Ces petits gestes qui réchauffent.

Voilà que certaines choses s’installent sans que tout le monde ne s’en préoccupe vraiment, faute probable au manque d’explications. Je ne ferais pas mieux dans ces lignes et la meilleur des choses est encore de prendre un exemple, qui n’a rien de quelconque, et de tenter d’en faire la photographie : la semaine dernière, des militants, les plus radicaux peut-être, ou les moins fatigués – à moins qu’il ne s’agisse des plus fatigués – ont tenu le siège de la direction départementale de La Poste. Un conseil de discipline s’y déroulait. Il a duré seize heures. Seize heures durant lesquels il nous fallut attendre dehors, dans le froid, que les camarades aient fini de négocier – en sueur, à l’intérieur. Auditions de témoins à charge, à décharge, questions multiples. Tout cela sans qu’il soit possible aux témoins, aux syndicalistes, de sortir du bureau d’audience. Certains d’entre nous, sensibles aux Droits de l’Homme, se sont interrogés sur la légalité de ce procédé.

Sept heures du matin, le soleil se lève, nous sortons de notre torpeur pour écouter les camarades nous expliquer les résultats obtenus : il n’y a pas eu bousculade, La Poste admet qu’il n’y a pas eu bousculade entre Christophe et sa supérieure, mais une simple et vive discussion, sans le moindre contact physique. Important. Important, car c’est sur la base de cette affabulation que La Poste avait à l’origine requit la suspension ferme du postier pour deux ans. Deux longues années. Si notre camarade s’était rendu coupable de violence, de vol ou l’on ne sait quoi d’autre durant son service, on eût pu comprendre certaines positions, certaines attitudes, mais ici personne pour affirmer qu’il y eût violence. Absolument personne hormis la supérieure en question. S’il avait été coupable, d’ailleurs, peut-être la mobilisation de ses collègues n’aurait pas été si massive. Il ne s’agissait donc de rien d’autre qu’une accusation lancée pour blesser, pour déstabiliser, rien qu’une vulgaire tentative de pression sur l’ensemble des salariés. Car il faut noter que Christophe sera malgré tout condamné ; et cela par un système juridique propre à la fonction publique et particulièrement alambiqué – dont je ne prétendrai pas avoir saisis tous les méandres. Christophe sera donc condamné, même si la peine est amoindrie.

C’est une méthode bien usée qui est utilisée ici : on prend un salarié, élu de préférence, on accuse, de tout, de rien, et l’on attend que les autres salariés prennent peur, se démobilisent ou laissent faire l’injustice en regardant passer les hirondelles. Ce ne fût pas le cas cette fois-ci, c’est sûr. Deux cents cinquante personnes étaient présentes ce jour-là : l’ensemble des représentants de la CGT, très massivement présente, la CFDT et SUD-PTT. Une belle palette malgré l’absence totale et très remarquée de Force Ouvrière. Ce petit monde pour soutenir un salarié et dire comment l’idéologie développée par La Poste ne peut se répandre à ce point sans qu’il lui soit opposé une autre vision de l’avenir, une autre idée du monde, une autre idée de l’Homme. Il faut ici redire la politique affichée de La Poste. Car une telle mobilisation ne vient pas de rien, il suffit pour l’expliquer de noter la prise de conscience des Maires de France à l’encontre d’une décentralisation lue de travers. Il y à en effet péril en la demeure : plus de boulangerie, plus de tabacs, plus d’école, plus de poste. Que sera le village de demain ? Quel projet de société avons-nous ? Quel monde allons-nous laisser au gosse qui dort dans la poussette d’à côté ? L’heure du choix se dessine, n’en doutons pas.

Oui c’est un choix qu’il nous faut faire dès maintenant. Et la semaine passée j’ai vu la solidarité servir tout autant l’idéal d’une société plus juste qu’un ensemble de gestes simples vers l’autre. Ces gestes qui réchauffent aussi bien celui qui fait ces petit gestes que celui qui en reçoit les bénéfices. Ces gestes dépourvus de calcul, ces gestes gratuits dont on sait qu’ils permettent l’avenir bleu ciel.

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