Penser les valeurs de gauche

Année d’enjeux électoraux, particulièrement cruciale pour la gauche, qui part avec ce handicap d’être au pouvoir. Car on le sait, la vie politique française est faite de telle sorte que les élections sont toujours plus risquées pour ceux qui remettent leur siège en jeu. 

Année d’enjeux électoraux, particulièrement cruciale pour la gauche, qui part avec ce handicap d’être au pouvoir. Car on le sait, la vie politique française est faite de telle sorte que les élections sont toujours plus risquées pour ceux qui remettent leur siège en jeu. 

Une année de campagne : une année où nous serons préoccupés de stratégie, de sondages, d’éléments de discours et de lutte politique proprement dite. Mais il ne faut pas que cette lutte des plus légitimes (après tout l’on s’engage dans une élection pour gagner), mette en suspend le chantier des idées.

Il serait candide d’ignorer que l’espace du débat public est saturé de quelques maux qui sont aussi, pour la gauche, des handicaps. Depuis quelques années, les différentes composantes de la droite française ont réinvesti des valeurs que la politique n’osait plus manipuler : travail, République, Nation, identité française, laïcité... Soit que l’on ait pensé que ces valeurs allaient de soi pour notre famille politique, soit qu’il y ait eu un comme un tabou collectif à les aborder, le fait est que nous avons laissé la droite s’emparer de ces concepts et rejouer, comme à son habitude, l’accusation en illégitimité de la gauche à exercer le pouvoir. Ajoutant à cela l’arrogance qui fut celle de toute une génération d’élus et de conseillers de droite (les derniers des chiraquiens devenus sarkozystes), ces derniers ayant su investir des secteurs stratégiques de la société tels que le web et les nouvelles technologies : nous leur avons peut-être trop laissé penser que le terrain du débat public était leur « racing club réservé ». Ce temps là est terminé. 

A nous de montrer qu’à gauche, il y a toute une génération de gens brillants qui ne sont pas prêts à se laisser berner par d’habiles tours de passe-passe rhétoriques, où la xénophobie traditionnelle du Front National prend le nom de laïcité, et où la France de la Libération n’aurait été rebâtie que par un peuple exclusivement de droite. La République et ses valeurs ne sont pas l’apanage des partis de droite, ni celui de quelques « relais d’opinion » libéraux « proches de l’UMP » (pour le dire pudiquement). Il se dit, dans les milieux informés, que le futur « candidat Sarkozy » préparerait son retour en se faisant abreuver de notes de synthèse par ses brigades de consultants, sur les concepts d’innovation et de progrès. Mais nous aussi, à gauche, nous savons penser le progrès, à ceci près que nous ne contentons pas de faire entrer les idées dans des « topos » au niveau d’un candidat recalé au concours de « Sciences-Po » : il est temps de prendre la parole et d’être offensifs, nous en avons les moyens intellectuels. N’oublions pas que le progrès est une notion avant tout sociale : donner à chacun les moyens de vivre dignement. À nous de montrer que c’est aussi une notion socialiste.

Il ne suffit pas d’avoir une connaissance érudite de l’histoire de France, d’être capable de mettre en forme des discours efficaces pour contrer la rhétorique de nos adversaires, et de rappeler les termes de quelques définitions, pour aussi importantes qu’elles soient. Ce qu’il faut maintenant viser, c’est la cohérence d’un corpus idéologique qui porte une véritable force de conviction, une vision à long terme de la France que nous voulons participer à construire, un socle de valeurs qui soit conscient de notre héritage, autant que des enjeux liés à l’état actuel de la société et du monde qui nous entoure. Il n’est pas possible de s’en tenir  à une idée de la laïcité forgée en un temps où la réalité démographique était radicalement différente, mais il n’est pas non plus acceptable de liquider un ensemble d’acquis politiques au prétexte que le monde a changé. Entre ces deux aspects du problème, il nous reste un espace dans lequel inventer une formule moderne de la République française. Cet espace, nous sommes légitimes à l’investir.

Bref, en 2014, ne laissons plus le monopole de l’opinion à ceux dont l’arrogance a trop laissé penser qu’ils étaient si brillants. Travaillons !

 

Une belle et studieuse année à tous, avec « La Gauche Forte ».

Laura-Maï Gaveriaux - coordinatrice du « Pôle Projets »

 

 

 

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