises est son futur nom de scène, il signifie : belle voix. Il est élevé par sa mère et son beau-père, son père étant mort quand il avait quatre ans, ce dernier était d'ailleurs en prison lors de sa naissance. Peu éduqué, il commence à chanter dès son adolescence et se distingue par sa voix unique. A partir de l'âge de 15 ans, il anime les mariages et les fêtes du Sud de la Turquie.

En 1975, il enregistre son premier album mais le succès commercial n'est pas au rendez-vous. Il arrête la musique pendant quelques années pour travailler comme vendeur. En 1977, il vient s'établir avec sa famille à Istanbul. Son deuxième album bat tous les records de vente en 1978, la carrière d'Ibrahim Tatlises est lancée et connaît un succès constant jusqu'à présent. Ses fans le vénèrent :« Il donne à la chanson tous ses droits, il montre toutes les traditions propres à la Turquie, il chante avec son coeur. A travers ses chansons, tu découvres un respect particulier pour les femmes....tu es noble Monsieur Tatlises. »1 . C'est un artiste très prolifique, il a à son actif 36 albums en 34 ans de carrière. La musique d'Ibrahim Tatlises est influencée par les sonorités arabes et la culture rurale traditionnelle turque, il est le principal représentant du style arabesque, très populaire en Turquie.

Le rêve américain à la turca

Mais la carrière artistique de l'Empereur ne s'arrête pas à la musique, il a tourné dans 14 films en tant que qu'acteur et en a réalisé 12. Dans la plupart des cas il assure les deux fonctions. Ce sont des films populaires racontant des histoires d'amour où il se donne le beau rôle. Dans l'un d'eux intitulé Allah Allah, il joue son propre personnage de chanteur star à la foire d'Izmir. Deux jeunes soeurs folles de lui se donnent comme objectif de le séduire. Ibrahim, lui, ne sait plus où donner de la tête.

Déjà doté d'un voix en or, l'enfant d'Urfa a su gérer son patrimoine avec intelligence pour bâtir un empire économique : le groupe Tatlises. Le conglomérat comprend Tatlises Kebab (chaîne de restaurants), Tatlises Air (taxis aériens), Ses Ajans (organisations d'évènements et management d'artistes), Tatlises Produksyon (production de l'IBO Show pour la télévison), Tatlises Turizm (hotels et club), Tempo Tatlises (télévision), by Tatlises (marque de vêtements), une compagnie de bus... Les affaires d'Ibrahim Tatlises sont florissantes et il aime montrer sa richesse avec ostentation. Il correspond au cliché du nouveau riche turc.

Pensant s'appuyer sur ses succès artistiques et économiques pour démarrer une carrière politique, il se présente en 2007 comme candidat aux élections législatives mais les urnes le désavouent. Sa formation (Genç Parti - Parti jeune) recueille moins de 3% des suffrages. Le parti avait pourtant promis, dans un élan populiste, une abolition de l'examen d'entrée à l'université et la baisse de l'essence à 0,50€ le litre pour les paysans. La réputation du leader du Genç Parti, Cem Uzan, a sans doute une part de responsabilité dans cette déroute : il est poursuivi dans diverses affaires civiles ou pénales concernant des accusation de fraude ou de racket.

Un « nouveau riche » à l'image sulfureuse

L'aura d'Ibrahim Tatlises s'est aussi ternie depuis le début des années 2000. En 2003, il avait déclenché une vague d'indignation chez les nationalistes en interprétant une chanson kurde dans son émission IBO Show. Il met fin à la polémique en 2005 en déclarant lors d'un concert dans la capitale du Kurdistan Irakien, à Erbil : « Mon père est turc, ma mère kurde, moi je suis Turc, fils de Turc ».

Dans un autre registre, ill fait régulièrement la Une des journaux pour ses histoires d'amour tourmentées et les mauvais traitements qu'il infligerait à ses compagnes. En 2002, une de ses ex est blessée par balle après avoir donné des interviews dénigrant son ancien amant. Touché dans son honneur, Ibrahim Tatlises l'aurait mise en garde puis serait passé à l'acte après une ultime provocation de son ex-compagne. Aucune accusation n'est retenue contre lui par la police car entre temps un fan s'est déclaré coupable, il n'aurait pas supporter que l'on porte atteinte à son idole.

Canim Dediklerim, chanson de Ibrahim Tatlises avec images du film Allah Allah

1Commentaire d'Aicha d'Algérie. Le 27 janvier 2009 à propos d'un article sur Ibrahim Tatlises sur mon blog : lebainturc. blogspot.com.

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