Billet de blog 25 août 2019

M Le bord de l'abîme

Dans le Hong-Kong d'aujourd'hui, une jeune Française pose ses bagages. Elle vient d'être embauchée dans une société high-tech, mais se retrouve très vite, au beau milieu d'un sacré merdier - excusez du peu.

Annie 974
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Le Minier 2019 © XO édition

Je lis les livres de Bernard Minier depuis le début. Je suis fan de son art de la narration, pas forcément de ses personnages, notamment de ses méchants toujours très très trash. Ils ne feraient que le dixième de ce qui est écrit, qu'ils en seraient déjà suffisamment répugnants. Mais au delà de ce pêché mignon du Minier, c'est ça façon de nous emmener dans son univers qui chaque fois me captive et me fait tomber dans le filet de son récit.

Je viens juste de lâcher son dernier livre, et je savais ce matin, que je ne le lâcherai plus avant qu'il soit fini. 
Au delà de ce qui fait le sel habituel d'un roman de Bernard Minier, on est cette fois-ci face à un polar rudement ancré dans son époque.
Il est question d'intelligence artificielle, de chatbots, des machines à qui demain on pourrait demander des conseils pour tout et n'importe quoi, et qui seraient capables de nous faire la conversation sans qu'on se rende compte qu'ils ne sont pas humains.
La société du Big Data, de la surveillance des communications et de la vie tout court est le décor dans lequel on est plongé pendant toute l'histoire. 

Nous suivons l'installation de Moira, Française fraichement arrivée à Hong-Kong, chargée d'entrainer DEUS, un agent conversationnel, à se comporter comme un humain empathique et bienveillant. Sauf que DEUS parfois déraille bien loin de la bienveillance escomptée, et pour ne rien gâter, accessoirement, quelques employés de la société où travaille Moira meurent nous allons dire, de mort violente. Tout le monde dit à Moira de rentrer vite fait à Paris. Et vous savez quoi ? Ben, elle n'écoute rien et reste. Voilà. Et c'est ainsi qu'on la suit dans ses journées interminables, ses moments de passion avec DEUS, ses moment de doutes au sujet de ses collègues, avec l'angoisse qui grandit de jour en jour au milieu d'une galerie de personnages en grande majorité inquiétants. 

Pour tout dire, au fil des pages, on voyage de montre en monstre.
Il y a tout d'abord le monstre de nature humaine dont on s'approche, petit à petit et qui fait pas mal de dégâts.
Il y a aussi le monstre permanent, la mégapole de Hong-Kong, et sa situation particulière vis à vis de la Chine.
Que dire d'une vie connectée H24 où la vie privée disparait peu à peu ? Assurément, un monstre qui nous pend au nez.
On finira en beauté, avec un dernier monstre de nature climatique cette-fois-ci, un bon gros typhon force 5, avec des vents à plus de 300 km/h, une bestiole rugissante, indomptable et redoutable.

Mais au delà de l'ambiance et du décor, le livre pousse à s'interroger sur notre société et ce qu'elle devient avec le numérique. Il nous parle de notre présent, qui figure forcément l'amorce de notre avenir.
Par exemple, la violence qu'on peut rencontrer sur Twitter ou dans les commentaires sous certains articles est-elle l'écume visible au dessus d'un énorme océan bien plus calme, ou est-elle au contraire le témoignage d'une immense tempête qui va tout emporter ?
Allons nous laisser des machines prendre des décisions à notre place pour notre vie de tous les jours ? Allons nous converser avec des entités qui ne nous contrarierons jamais. Qu'allons nous faire de notre humanité ? C'est vraiment la question qui reste quand on a refermé ce livre. Parce qu'il décrit une croisée des chemins. Que c'est aujourd'hui. Et que tout est possible.

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