"Las Hilanderas" ou le mythe d'Arachné

hilanderas-formato%2Bactual.jpg

Rien n'est comparable à l'explosion visuelle que l'on perçoit de cette oeuvre d'art si l'on a la possibilité de s'installer en face du tableau en lieu réel - El Prado - d'y rester et de plonger hors le temps, de rentrer dans cet espace devenu pour moi rêve, légende et stupéfaction synthétisés, incarnés à travers un morceau de toile vieux de quelques siècles, à la palette de couleurs limitée dont la luminosité semble tenir du mirage. Ce qui est en réalité: un phénomène optique savamment réalisé.

Tout est resté au fond de moi comme le premier jour à travers les années qui me séparent de sa première contemplation (c'est le mot: contemplation, dans le sens de concentration méditative inattendue). Je n'avais que douze ans et n'étais pas particulièrement préparée à recevoir l'impact émotionnel qui s'empara de moi à ce moment!.

Emotion que je renouvelle sans restriction à chaque fois que je passe à Madrid, c'est-à-dire, presque chaque année.

Pour tous ceux qui n'auront pas cette possibilité, voici un document vidéo qui raconte, retrace les conditions et l'idée de sa réalisation mettant en perspective les détails techniques et les points difficiles à cerner à l'oeil profane. Je précise que suis et je reste profane bien que fascinée par cet art, en admiration ignare mais perpétuelle devant ces morceaux de vie et des individus capables de percer, de cerner et de nous la rendre ainsi notre portion d'humanité:

Las Hilanderas de Velázquez © artehistoria

Il s'agit donc de l'un des tableaux de Velazquez qui ne figure pas parmi les plus populaires ou connus des réalisations du peintre.

Elle représente le mythe d'Arachné et prend comme modèle le quotidien de la fabrique de tapisseries Sainte Isabel avec en premier plan les femmes fileuses et tisserandes et leurs gestes paisibles autour du fil et de ses outils. Au fond, la fable d'Ovide.

L'ouvrage est considéré par certains connaisseurs comme une allégorie de ce noble art que Velazquez prétend avec ce tableau mettre à hauteur d'autres arts considérés supérieurs au siècle XVII, tels la poésie ou la musique.

A remarquer le sujet du tableau.  A contre courant de son époque, où pour manger le peintre devait se donner et se donnait à la peinture de thèmes religieux, c'est de la vie courante de sa contemporanéité qu'il sublime ici la gestuelle. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.