La création d'un site de déchets radioactifs dans la forêt de Yaita (Préfecture de Tochigi - Japon) provoque la colère des habitants locaux.

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Le gouvernement central japonais a décidé d'utiliser la forêt Nationale de Yaita, Préfecture de Tochigi, pour stocker les cendres radioactives et autres déchets toxiques issus de la catastrophe nucléaire survenue le 11mars 2011 à la centrale nucléaire de Fukushima. Le maire de la ville voisine n'a été prévenu par les autorités qu'une heure avant l'annonce officielle du choix du site par le gouvernement. Yaita Tadashi Endo, maire de Yaita, a amèrement regretté l'attitude du gouvernement nippon : « J'étais vert de rage. Nous aurions du être consulté au préalable. »

Après l'annonce du gouvernement japonais de sortir du nucléaire d'ici à 2030, annonce déjà sensiblement remise en cause depuis, les autorités japonaises continuent à pratiquer l'omerta sur toutes les questions ayant attrait au nucléaire en ne consultant pas au préalable les populations locales directement concernées. Populations qui n'ont d'autre choix que d'accepter d'avoir des véritables dépotoirs hautement radioactifs dans leur région.

Plusieurs préfectures concernées par de futurs lieux de stockage de déchets radioactifs voient l'inquiétude grimper en attendant l'annonce des lieux qui seront choisis. Mais les populations locales n'ont pas le choix à part signifier leur peur, leur mécontentement et leur opposition.

La forêt d'Etat de Yaita devient donc, de fait, la première poubelle nucléaire choisie par le Ministère de l'Environnement japonais le 3 septembre 2012.

Katsuhiko Yokomitsu, le vice Ministre de l'Environnement a visité la ville immédiatement après l'annonce du choix du site pour apporter des explications, mais le maire de la ville a rejeté d'un bloc de le recevoir et n'a pas hésité à montrer sa fureur due à la gravité d'une telle décision.

Les habitants et les différentes communautés de la ville de Yaita se sont jointes aux protestations de leur maire en organisant dans l'urgence une réunion le 13 septembre 2012.

« Yaita n'a pas besoin de « structures néfastes » qui vont avoir un impact sur l'environnement » a déclaré un des participant à la réunion. « J'ai été pris par surprise et cela m'a plongé dans une colère noire » rajoute un autre.

Les participants ont confirmé leur opposition au choix du gouvernement central de faire de la forêt de Yaita un site de déchets nucléaires et ils ont décidé dans la foulée de réunir des signatures et de lancer une pétition afin de stopper la construction.

Le Gouvernement central japonais veut confiner les déchets nucléaires radioactifs dans des lieux choisis à cet effet. Les déchets concernés sont les cendres provenant de déchets incinérés qui contiennent plus de 8,000 becquerels ou plus de césium radioactif par kilo, les pailles de riz et tout ce qui contient une concentration de césium.

Environ 43,000 tonnes de déchets radioactifs ont été générés dans 9 préfectures depuis le début du mois d'août 2011. dans les huit préfectures autres que celle de fukushima, tous les déchets radioactifs vont entre renvoyés au sein des préfectures dont ils sont originaires.

D'autres sites devraient êtres crées rapidement dans 5 de ces préfectures : Miyagi, Ibaraki, Tochigi, Chiba et Gunma. Le ministère de l'environnement a planifié de créer un site final sur un terrain appartenant à l'Etat sur l'une de ces préfectures.

Le Ministère prévoit d'annoncer les sites retenus avant la fin du mois de septembre pour 4 de ces préfectures à l'exception de celle de Gunma, ou la décision est remise à plus tard.

Le Ministère a prévu de commencer la construction dés l'été prochain et les déchets commenceront à être transférés dans ces sites durant l'été 2014.

Le Ministère de l'Environnement a fait le choix du site situé dans la Préfecture de Tochigi parmi les diverses forets appartenant à l'Etat. Le site de Yaita est un immense territoire qui a l'avantage de posséder des nappes phréatiques très profondes (sic) selon le Ministère.

Mais un barrage d'irrigation se trouve en aval du site. Beaucoup de résidents redoutent la publicité négative pour les produits fermiers locaux.

« Nous ne pouvons faire confiance aux argument du gouvernement en matière de sûreté nucléaire" rajoute un des habitants.

Le montant des déchets radioactifs « désignés » pour le site se monte à 4,000 tonnes et pourrait atteindre les 9,000 tonnes. Le Gouverneur de la Préfecture de Tochigi, Tomikazu Fukuda a insisté sur le fait qu'il était absolument nécessaire que la Préfecture dispose d'un tel site.

Fukuda a proposé de rencontrer le maire de Yaita le 10 septembre afin de lui communiquer les détails du plan gouvernemental mais celui-ci a rejeté toute rencontre.

La situation est plongée dans une impasse totale.

Le Ministère de l'Environnement a choisi de ne pas informer la mairie de Yaita au préalable afin d'éviter que l'information ne filtre et que les médias ne s'en empare ce qui aurait pu avoir pour conséquence de créer de la désinformation (sic) et d'engendrer une opposition au projet.

« Si une notification préalable nous aurait assuré que notre proposition soit acceptée, cela aurait été parfait, mais personne ne pouvait dire si cela aurait fonctionné » a ajouté un haut fonctionnaire du Ministère au sujet du retard de l'information. « Nous somme vraiment désolé nous aussi ».

Légalement, la construction d'un site de déchets radioactif permanent ne requière pas l'autorisation de la mairie mais le Gouvernement préférait avoir l'accord de celle-ci.

Le Ministère a prévu d'annoncer les sites candidats pour les préfectures de Miyagi, Ibaraki et Chiba avant la fin du mois de septembre alors que des dépôts provisoires continuent à se remplir dans certaines aglomérations.

Les gouvernements locaux des trois préfectures concernées ne cachent plus leur nervosité.

« Nous n'avons rien entendu sur ce sujet du gouvernement central japonais », a ajouté un fonctionnaire de la préfecture de Miyagi.

Les autorités locales s'opposeront à accueillir un site permanent, quoi qu'il arrive », a dit un des hauts responsables de la municipalité de Tome, Préfecture de Miyagi, qui est déjà bloquée avec 2,000 tonnes de pailles de riz radioactives. « Mais sans un site de stockage nous ne savons pas ou nous pourrons mettre notre paille de riz ».

Pendant ce temps, le Gouvernement de la Préfecture de Gunma, qui avait au départ prévu de créer des sites de déchets nucléaires dans toutes les municipalités ou était déjà entassé des déchets radioactifs, a abandonné son plan initial en décidant de suivre les recommandations du Gouvernement central afin de regrouper tous les déchets radioactifs existants dans un seul et même site. Le plan originalement prévu avait été fortement rejeté par les six municipalités concernées qui avaient argumenté en disant qu'elles ne pourraient jamais obtenir l'accord de leurs administrés.

Le Ministère de l'Environnement va dans les plus brefs délais essayer de trouver un candidat pour un futur site à la Préfecture de Gunma. Le Ministère n'a pas communiqué en amont sur sa décision de trouver des sites et malgré l'impopularité de la méthode employée, le le vice Ministre de l'environnement Yokomitsu a declaré « Je ne dirais pas que c'est la meilleur des méthodes mais nous allons continuer exactement de la même façon dans le futur ».

Le 21 Septembre 2012 – The Asahi Simbun

Source : http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201209210009

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