Les Déferlantes

Claudie GALLAY. Les Déferlantes. Editions du Rouergue.2008Un pavé diront certains. 525 pages. Ne vous laissez pas impressionner par l’apparence du volume : il est plein d’air, chahuté par les vents qui balaient l’extrémité du Cotentin, tissé de dialogues qui en rendent les personnages si proches que le lecteur peut s’imaginer habiter ce bourg proche de la falaise, où l’océan se manifeste souvent sans ménagement.

Claudie GALLAY. Les Déferlantes. Editions du Rouergue.2008

Un pavé diront certains. 525 pages. Ne vous laissez pas impressionner par l’apparence du volume : il est plein d’air, chahuté par les vents qui balaient l’extrémité du Cotentin, tissé de dialogues qui en rendent les personnages si proches que le lecteur peut s’imaginer habiter ce bourg proche de la falaise, où l’océan se manifeste souvent sans ménagement.

Elle compte les oiseaux, Raphaël sculpte le plâtre, Lili tient un café-centre névralgique du village, Lambert vient vendre la maison de famille, Théo est gardien de phare à la retraite, Nan-Florelle brode ton sur ton dans ses robes le nom de ceux qu’elle a aimés….Ils ont tous un deuil à faire, d’un mort ou prétendu tel, d’une partie d’eux-mêmes le plus souvent.

Elle, on ne saura jamais son prénom, employée par le Centre ornithologique, a traversé la France pour travailler ici, pour fatiguer sa peine, essayer de mettre en œuvre sa promesse à l’homme qu’elle a aimé : vivre quand lui serait mort. Après la camisole chimique, elle a cru qu’en hurlant dans le vent, elle trouverait de nouvelles forces. Ses propres blessures l’ont mise à vif et anesthésiée en même temps, développer son aptitude à capter les bribes de vie de la poignée d’habitants qui sont ici à l’année et dont les histoires personnelles sont fortement imbriquées. Tout nouvel arrivant alimente les conversations ; mais Lambert n’est pas vraiment un étranger : ses parents et son frère sont morts dans un naufrage il y a longtemps ; il cherche leurs fantômes, il veut savoir si le phare était vraiment allumé cette nuit-là. La fille du gardien de phare tient le café ; elle en veut à son père, à Lambert, à la vie. Chez elle, au fil des jours et des conversations avec les uns et les autres, la narratrice se met peu à peu à reconstituer le puzzle qui les lie, à chercher les éléments manquants, à résoudre les énigmes qu’il pose ; elle finira par jouer un rôle de catalyseur, mais peut-être est-ce illusion et les fils de toute façon un jour se dénouent ! En tout cas, sa vie à elle retrouvera le sens du « nous ».

En contrepoint de l’océan, un autre lieu marqué par l’immensité, la grande Chartreuse, ce couvent où des hommes ont fait vœu de silence, apporte la note apaisée d’un refuge qui facilite les confidences.

De L’office des vivants (2000) en passant par Mon amour, ma vie (2002),Seule Venise (2004), Dans l’or du temps (2006), Claudie Gallay creuse les approches de la solitude, montre avec subtilité les vacillements de chacun de ses personnages, les laisse vivre au bord du quotidien ; elle a de plus en plus de lecteurs fidèles et ses livres sont portés par le bouche à oreille et les libraires.

Martine Cribier

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