Répression – dépression. Bulletin météo de la semaine du 18 au 24 à Calais

Hier nous tenions à marquer une date, «1 an après». 1 an après l'effacement d'un temps, celui de la jungle de Calais, durant lequel des existences se tissaient, en prenant leur temps. Effacer le temps: grand pouvoir de l'urgence qui domine nos états. Ici, et pendant longtemps, nous redonnerons du temps aux récits des proches passés et présents. Début: une semaine passée à Calais, jour après jour.

 

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Parfois le temps semble s’accélérer et donner raison aux promoteurs de l’état d’urgence. Il faut faire vite, on n’a pas le temps. À moins que ce ne soit cet « état » d’une urgence pérennisée en permanence qui explique l’accélération du temps et avec elle les explosions de violence. L’urgence permanente est le mode sur lequel la violence répressive monte en puissance, gagne, feint-on, en légitimité, et érige une sorte de terreur en gouvernement préventif de l’avenir. Ainsi de la région de Calais ces derniers jours.

                1. Des faits : une semaine dans les Hauts de France

Lundi 18 septembre aux premières lueurs de l’aube les CRS entourent le campement de Norrent-Fontes où résident 80 exilé.e.s. Ceux-ci sont priés de quitter leurs logements, embarqués dans des cars qui les conduisent à l’abbaye de Belval ou dans différents hôtels. Dans les heures qui suivent et jusqu’au mercredi suivant, par une décision du maire, bulldozers et pelleteuses s’emploient à détruire tout ce qui fut demeures, abris, salles de jeu ou de prière, douches et latrines édifiés depuis 2008. Cette destruction, le juge du Tribunal de grande instance de Bethune l’avait refusée par une ordonnance du 12 octobre 2016, refus confirmé par la Cour d’appel de Douai le 6 avril 2017 (faits rappelés dans la lettre de l'avocate de l'association Terres d'Errance, Julie Bonnier). Le samedi 16 septembre, au petit matin, la gendarmerie affiche un arrêté d’expulsion pour le lundi 18 septembre. Le recours en référé suspension déposé ce même jour au Tribunal administratif de Lille ne sera enregistré que le lundi 18 à 7h du matin juste au moment où commence l’expulsion du campement.

Mardi 19 septembre aux premières lueurs de l’aube, les CRS envahissent le bois de Puythouk, proche de l’ancien camp de la Linière à Grande-Synthe, où séjournent dans des conditions très précaires près de six cents exilés expulsés auparavant de ce camp et qui sont revenus. Mais là, nul arrêté d’expulsion n’avait été pris ni affiché. Comment une telle rafle a-t-elle été possible ? Un arrêté a pu être pris sur le fondement de l’état d’urgence pour procéder à des contrôles d’identité qui se concluent par des embarquements. Que dira-t-on de cette procédure ? Que l’état d’urgence rend possible l’arrestation de centaines de migrants ? Qu’il la justifie ? Commence ici une nouvelle séquence argumentative qui a pour objet le détournement du droit au profit de mesures expéditives contre les migrants.

Jeudi 21 septembre en fin d’après-midi, à l’heure des rassemblements pour le repas, une rixe éclate entre un jeune exilé syrien et quelques jeunes Érythréens au point de distribution de la Place de Norvège, en centre-ville. Alors qu'un arrêté du tribunal administratif de Lille n'autorise plus les distributions qu'en périphérie, certaines associations refusent de se plier à la loi de l'invisibilisation forcée des exilés et continuent donc de distribuer dans certains points centraux de Calais. S'il est rare de lire des papiers témoignant de l'incroyable ténacité des bénévoles qui continuent de faire le travail que l'Etat a complètement délaissé ou transformé en son contraire — non pas aider les populations, mais les traquer (voir nos derniers articles publiés en Juin dernier, ici et ici) —, en revanche, dès qu'un tel affrontement éclate, média et politiques vont commencer à regarder et rendre visible ces distributions. Mais seulement sous une seule imagerie qui permet de justifier la solution de la « mise en périphérie ». « La solution est technique, mais quelle était la question ? » (formule reprise à Sébastien Thiery) S’est on demandé pourquoi la rixe a éclaté ? A-t-on ouvert l'hypothèse qu'il s'agirait là non pas de ce que l'État doit contrer mais de ce qu'il produit lui-même chaque jour en épuisant les exilés chassés dans les bois et condamnés, depuis le démantèlement du camp, à ne plus avoir d'autres espaces de vie que celui de la survie ? Sans rencontre avec d'autres (Anglais, Français, Espagnols, Grecs... tels qu'ils peuplaient aussi la « jungle de Calais »), sans possibilité d'échanger avec d'autres sujets que ceux de leur communauté, ils mènent une vie « isolée » oscillant entre identité forcée et animalité. Mesure-t-on l'exaspération extrême de jeunes gens condamnés à dormir dehors, à subir une pression insupportable de la part des CRS qui la nuit viennent détruire leurs abris, gazer leur nourriture et leurs vêtements, et qui le jour les pourchassent aux alentours de la ville ?

Samedi 23 septembre après-midi, à l’occasion de la journée internationale pour la paix, des militants de différentes obédiences, du MRAP aux associations d’aide et de défense des migrants, se réunissent sur la Place d’armes, aux côtés de la statue de Charles et Yvonne de Gaulle. Deux cents personnes font cercle devant un big band : militants associatifs, familles avec enfants, religieuses, quelques jeunes No Borders, des badauds. Des adolescents rivalisent de prouesses en bicyclette. On écoute un discours sur la paix avant que les percussionnistes de samba, habillés de rose, ne lancent la danse des tambours. On écoute, on accompagne le mouvement. Une seule camionnette de police et quelques représentants de la Police nationale en bordure de l’attroupement. À un moment, les musiciens entament une marche, la petite foule des spectateurs suit au rythme des percussions, on passe outre le traçage imaginaire de ce qui, de la place, a officiellement été reconnu comme « espace public », espace où un public et un peuple hétérogène a le droit de se rassembler et qui, en ce jour à Calais, en ces jours en France, ne correspond plus à la « place » ou à l'espace urbain, mais à la seule « zone autorisée de rassemblement ». Infraction maximale : on a passé la frontière symbolique et l'on a osé franchir la rue. La police alerte les CRS en faction dans une rue adjacente, ceux-ci arrivent en courant pour entourer le petit groupe de musiciens et leurs accompagnateurs et nassent l’ensemble assez maladroitement. La musique ne s’arrête pas. Une nouvelle frontière est érigée qui n’est plus franchissable. Une cinquantaine de personnes sont prises dans le cercle ; les autres, à l’extérieur, continuent de regarder, de frapper des mains, de danser. Quelques slogans ponctuent les reprises de rythmes (« Et c’est ça que tu appelles démocratie ? »). Certaines personnes souhaitent quitter le cercle, elles en sont empêchées, d’autres s’échappent, les CRS peu nombreux ne pouvant se permettre de les poursuivre sans rompre leur encerclement et annuler leur manœuvre. Soudain, un groupe de cinq ou six policiers qui se tenaient en retrait, équipés d’un armement plus léger et aux allures de « casseurs » de manif, entre brutalement dans le cercle, frappent deux personnes et les embarquent. Agitation, bousculades, cris, le cercle de CRS se restreint, les percussions ne cessent pas, la musique l’emporte. La plupart des « manifestants » continuent de danser ou de trépigner. Bientôt, pour quelques minutes, une chaîne de manifestants festifs encercle les encercleurs et commence une sorte de bourrée : deux pas en avant, un pas de côté, etc… Au bout de deux heures, monté sur un plot, le commissaire annonce au porte-voix la première puis la deuxième sommation avant « que nous ne fassions usage de la force ». Le cercle est ramené sur la place, les musiciens sortent et quittent la place que les CRS occupent alors à leur tour.

On apprendra plus tard que deux autres personnes ont été arrêtées à ce moment. Une dizaine de CRS qui viennent d’empoigner de force un des manifestants bousculent un homme d’une soixantaine d’années, le jettent à terre avec son vélo et le laissent au sol, blessé à la main. Ils embarquent leur proie par les jambes et les bras comme s'il s'agissait d'un animal mort, entourés du groupe de policiers armés qui observait les manifestants à distance du cercle pendant le rassemblement. Il n'y a plus rien à voir, la place est vidée et, toutes et tous un peu sonnés par la précipitation des faits et des abus, restent avec cette image étrange qui inonde la place comme un songe fantomatique et terrifiant mais dont on s'est tellement accoutumé en France : la brume des gaz lacrymogène et les corps noirs des CRS qui s'avancent vers un « nous » qui n'est plus, un « nous » démembré, jeté à terre, oui, « emporté comme un animal mort ».

C’était une semaine dans la région de Calais.

                   2. Pourquoi une telle violence policière ?

Pourquoi cette condensation d’exactions et de violences policières, de dénis de droits et d’humiliations ? Parmi les policiers, les gendarmes et les CRS qui sont employés à ces basses œuvres, combien n’auront pas éprouvé aussi dans leur chair la honte de devoir servir ainsi la république ? Rien n'y paraît jamais à la surface des visages qui soit restent impassibles, soit se sont déjà retirés sous le masque d'une autre face animale : celle du bulldog, du chien de garde ou du chien enragé près à mordre. La bestialisation fonctionne dans les deux sens.

À y réfléchir et après avoir discuté avec C., avec M., avec N. et d’autres, mais aussi après avoir vu la vidéo des coups portés contre P., le père de L., jeté à terre, il nous faut d’abord revenir sur la signification de l’opération de police lancée contre le rassemblement de la Place d’Armes. Il nous faudra aussi la mettre en relation avec la violence exercée à l’encontre des exilés, spécialement celle des expulsions des campements de migrants. Et enfin s’interroger sur l’étrange pervertissement du droit et de la justice que ces opérations banalisent.

Ce qui rend supportable l’usage de la violence d’Etat est la croyance intériorisée en sa légitimité et la reconnaissance du caractère raisonnable de sa proportionnalité : tant qu’elle semble appropriée et nécessaire, elle nous paraît, à tort ou à raison, justifiée et on ne s’en offusque pas. Hier, cette compagnie républicaine de sécurité (c’est quand même son nom même si ce groupe de robocops caparaçonnés contredit toute compagnie, s’il n’a rien de républicain et constitue un danger au lieu d’apporter la sécurité) a agi de manière inappropriée et disproportionnée sous les ordres d’un commissaire, lui-même aux ordres du sous-préfet auquel il était en permanence relié par téléphone.

La seule légitimité dont peut se prévaloir la violence d’Etat est de répondre à une violence adverse, de l’empêcher ou, éventuellement, de la prévenir. Il n’y eut de la part des personnes rassemblées sur la Place d’Armes en ce jour de commémoration de la paix dans le monde — on goûtera l’ironie de la situation — strictement aucune violence, même verbale, à aucun moment. Aucun signe non plus ne laissait augurer qu’une violence pouvait advenir ou se préparait de la part des personnes assemblées. Aucune agressivité chez ces manifestants souvent accompagnés d’enfants. L’encerclement n’était pas justifié : si seul un rassemblement était autorisé et non pas une manifestation, la traversée de la rue par les sambistes ne peut qu’être un prétexte, assez dérisoire au demeurant, à l’intervention des CRS. Leur intrusion violente dans le groupe des musiciens et la capture ciblée et très agressive des manifestants ne répondaient à aucune violence provocatrice des personnes rassemblées. La dispersion, elle aussi agressive, du groupe n’avait pas plus de raison d’être. Le père de L. a été jeté à terre sans que celui-ci ne se soit interposé ou n’ait gêné la manœuvre des CRS allant capturer ce manifestant dont le comportement était lui-même tout à fait pacifique.

Comment alors comprendre cet emploi ni justifié ni approprié ni proportionné de la violence policière ? Lorsqu’une violence institutionnelle n’a rien à voir avec une situation, il n’y a que deux explications : la crainte ou la provocation. La scène de samedi témoigne des deux, ensemble. D’une part, les autorités ont peur et cette peur, entretenue chez les CRS, est cultivée par le préfet même si absolument rien ne se passait sur cette place qui justifiât le déploiement d’une telle violence. D’autre part, la crainte n’est elle-même compréhensible que si elle est instrumentalisée dans un souci de faire régner une terreur que les autorités croient dissuasive et préventive mais à laquelle elles recourent pour une autre raison : au lieu de répondre à une violence constatée, l’agression des CRS enclenche une violence supposée prévenir une agressivité potentielle à venir, que l’on redoute ou feint de redouter. Le préfet usait samedi à Calais de ce qu’on pourrait appeler une « violence policière préemptive », celle qui constitue l’ordinaire des régimes de terreur. La violence potentielle est à cette police ce que l’ennemi potentiel est à la terreur totalitaire. Serait-ce là une façon de faire passer un message ?

Mais la question justement posée par M. hier soir est précisément celle-ci : quel pourrait être ce message ? Quel message le préfet entend-il faire passer en autorisant les CRS à faire un usage inapproprié et disproportionné de la force à l’encontre de manifestants pacifiques qui ne manifestent aucune agressivité en chantant et dansant ? La peur est, semble-t-il, celle de l’ouverture d’un nouveau squat. Les autorités auraient craint que ce rassemblement pacifique et toléré tant qu'il était stagnant et pris dans les limites de la « zone autorisée » se termine précisément par ce que le passage de la zone à la nasse vient rendre impossible : le rassemblement hétérogène, mais surtout sans contour définitif et toujours capable d'accueillir « un sujet en plus », que l'on nomme précisément un rassemblement politique. C'est cela que semble à ce point redouter l'État : que du politique et du démocratique aient lieu et viennent briser l'image savamment façonnée du « dangereux groupe identitaire », celui qui, tel les Erythréens de la rixe du jeudi, ne peut que s'affronter à une autre ethnie, ou celui du « groupuscules de militants » qui, comme en rendaient compte les media dès le dimanche 24 pour se référer aux « agitateurs » de la veille, ne savent qu'enfreindre les autorisations et troubler le calme weekend de la paisible ville de Calais. Dormez braves gens, l'État veille et veille surtout à ce que vous ne puissiez plus désirer d'autre vie que celle du sommeil : boulot, dodo et, surtout, éviter toutes les excitations que provoquent les rencontres ou la vivacité des échanges. Monotonie et homogénéité des villes de France dont on nettoie, comme il se doit, les pavés et les « troubles » (du sommeil, de l'humeur, de l’appétit...) des habitants.

Ce samedi 23 septembre devait se terminer par ce qui, en effet, peut troubler le sommeil : une fête, mais une fête familiale organisée dans un quartier populaire de la périphérie de la ville. On devait simplement aller y déguster un couscous, les autorités ont présumé que cela devait inévitablement se transformer en une installation illégale dans un bâtiment. L’angoisse de cette ville et de cette préfecture est celle du « point de fixation » : qu’un lieu s’ouvre où des migrants soient de nouveaux accueillis. D’où la chasse à l’homme systématique depuis des mois, les ratonnades de nuit, les maraudes de jour, les exactions commises continuellement sur les migrants pourchassés dans les bois, la destruction de leurs abris, les gazages, etc… Pas de répit dans cette terreur officielle rendue légitime et exercée à l’encontre d’enfants, de femmes, de jeunes hommes, de familles.

Il se trouve que le rassemblement de samedi n’avait rien à voir avec cela et que la menace fantasmée d’une installation était totalement sans objet. La peur est mauvaise conseillère. Un gouvernement qui se laisse guider par la peur est non seulement faible et lâche, il est surtout prisonnier de son fantasme et incapable d’approprier et de proportionner la violence dont il use aux situations dont il n’est plus capable d’analyser les paramètres. Aussi le message —  à supposer qu’il faille persister à décrypter un message préfectoral ou gouvernemental — est-il sans objet ni signification. Reste la manipulation : on cultive un état de violence non seulement envers les migrants qui sont l’objet d’attaques d’une extrême violence qu’on a pu comparer aux pires moments du fascisme, mais aussi envers les associations d’aide et de soutien et les militants. No Borders, entre autres, sert de prétexte (chacun sait, bien sur, que les militants de No Borders sont aussi violents qu’irresponsables et ne font que se servir de la cause migrante pour agresser l’Etat et déstabiliser le régime, etc… ) Alors la violence qu’on se permet envers les migrants, on la réserve aussi aux militants pacifiquement rassemblés sur la place, quand bien même la très grande majorité d’entre eux ne prend aucune part active dans le soutien et l’aide aux migrants. Il importe à l’Etat de convaincre qu’il ne lâchera rien de son refus systématique d’accorder l’hospitalité et d’apporter aide aux « illégaux », qu’il condamnera tout citoyen préoccupé de la misère de ses voisins ou de la détresse d’enfants voués à coucher dans les bois. Aussi devient-il nécessaire à ses yeux de répondre à un rassemblement bon enfant par une violence inappropriée (sauf à considérer appropriée cette logique d’agression préventive des manifestants) et disproportionnée (sauf à considérer proportionnée une violence qui ne répond pas à une violence de fait, mais se règle préventivement sur la potentielle violence qu’on postule de la part de celles et ceux qui se trouvent exposés à celle qu’on exerce maintenant sur eux).

Quel est l’effet, peut-être recherché, en tout cas induit en connaissance de cause, par ce harcèlement violent ?

- Sur les exilés, il est clair et terrible, la rixe de jeudi n’en est qu’un exemple. Montée en force de la précarité et des incertitudes, tension, fatigue et harassement, vexations permanentes, chasses à l’homme, gazage et destruction des rares biens, tout concourt à pousser les exilés, et singulièrement les jeunes vers la frustration, la déprime, et donc des crises d’agressivité. Le jeune Syrien concerné ce soir-là était privé depuis plusieurs heures des médicaments qui lui permettent de vivre, sa violence est celle que commettrait toute autre personne exposée à ses conditions de vie. Que cette agressivité explose en interne entre exilés, cela, qu’elle l’avoue ou non, fait l’affaire de la police en dessinant le portrait d’êtres incontrôlables et dangereux dont il faut protéger la société. Elle justifie ce que dans le langage de l’administration, pénitencière en son fond, on appelle une « mise à l’abri ». Mais qui met-on à l’abri ? Les jeunes qu’on laisse pourtant dormir dehors, sans abris, et qu’on empêche de dormir dans les bois, ou la société qu’on croit devoir protéger de ces sauvages ?

- Sur la police, les CRS et la gendarmerie, l’effet de ce harcèlement systématique est tout aussi évident et sans aucun doute cultivé de façon assez perverse. Il est en réalité rare que les forces de l’ordre ne perçoivent pas la vilénie de ce qu’on leur demande et le caractère aberrant et déplacé des violences qu’on exige d’eux. Elles ne sauraient échapper aux contradictions d’une conscience rétive aux bassesses que la hiérarchie impose mais auxquelles elles ne peuvent se soustraire. Le taux de burn out est devenu inquiétant dans la profession, et d’abord au niveau des exécutants. Cela tient certainement moins, contrairement à ce qu’on dit, à l’absence de moyens qui impose aux forces de l’ordre des horaires de travail excessifs et des missions ennuyantes si non dégradantes, qu’à l'ensemble des conduites inhumaines et des comportements haineux auxquels cette hiérarchie les commet d’office en rendant impossible toute discussion, toute contestation, toute objection de conscience de la part de ces fonctionnaires.

- Sur les citoyens enfin, la violence orchestrée produit son effet délétère, renforcé chez les bénévoles d’associations d’entre-aide constamment contrariés dans leurs efforts, effet encore accru chez les militants qui travaillent à défendre les exilés et se voient traités en ennemis ou en criminels. La criminalisation de l’hospitalité et de la solidarité n’est ni une mesure de droit ni une pratique républicaine ni un acte démocratique, c’est une disposition de police, laquelle au lieu d’assurer la sécurité des personnes pour qu’elles puissent exercer leur liberté procède à leur incrimination. Cette entreprise systématique de brutalisation des citoyens attise d’un côté la colère de certains, ce qui justifiera par avance les illégalismes d’Etat, et produit d’un autre un dommage collatéral qui pourrait aussi bien en être le cœur : leur découragement. La répression est une machine de dépression.

C’est donc contre la dépression qu’on agit en s’opposant à la répression. Et c’est en refusant cette répression qu’on retrouve le beau temps et la joie qui l’accompagne. Méditons donc cette formule de climatologue : «  Comme pour les anticyclones, il existe des dépressions à caractère semi-permanent qui sont des centres d'action étant donné qu'elles ont un impact sur le mouvement des perturbations… » (Wikipedia, article « Dépression »).

C’était la météo à Calais. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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