L'Europe "contre-puissance".

A l’heure où se construit l’Union Européenne puissance, puissance « contre-puissance », nous pouvons constater que nous n’avons rien inventé de plus que nos contemporains d’outre-atlantique. Nous n’avons jusqu’alors rien inventé de bien nouveau, nous nous sommes laissé prendre au jeu, plus subtile qu’il n’y parait, de la seule toute puissance comme élément salvateur, de la sainte croissance du tout bénéfice : notre crucifix à nous. Nous n’avons pas su inventer autre chose, proposer autre chose. Nous n’avons pas su -inventer, proposer une autre Europe qui ne soit contre-Amérique. Cela devrait nous rendre humble. Car il existe une autre Amérique tout autant qu’il existe une autre Europe possible. Entre ces deux Amériques, entre ces deux Europes, ce sont deux visions qui s’affrontent, deux mondes possibles, deux rêves bien distincts. Deux actions bien différentes.

Ces actions, il nous faut désormais les poser, il nous faut les imposer. Il n’est plus d’alternative, nous n’avons plus le choix. Il est urgent que se réveillent nos vieilles et saines utopies, nos rêves, nos idéologies. Car en face, point de répits, point de poses. La guerre est là, s’installe. Et pour longtemps. Nous en serons les victimes prochaines si nous ne réagissons pas. Il est urgent d’agir. Ici s’impose la militance, les défilés sous la pluie, le soleil ou la neige. Nous allons devoir nous battre. Contre ces idéologues, contre ces idéalistes. Avec nos rêves et nos idéologies. Car elles ne sont pas mortes, souvenez-vous, elles ne font que sommeiller en attendant qu’on les secoue un peu, qu’on les réveille. Oui, il n’est d’autres espoirs de se sauver hors le fait de faire brusquement renaître ce que l’on croyait définitivement enterré : nos rêves d’impossible. Nos rêves jugés impossibles.

Dans le trou noir où nous sommes échus relire Breton, Aragon, Camus, Foucault s’impose plus que jamais. Après tout, pourquoi pas ? Se reprendre une bouffée d’oxygène pure, celle de nos quinze ans. Celle où nous ne savions que rêver d’éternel, d’avenir radieux, d’amour des peuples, de libération des peuples. Non, tout cela n’est pas mort.

Alors, contre l’Amérique-puissance et contre l’Europe-puissance, ces deux clones, il n’est pas trop tard pour dire tout autant notre désarroi que notre colère, il n’est pas trop tard pour affirmer notre opposition, il n’est pas trop tard pour montrer notre détermination à voir se développer des solutions alternatives à la haine et au mépris.

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