Un nouveau Godzilla sur fond de radioactivité

Godzilla, l'alliance du non-humain et de l'avidité.

Le dernier remake de " Godzilla " se prépare à envahir nos écrans. Il sort tout droit d'Hollywwod, la machine à films la plus performante de la planète et aussi la plus susceptible de propager, de par le monde, les images qu'elle confectionne avec un soin jaloux et obsessionnel et celles qu'elle affectionne tout particuliérement.

Godzilla, le non-humain, monstre jailli des éléments, de l'eau, plus exactement de la mer, dissimulé en son sein bleuté, Godzilla, figure emblématique de l'Empire du Levant, du Japon, par deux fois foudroyé par le souffle nucléaire, Godzilla, symbole de destruction et de terreur, Godzilla, le monstre issu de l'union probablement contre nature d'un singe gigantesque et d'une baleine, d'un des nombreux capitaines Achab qui courent et défigurent le monde et de Moby dick,  d'un caïman et d'un orang-outan, du non-humain et de l'intelligence avide, de toutes les peurs les plus enfouies de l'homme et de leurs réalités innombrables qui le menacent, Godzilla qui terrorise, réjouit et séduit tous les enfants qui l'adoptent dés son apparition et en font leur héro et leur compagnon de jeu, Godzilla nait là, où depuis des mois, des années, des vents d'abord,  puis des déchets radioactifs, des miasmes mortels, nucléaires en tout genre et en déshérence maritimes et hasardeuses s'échouent sur toute la longueur de la côte Ouest, et portent doucereusement, insidieusement et très silencieusement la mort et l'horreur jusque dans le ventre des femmes qui s’apprêtaient, s’apprêtent, et s’apprêteront à enfanter, le Godzilla, millésimé 2014, bien que né dans les studios de cinéma de sa capitale mondiale, prend ses marques et respire les terreurs légitimes qu'inspire au monde entier, qu'inspire à toutes les populations de la planète, moins aux responsables des gouvernements, qu'ils ont pour la grande majorité des pays, pourtant élus, et qui, pour, par exemple, les responsables européens, n'ont eu, après avoir, immédiatement après la catastrophe, revu à la hausse les seuils minimum de radioactivité  autorisés, et, donc, devenus,miraculeusement tolérables par les populations, des produits importés dans l'UE depuis l'archipel, n'ont eu de cesse de prôner et d'imposer des politiques favorables à l'énergie nucléaire, qu'inspire, donc, au monde entier, qu'inspire, donc, à toutes les populations de la planète, la catastrophe de Fukushima consécutive à, entre autres, les quelques grandes vagues, probablement crées par le réveil brutal et soudain, quelque part au fin fond des entrailles de la mer du Japon, par le réveil de Godzilla,  le grand singe reptilien des peurs avérées réelles et bien formidablement concrètes, les quelques grandes vagues qui ébranlèrent la centrale de Fukushima Dai-ichi, et par voie de conséquence et contrecoup, le reste de la planète, et l'avenir de combien de millions par dizaines de personnes, pas toutes encore nées, dans combien de pays, pourtant situés à l'autre bout, de l'autre coté du monde, du monde menacé, menacé par son inconséquence protéiforme, menacé gravement et dans son entièreté.

Le film commence par un accident catastrophique qui se déroule dans une centrale nucléaire au Japon, catastrophe provoquée par un séisme majeur.

C'est le réalisateur britannique Gareth Edwards - on lui doit Monsters, film indépendant et réussi, film de SF, qui le fera connaitre - qui s'y colle.  " Le propos du film n'est pas la catastrophe de Fukushima, mais il soulève certaines questions que je me pose à ce sujet ".

Du haut de ses plus de cent mètres, généré par ordinateur, le millésime 2014 du monstre marin, qui a inspiré pas moins d'une trentaine de titres au Japon, est, dores et déjà, avec l'efficacité - et c'est une première - de sa version 3D,  prêt pour s'en venir terroriser nos villes.

L'acteur japonais Ken Watanabe, qui joue le rôle d'un scientifique, s'est dit préoccupé par la façon dont les personnes touchées par la tragédie de Fukushima réagiront au film, qui présente des scènes d'un effondrement catastrophique d'une centrale nucléaire.

" Mais j'ai réalisé que je dois relever le défi comme un acteur japonais" a déclaré Watanabe. 

Le premier Godzilla  - film délicatement ciselé, à l'époque, par la censure pour ne pas trop indisposer l'Ami Américain -  Ishirō Honda le réalise, a été inspiré par l'exposition d'un bateau de pêche japonais, un thonier, le Daigo Fukuryu Maru, au rayonnement d'un essai américain d'armes nucléaires sur l'atoll de Bikini en 1954. 

La cérémonie du lézard peut commencer. Le film sortira en salles dans 63 pays à la mi-mai et au Japon le 25 Juillet. 

Quant à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, elle suit son cours. Elle court toujours.

Le petit lézard pernicieux et invisible de la radioactivité poursuit impunément sa course et la poursuivra encore longtemps ... Longtemps, longtemps, longtemps ... 

Et personne pour en sembler relever réellement le défi, peut-être insoluble, qu'il pose. 

 

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