Les victimes de la catastrophe de Fukushima

Le terrible accident nucléaire de Fukushima a eu lieu il y a presque 18 mois. Il y a eu de nombreux rapports relatant les quantités astronomiques de radioactivité qui se sont échappées dans les airs et dans l'océan. Des niveaux inhabituelement élevés dans l'eau, l'air et dans les sols qui se conjuguent à des composants chimiques hautement toxiques dans la nourriture, qui pourtant ont reussi à «passer» les inspections sanitaires du gouvernement japonais sans être interdites comme cela a été fait pour certains aliments.

Les rapports qui traitent des effets des expositions aux radiations sur la population japonaise sont ostensiblement absents. Y-a t-il eu des publications de santé officielles qui ont publiquement annoncé le nombre de foetus morts prématurément, de mortalités infantines, de naissances prématurées, de malformations congénitales, de cancers, ou de tout autres affections sanitaires postèrieures au 11 mars 2011 ? La réponse jusqu'à présent est un «non» catégorique.

Ce silence prolongé ne signifie pas pour autant que les données n'existent pas. Les responsables de santé publique japonais ont été occupés par leurs fonctions habituelles en collectant et publiant des statistiques sur internet afin d'être consultables par tout le monde. C'est juste qu'ils n'attirent pas l'attention du public sur ces chiffres. C'est donc le public qui doit trouver les informations et découvrir ce que cela veut dire. Après avoir localisé les sites web, traduit du japonais, ajouté des données sur 12 mois, fait quelques calculs, le taux de mortalité au Japon après Fukushima apparaît.

Le Ministère de la santé du gouvernement japonais a publié mensuellement les décès estimés pour les 12 mois avant et a près Fukushima, pour la totalité du Japon. Ce sont des chiffres provisoires, mais l'historique de ces estimations a toujours été excellent par rapport aux chiffres définitifs. Un examen plus poussé de ces chiffres est nécessaire.

Le nombre total de décès a augmenté de 4,8%, comparé à l'augmentation habituelle de 1,5% par an. Il y a environ 1,2 millions de japonais qui décèdent chaque année, et il a été relevé un excés de 57,900 décès. L'augmentation du nombre de décès dûs à des causes accidentelles a augmenté de 19,200, ce qui est proche du nombre de personnes directement tuées par le Tsunami et le tremblement de terre. Mais il reste toujours un excès de 38,000 japonaises et de japonais décédé(e)s sans aucune cause apparente.

Le rapport fournit les nombres des 12 principales causes de décès, ce qui représent 80% des décès au Japon, incluant les maladies du coeur, les crises cardiaques, les cancers et les pneumonies. Ils ont tous augmenté ces dernières années à l'exception des homicides et des suicides. La catégorie «autre», qui est un condensé de toutes les autres causes a augmenté de 5,9%. La plus forte hausse est apparue juste après la castrophe de Fukushima, entre mars et juin 2011, (comparé à la même période en 2010), un résultat comparable à celui-ci a été trouvé dans un article de décembre 2011 sur les décès aux états-unis dans un article que j'ai co-écrit avec le docteur Janette Sherman dans le International Journal of Health Services.

Personne ne devrait tirer des conclusions hatives en affirmant que les 38,700 japonaises et japonais sont décédés à cause de l'exposition aux radiations un an après la catastrophe de Fukushima. Plusieurs opérations doivent survenir avant. Il faut d'abord attendre que les chiffres définitifs des décès soient publiés, ce qui devrait être fait au courant de l'année prochaine. Le nombre de décès et maladies parmi les enfants qui sont plus susceptibles à l'exposition aux radiations doit être rendu public. Le nombre de morts par région doit être rendu public, l'exposition aux radiations dûes à Fukushima devrait probablement montrer un taux de mortalité bien plus élevé dans les zones les plus proches de la centrale nucléaire endommagée. Le nombre de morts doit être converti en taux, en tenant compte du moindre changement dans la population.

D'autres facteurs potentiels doivent être pris en compte avant qu'une augmentation du taux de mortalité soit prise en considération. Par exemple, il y a t-il eu des épidémies létales après le 11 mars 2011 ? Est-ce que l'accès aux soins a été réduit après le tremblement de terre et le Tsunami ? Des changements dans les taux de mortalité ont souvent plus d'une seule cause qui y a contribué.

L'élément final nécessaire avant de tirer des conclusions est la patience ; les statistiques sur l'état civil doivent continuer à avoir un suivi et être comparées avec les expositions des japonaises et des japonais aux radiations. Un an après la catasdtrophe de Tchernobyl, qui avec Fukushima sont les deux catastrophes nucléaires les plus importantes de l'histoire, aucun examen des décès survenus parmi les citoyens soviétiques (Ukraine, russie et biélorussie actuelle) proches de la zone contaminée a été réalisé, et, des années après, seulement 31 secouristes qui sont morts en essayant d'éteindre le feu du réacteur à l'air libre ont été reconnus comme les seules victimes.

On a avancé rapidement, 20 ans plus tard, avec la publication en 2009 du livre de l'Académie des sciences de New York. Une équipe de chercheurs russes, dirigés par le Dr. Alexey Yablokov, a publié les résultats de 5,000 rapports et articles sur Tchernobyl, dont de nombreux documents en russe jamais publiés auparavant. L'équipe de Yablokov a conclu que, près de Tchernobyl, une augmentation des maladies et des décès avait été observé pour pratiquement tous les organes du corps humain. Ils ont éstimé que 985,000 personnes étaient décédées à cause des expositions à Tchernobyl avant 2004 et que beaucoup d'autres décès allaient suivre.

Il ne fait aucun doute que même si les études continuent à Fukushima et qu'elles sont conduites d'une manière objective, cela prendra des années avant que le nombre de décès soit connu. Cependant, une estimation précoce de 38,700 décès en plus inexpliqués au Japon en juste une année doit être pris au sérieux en soulignant la nécessité d'études de santé publique conduites en priorité sur Fukushima, au Japon et dans toutes les autres pays touchés par la catastrophe.

Joseph J. Mangano, MPH MBA, Directeur général de the Radiation and Public Health Project de New York.

Source : http://www.counterpunch.org/2012/08/15/fukushimas-nuclear-casualties/

http://nuclear-news.info/2012/08/16/need-to-carefully-monitor-diseases-and-deaths-from-fukushima-radiation/



 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.