"SEUILS". Les peintures de Daniel PERON

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Musulmane. 100 x 73 cm. L'être et la lettre.


Surréalisme, onirisme, symbolisme, mysticisme diront certains, art visionnaire ? Peu importe....

Difficile pour moi de me ranger dans une  catégorie en «isme», je peins ce que je sais peindre et ce que j’ai envie de peindre. Si certains y voient du surréalisme, du fantastique ou de l’onirisme, c’est bien…

 

L'île des morts. 120 cm x 95 cm. Hommage à Böcklin et aux morts du 11 septembre.

L'île des morts. 120 x 95 cm. Hommage à Böcklin et aux morts du 11 septembre.

 

 Hantises?  Fantasmes? Obsessions? Il y a longtemps que la question ne se pose plus... J’ai toujours peint ce que je ressentais ou voulais faire ressentir, loin de toute pression commerciale ou mode du moment. Je n’ai pas non plus de thèmes  préconçus mais quand on se retourne, on constate des leitmotives, des récurrences qui se sont tout simplement imposés au fil des années, d’une façon insidieuse et prégnante.vie et mort, vie spirituelle et espérance, la quête des valeurs, la lumière-esprit et la  matière. Depuis toujours, je tente humblement de peindre l'individu et la multitude, la matière brute et la lumière intérieure, l'arbre de vie, la femme et les racines, l'enfant et le devenir, la foule errante en quête de valeurs à retrouver, les voies parallèles, les interrogations sur les origines et les fins dernières, la césure entre l’homme et la nature... Les  “SEUILS”, les fêlures, les passages qui font de nous d’éternels errants insatisfaits entre  mondes réels et rêvés, entre soi et autrui, entre Vie et Mort, entre bonheur et malheur... Le résultat d’une quête personnelle qui s’est traduite ainsi, avec toujours le plaisir et la douleur de créer … Le tout servi par une technique figurative à l’huile alliant le pinceau et le couteau.

 

Les larmes de Perséphones.

Les larmes de Perséphone. Diptyque. 120 x60 cm et 120 x 55 cm


Il m' est arrivé de sentir chez certains observateurs une réticence devant deux aspects de ma peinture: la tonalité sombre des couleurs et l' expression torturée de certaines scènes. "C' est  pas gai !" disent-ils, comme si l'art devait avant toute chose être joyeux et insouciant, comme ces toiles apaisantes remplis de coquelicots qu'on trouve dans certaines chambre d' hôpital ! (et que j’ai fort  appréciées à l’occasion).

Aucune forme d’art n’est à négliger, ce qui est essentiel c’est d’éviter le diktat d’un genre particulier et de rester sincère… Il me semble au contraire que certaines de mes toiles, si elles comportent assurément  des zones d' ombre, notre monde n' est-il que lumière ?, s' ouvrent immanquablement sur un espace lumineux qui symbolise l' espérance, un monde plus radieux que celui qui est le nôtre. La plupart des toiles adoptent  aussi une orientation verticale qui renforce encore cette aspiration vers le haut qui n'est pas transcendance au sens religieux du terme mais aspiration à plus que ce qu'on veut bien nous accorder parcimonieusement .

J'ai souvent entendu aussi le mot mysticisme empreint d'une connotation religieuse: il me semble d' abord que nous ne pouvons  balayer d'un revers de main 20 siècles d'Histoire, fut-elle religieuse, et je précise ensuite que l' aspiration vers le haut, la lumière, sont plus une aspiration à s' élever soi-même, une lumière intérieure, une  introspection, une élévation spirituelle débarrassée de toute implication religieuse. Religion vient de religere qui signifie relier, c'est-à-dire relier ce qui est humain et matériel à ce qui nous  dépasse. On entre ici dans la sphère du sacré au sens premier du terme situé en dehors de toute religion établie.

Si éprouver un sentiment mêlé de crainte et de plénitude devant un l' infini étoilé d'un ciel d' été  s'appelle un sentiment religieux, alors je suis un être religieux, relié au monde, ce monde que j'essaie imparfaitement d 'évoquer dans ma peinture...

 

La voie royale.

 La voie royale. 110 x 83 cm.


Il reste la question de la technique...

A l' heure  où la tendance est plutôt à nier la technique au profit d'une expression libérée de toute contrainte technique et culturelle, j'ai souvent eu des doutes. Pas pour moi même car la peinture que j'ai choisie (mais n'est-ce pas plutôt elle qui m' a choisi ?) exige un minimun de technique et de savoir-faire. La question se pose d'une manière plus générale: peut-on créer sans technique ? Si c'est pour poser artistiquement une tache  sur un fond blanc, le tout agrémenté d'un long discours doctoral et justificatif, certes oui l'on peut créer sans technique. Je pense cependant que la facilité aisée qu'offrent certaines toiles contemporaines qui nous  "parlent" quelque soit la technique utilisée (art brut, minimaliste, conceptuel, abstraction lyrique, etc...) ne peut être que le résultat d'un long travail d' épuration, d' édulcoration... La technique est  bien là mais elle disparaît derrière l'acte créatif. Et c'est parce qu'il la possède à fond, que l'artiste peut s'en défaire lentement et volontairement. Picasso n'était-il pas un merveilleux dessinateur ? Et que dire de Matisse ?

D'autre part, je sais pertinemment que ma peinture fait partie d'un créneau assez étroit qui a bien sûr ses passionnés. Mais ceux-ci ne font pas partie du grand public que je respecte,  avide de paysages, de marines ou de scènes champêtres ni de cette frange avant-gardiste tournée vers l' abstrait ou le conceptuel qui constitue quand même l' art officiel de notre époque. Je reste attaché à la  figuration mais une figuration libre dans le geste, forte et personnelle dans le sens qu’elle induit.Une figuration qui propose une vision originale et sincère du monde intérieur de l’artiste.

 

Le piéton des étoiles.

Le piéton des étoiles. 100 x 73 cm.


Merci à ceux qui reconnaîtront dans ces  propos hâtifs une part de leurs préoccupations… Je reviendrai plus tard dans ce blog pour y poster d'autres photos d etoiles mais aussi quelques textes, impressions, réflexions personnelles sur l'art, l'imaginaire et l'acte créatif indissoluble de la réalité qui nous entoure. 

Si cette édition s'est ouverte sur Médiapart, ce n'est pas un hasard. L'art, quelle que soit sa forme, a à voir avec la société. Pour ma part, il n'isole pas mais accompagne et fortifie l'engagement politique ou social. Nous y reviendrons.

 

L'arbre.

L'arbre. 120 x 85 cm.

Chacun à notre façon, nous luttons pour un monde meilleur. J'ai choisi la peinture, ce qui n'exclut pas d'autres formes d'action, bien sûr ...

Imminence 2.

Imminence 2. 110 x 83 cm


Site Internet: www.dperon-peintures.com


 

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