« Pareille au printemps je t'imagine, semblable à Diyarbakir »

Je ne suis jamais allée en Turquie, mais, comme tout le monde, j'ai une idée assez précise de ce à quoi elle peut ressembler : Istanbul, les coupoles vertes de Sainte-Sophie, la mer de Marmara, les bords de la mer Noire, les grottes de Cappadoce...

Je ne suis jamais allée en Turquie, mais, comme tout le monde, j'ai une idée assez précise de ce à quoi elle peut ressembler : Istanbul, les coupoles vertes de Sainte-Sophie, la mer de Marmara, les bords de la mer Noire, les grottes de Cappadoce...

Livre de Seyhmus Diken. © Seyhmus Diken - Editions Turquoise Livre de Seyhmus Diken. © Seyhmus Diken - Editions Turquoise

 

Ce que j'ai vu dans des films, dans des livres. Ce que j'imagine à partir de Nazim Hikmet :

Le Noyer", Il neige dans la nuit et autres poèmes, traduction M. Andrac et G. Dino, NRF, Poésie Gallimard, 1999, p 134.)

 

Ou plus récemment, à partir de mes rêveries sur Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard.

Autant dire que j'ai la vue un peu courte ; heureusement, la littérature et les éditeurs indépendants sont là pour nous ouvrir d'autres pistes...
Voilà comment j'ai "découvert" Diyarbakir : une ville située au Nord de la Mésopotamie, juste au-dessus du Tigre, que les Kurdes considèrent comme leur capitale (ils l'appellent Amêd).
Dès l'Antiquité, Diyarbakir a toujours été une métropole multi-culturelle : elle condense 5000 ans d'histoire commune entre les Kurdes, les chrétiens d'Orient - syriaques et arméniens, et les Juifs.

 

Tour Evlibeden Diyarbakir - Editions Turquoise © Seyhmus Diken - Editions Turquoise Tour Evlibeden Diyarbakir - Editions Turquoise © Seyhmus Diken - Editions Turquoise


Seyhmus Diken nous guide dans les méandres des légendes populaires et des chansons ancestrales afin de nous immerger dans l'histoire de la ville.
Accompagné de photos actuelles issues de la collection personnelle de l'auteur, mais également de superbes photos d'Albert Gabriel, un voyageur et archéologue des années 1930, on ose alors se perdre dans Diyarbakir.
On découvre par les yeux érudits de Diken la muraille de la ville et la porte de Mardin. On voit la ville se développer, et de capitale araméenne, devenir ottomane au XVIe siècle. En souvenir du sultan Seyhmus, figure de justice et de puissance, les enfants auxquels on donne son nom se doivent d'avoir une vie conforme à celle de ce grand personnage.


On suit notre Seyhmus rue des Paysans, devant la somptueuse demeure de la famile des Cemiloglu. Un des hôtes de cette maison, pendant la guerre de 1914, fut un certain Mustafa Pacha, qui n'était autre que Mustafa Kemal, plus connu sous le nom d'Atatürk.
On découvre dans les ruelles des personnages sortis de la jeunesse de Seyhmus Diken : ses amis qui jouent à la "course à l'oeuf cru", Fikri, le machiniste du cinéma Dilan qui fut le plus grand du Moyen-Orient...
On voit les vagues d'immigration dans les années 1970, les premiers bidonvilles, les petits garçons qui vendent à la sauvette des pierres à briquet, du tabac de contrebande.
On observe l'évolution du club de foot local, le Diyarbakirspor, qui depuis les années 1970, concentre les critiques du discours médiatique ( " A bas le PKK ! " ) et les espoirs des jeunes Kurdes.
On assiste aux doutes et aux préoccupations de Diken, on le sent angoissé à l'idée que Diyarbakir soit livrée à une nouvelle vague de promoteurs immobiliers, qui causeraient des dommages irréparables.

on sent par-dessus tout l'envie d'aller y traîner ses yeux, ses pieds, ses oreilles, à la rencontre d'une Turquie qu'on devine à peine.


Photo de Seyhmus Diken - Ed. Turquoise © Seyhmus Diken - Editions Turquoise Photo de Seyhmus Diken - Ed. Turquoise © Seyhmus Diken - Editions Turquoise

 

Diyarbakir, La ville qui murmure en ses murs, Seyhmus Diken, traduction du turc de François Svor, préfaces d'Ariane Bonzon et Mehmet Uzun, Editions Turquoise, nov. 2010, 20,00 €.

Le titre de ce billet est une citation d'un poème du grand poète diyarbakiriote Ahmet Arif, Diyarbakir Kalesinden Notlar ve Adilos Bebe.

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