Le Parlement européen à Istanbul !

Ce n'est pas un poisson d'avril, les députés européens ont posé leurs valises au bord du Bosphore du 22 au 27 avril dernier.

Ce n'est pas un poisson d'avril, les députés européens ont posé leurs valises au bord du Bosphore du 22 au 27 avril dernier. Sauf que, au lieu de Daniel Cohn Bendit, de Jean-Marie Le Pen et de leurs camarades, ce sont des étudiants de toute l'Europe qui se sont assis dans ce mini parlement européen délocalisé à l'Université Galatasaray d'Istanbul.

Costard, cravate et attaché-case, tailleur de rigueur chez les filles, la fonction politique commence par l'apparence mais va bien au-delà pour les jeunes participants de l'Euroforum 2009 d'Istanbul, « avoir un tel rôle, c'était une grand responsabilité et une émotion particulière, qui m'a fait penser aux valeurs d'égalité et de liberté », déclare Can, 19 ans, député libéral de l'ALDE* et étudiant en Relations Internationales dans la vraie vie.

 

L'Euroforum de l'Université Galatasaray en est à sa neuvième édition. C'est une simulation de négociation européenne avec un parlement, un conseil européen (pouvoir exécutif) et un conseil économique et social dont le rôle est consultatif. Comme les vrais institutions, les 200 étudiants des quatre coins de l'Europe ont débattu pendant cinq jours sur les sujets actuellement en discussion chez les grands et ont rendu leurs décisions, qui ont été communiquées aux instances bruxelloises.

 

« Les citoyens européens ne sont pas encore prêts pour une Union plus "politique" »

 

Parmi les eurocrates en herbes, une cinquantaine de turcs sans complexes par rapport à leurs homologues de l'Union Européenne : « J'ai remarqué combien nous nous ressemblions! Nous avons des espoirs, des projets pour le futur, un goût similaire pour s'amuser ! », s'enthousiasme Elif, 21 ans et aussi étudiante en relations internationales à l'Université Galatasaray. Et Can de renchérir : « Nous nous sentions semblable. Comme un poète turc avait l'écrit : ...et on a fait la plus grande faute / en divisant le monde en différentes parties...»

 

Un vers que devrait sûrement méditer Nicolas Sarkozy lors du choix de sa prochaine tête de turc. Car il fut un temps où la France était un idéal pour la Turquie. Fondé en 1481 pour former les cadres de l'Empire Ottoman, le lycée Galatasaray est remanié totalement au XIXème siècle pour suivre le modèle français. Une influence qui pénétra tout le système éducatif. L'Université Galatasaray créée en 1992 se réclame toujours de la fameuse devise : « la fenêtre sur l'Occident ».

Actuellement, Bruxelles a guère de mal à susciter plus d'espoirs que Paris, « Je pense que l'adhésion de la Turquie à l'UE sera très avantageuse pour les deux parties, affirme Can, car la Turquie a un vaste héritage culturel, des matières premières et est un pays très jeune. L'UE, de son côté, a les hautes technologies. C'est comme posséder tous les instruments pour jouer de la bonne musique. »

Elif se montre plus circonspecte : « La Turquie n'est pas encore prête pour rejoindre l'Union. L'Europe parle des insuffisances économiques et démocratiques. Mais ce n'est pas le seule problème : la majorité des citoyens turcs refusent une telle adhésion. » Face à ce qu'ils considèrent comme un jeu de dupes, de nombreux turcs préfèrent tourner le dos à l'Europe, lassés des provocations de Sarkozy et consorts.


Bien qu'europhile au point d'envisager une carrière dans une organisation européenne, la jeune Elif reste très lucide sur les véritables barrières que doit surmonter l'UE : « Je pense que les citoyens européens ne sont pas encore prêts pour une Union plus "politique". L'idée d'une Constitution est aussi à retravailler. »

 

*Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe. Le MoDem en fait partie.


 

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