Un souffle, une ombre - une plongée lente dans un sale fait divers

Un historien s'intéresse aux protagonistes d'un horrible faits divers ayant conduit à la mort de trois adolescents. Rencontrant les uns après les autres, les membres des familles des victimes mais aussi des suspects, il s'approche petit à petit de la vérité, et voit se dessiner le drame dans toute sa cruauté.

Un souffle, une ombre en pocket © Christian Carayon Un souffle, une ombre en pocket © Christian Carayon
Un polar se conduit bien souvent au travers des yeux d'un flic, d'un juge ou d'un avocat, ou encore d'un privé, d'un journaliste ou d'un écrivain. Tous des enquêteurs à leur manière. Une dernière catégorie bien souvent oubliée de fouineurs fait ici avec brio son apparition : le chercheur. Et pour le récit qui nous intéresse le chercheur en histoire.
Bien que le statut de chercheur ne soit qu'un prétexte à l'historien pour fouiller dans un passé qui le hante - il connaissait certains des jeunes assassinés - son angle d'attaque, rencontrer ceux qui ont connus les victimes à commencer par leur parents, lui permet d'avoir petit à petit une meilleure vision de qui étaient ces jeunes, et comment on en est arrivé là. Tout se fait en douceur, au fil des rencontres. L'historien  n'enquête pas vraiment. En tout cas, pas comme le ferait un policier ou un privé. Il cherche à comprendre les individus, il s’imprègne du contexte, des relations entre les uns et les autres, et cette récolte de portraits construit peut à peu l'image bien plus grande qui débouche sur le drame. L'historien s'il collectionne les témoignages, comble les trous à l'aide de sa propre imagination.Il échafaude des hypothèses, les teste, en échafaude d'autres, jusqu'à celle qui colle à toutes ses observations.
Ce roman, je l'ai vécu comme un voyage. Un peu comme on explore une caverne. Tout est-là, mais on le voit pas trop clair. Il faut s'approcher, sonder l'ombre pour apercevoir  les galeries, les emprunter, chercher une sortie... qui est en fait une entrée vers autre caverne où d'autres découvertes seront faites. Dans ce roman, les personnages se dessinent à travers les récits de ceux qui les racontent. On reçoit la même matière que l’historien qui est le narrateur à la première personne du singulier. Il nous entraine dans sa quête, plus de 30 ans après les faits, sur les ruines d'une enquête judiciaire ratée, se jetant sur le premier coupable qui semblait faire l'affaire, mais qui avait été rapidement innocenté.

Alors que tout se passe plus ou moins tranquillement - sans que j'aie envie de lâcher le livre en ce qui me concerne - le dénouement final est peut-être un peu rapide. Il y a des déductions qui à mon sens ne vont pas de soi, et qui pourtant font l'épine dorsale des derniers chapitres. Un petit bémol par rapport à tout le reste fort bien brossé. Un auteur à suivre, assurément !

 

 

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