Billet de blog 17 févr. 2017

MELENCHON, un social-démocrate (mal) repenti

« Renégocier les traités européens ou quitter l’Europe si impossible » avance Mélenchon. Mélenchon qui est un orphelin du traité de Maastricht dont il fut, en 1992, un ardent défenseur. Usant de toute sa rhétorique, il expliqua que ce traité allait donner prise à « l’Europe sociale », par on ne sait quelle alchimie.

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 En 2010, il constate l’échec du traité de Maastricht qui n’aura pas tenu on ne sait quelle promesse sociale. Auparavant, en 2005, Mélenchon, encore apparatchik du PS, fait un pas en avant, on menant campagne pour le non au traité constitutionnel européen. Puis, aussitôt, deux pas en arrière, en soutenant la « synthèse » de Hollande entre les « Oui » et les « Non », bien que le non, dans le pays l’ait emporté haut la main et bien que Hollande ait, avant le référendum du 29 mai 2005, fait la une de Paris Match, la main dans la main, avec Sarkozy.

  Mélenchon, produit de synthèse

 Mélenchon qui passait pour être de « la gauche du PS » s’en expliqua : « Par exemple, on me demande pourquoi j’ai « fait allégeance » à François Hollande, ou bien d’autres choses dans ce registre. Une synthèse dans un congrès socialiste ce n’est pas cela. En votant un texte de synthèse, personne ne renonce à son point de vue ou à son identité culturelle dans le mouvement socialiste. La synthèse désigne la mise au point d’un texte d’orientation qui devient commun à ceux qui l’amendent. On part de la motion qui a recueilli le plus de voix, et on discute pour voir si ce qui parait essentiel à chacun peut se retrouver dans un même texte. C’est ce qui a été fait. Il fallait ensuite savoir si j’approuvais ce compromis. C’est ce que j’ai fait avec la quasi-totalité des congressistes. Je l’ai fait parce que sur un point décisif à mes yeux j’obtenais gain de cause. Je parle, bien sûr, du refus de signer la Constitution européenne au lendemain de la prochaine élection présidentielle » 1

 Mélenchon aurait dû être marchand de sable dans le désert. La synthèse fut le tremplin vers le traité de Lisbonne voté de concert par les parlementaires PS et UMP.

 L’UE : on y reste ou…on y reste

 C’est dire que Mélenchon a changé sans changer. La renégociation des traités, c’est leur mise à jour. Tonitruant, cet animal politique lance alors la paraphrase au goût vert de gris « l’Europe, on l’aime ou on la quitte », identifiant au passage l’Europe à l’UE, qui n’est pas l’Europe, mais ce que Lénine aurait appelé « une caverne de brigands » à l’instar de la SDN 2 .

 L’UE, ce n’est pas un continent : ce sont des institutions, des traités, des directives, des diktats impérialistes qui lient une partie des États du vieux continent sous la botte et le fouet des cercles dirigeants du capital financier 3 .

 Rompu à l’art de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, #JLM2017 affiche la posture de l’ennemi juré de « cette Europe-là ». Mais, le programme de LFI montre qu’il reste attaché à l’UE. Non sans contorsions, il est vrai.

 « Plan A : Proposer une refondation démocratique, sociale et écologique des traités européens par la négociation. »[…] Appliquer un « plan B » en cas d’échec des négociations ».

Essayons de voir la consistance de ce fameux plan B :

 « - Stopper la contribution de la France au budget de l’Union européenne (…)

 - Réquisitionner la Banque de France pour transformer l’euro en monnaie commune et non plus unique

 - Mettre en place un contrôle des capitaux et des marchandises aux frontières nationales pour éviter l’évasion fiscale des plus riches et des grands groupes (…) » 4

 Plan B, politique fiction

 Ainsi, le très hypothétique gouvernement LFI commencerait par négocier une « refondation des traités », accordant ainsi aux commissaires de l’UE le temps d’organiser toutes les pressions pour amener le gouvernement Insoumis à se soumettre. Mais, dans ce scénario de pure politique fiction, Mélenchon ne capitulerait pas. Il serait plus vaillant que Tsipras en 2015 qui était allé à Canossa. S’appliquerait alors le plan B. Nous avons bien lu, ce plan très subtil ne prévoit pas de sortir de l’UE. Pas de Frexit en vue. Pas question non plus de remiser l’Euro laquelle, comme par enchantement cesserait d’être une monnaie unique pour devenir une monnaie commune (d’ici là, Mélenchon nous aura expliqué la différence entre « commune » et « unique »). Pas question de RENATIONALISER la Banque de France, non plus. C’est une simple réquisition, c’est-à-dire une sorte de mesure conservatoire provisoire.

 En un mot comme en mille, les plans de JLM, c’est du pipeau.

  La Commune, 31/01/2017

  1. http://www.jean-luc-melenchon.fr/2005/11/23/a-propos-de-la-synthese/

 2. SDN – Société des nations formée au lendemain de la première guerre mondiale, ancêtre de l’ONU.

 3. Capital financier : résultante de la fusion entre le capital bancaire et industriel.

 4. L’avenir en commun- Programme de la France insoumise- adopté lors de la convention des insoumis réunie à Lille les 14 et 15 octobre 2016.

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