Une guerre de principe ?

On peut être ou ne pas être en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. On peut aussi y être indifférent. On peut aussi y être indifférent. Mais force est de constater que cette éventuelle entrée de la Turquie dans l’Union Européenne soulève de nombreuses et très intéressantes questions, telles que celles-ci – la liste n’est en rien exhaustive : l’Europe a-t-elle vocation à devenir un « club chrétien » ? Qu’est-ce que la laïcité ? Qu’est-ce que l’occident ? L’orient ? L’islam ? Le christianisme ? Où voulons-nous situer nos frontières ? Où, d’ailleurs, la Turquie se situe-t-elle dans ce flot de questions, dans ce flot de frontières ? Où se glisse-t-elle dans l’idée encore à la mode de « choc des civilisations » ? On le voit, il ne sera pas possible de traiter ici l’ensemble des questions posées. Mais il faut bien commencer.

J’ai retrouvé un entretien que Alain Finkielkraut avait accordé au « Midi-libre » - on voit que l'homme a évolué !... - voilà déjà de cela six ans : entre l’islam et l’occident il existe, et là je cite : « une guerre de principe ». D’où il découle nécessairement ce fameux « choc des civilisations ». Ici, pourtant, beaucoup ne voient que bien trop réellement les conséquences d'un choc des incultures. Ici beaucoup ne voient que ce qu'il est convenu d'appeler un « communautarisme des différences » au dépend d'un pourtant nécessaire « communautarisme des ressemblances ». Car nous étions, nous sommes nombreux à n'imaginer que difficilement la pertinence d'une analyse qui puisse encore être à ce point dualiste. Voilà pourtant ce que disait Monsieur Finkielkraut le 20 Juillet 2002. De principes. Une guerre. On méditera. Notamment sur le besoin, c'est toujours d'époque, de se rassurer à l'idée de pouvoir mettre enfin un nom à l'ennemi. Mais aussi hélas des visages et des moeurs. Alors, s'il est bien réel qu'est grand le désarroi dans lequel nous sommes, grandes les interrogations et difficile de cerner parfois ce à quoi il nous faut être utile, il ne saurait être question de remettre en cause l'obligation que nous avons de nous opposer à tout dangereux manichéisme, à toute réflexion facile, à toute analyse atteinte d'étrange cécité.

En ces moments de larmes et de hurlements qui partout se font jour de part le monde, il faut dire nos ressemblances et nos désirs de paix. Tant la paix ne naît jamais que du désir de paix. On croit rêver d'avoir à le rappeler, et on en rirait presque. Mais souvenez-vous : « une guerre de principe ». C’est indubitablement pathétique. Quoiqu'il en soit, il est certain qu'avec un tel raisonnement, on ne peut s'étonner des suites alarmantes qui on été données en réponse au déjà trop fameux 11 septembre 2001. En effet n'est-ce pas ici, par exemple, la rencontre de l'obscurantisme le plus glacial et d'un amas de bêtises insondable – qui, soit dit en passant, se définit lui-même comme « le plus fort avec les plus gros bras » - qui pose problème, bien plus qu'un hypothétique « choc des civilisations » occidentales et musulmanes ? D'ailleurs, de nouveau, qu'est-ce donc que « l'occident » ? Et « l'islam » ? Et quel étrange endroit où situer la fracture et à ce point faire fi de tant d'acquis communs, partagés. Dans la guerre ou dans la paix. Et depuis si longtemps. Quel didactisme en effet dans la définition de ce que nous sommes, de ce qu'est l'autre !

C'est à cette question que "l'union pour la méditérannée" ne répond pas.

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